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MT mise sur le patriotisme pour contrer ses concurrents

9 juillet 2004, 20:00

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La perte de son monopole rend Mauritius Telecom (MT) sentimentale. «Depuis toujours nous servons le pays socialement, politiquement et technologiquement et non pas comme entité commerciale ou comme une machine à sous», soutient le président du conseil d?administration, Prem Nababsing. Pendant près d?une heure hier, il s?est lancé dans un grand exercice patriotique. C?était lors de la présentation à la presse du rapport annuel de MT, au Telecom Tower, à Port-Louis.

La «machine à sous» a tout de même engrangé Rs 5 milliards en chiffre d?affaires en 2003, dont des profits après taxe de Rs 1,1 milliard (voir hors-texte). L?apport de la compagnie au budget national n?est donc pas à négliger. Ainsi, pour 2003, elle a versé Rs 1,3 milliard aux caisses du gouvernement en Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), impôt sur le revenu, droits de douane et dividendes.

Entre-temps, à en croire son président, l?opérateur national est la propriété des citoyens. «C?est votre réseau et vos intérêts qui sont dans MT et ses filiales. Elle a une vocation sociale et historique qui ne cessera jamais. Certains sont venus et sont repartis, MT restera.» Le décor est planté mais la concurrence se trouve juste derrière la porte. Cette concurrence qui chercherait à «enlever la crème du gâteau».

Mais Prem Nababsing «espère que cela ne sera pas le cas». Néanmoins, la téléphonie internationale, secteur qui rapporte le plus et ne nécessite pas de gros investissements, est prise d?assaut. Aujourd?hui, six opérateurs exploitent le secteur. Et MT fait tout pour leur barrer la route.

Une étude est en préparation pour démontrer l?impact de l?arrivée des nouveaux opérateurs sur son chiffre d?affaires. Une arme supplémentaire pour le lobby auprès du gouvernement.

Cependant, la nouvelle concurrence qu?amène la libéralisation ne fait pas peur, dit Prem Nababsing. «Nous allons investir au maximum pour moderniser notre réseau et nos équipements. Nous allons aussi introduire les dernières technologies. Je suis sûr que nous materons n?importe qui au niveau local ou international. Nous avons des sous dans nos caisses. Si Maurice devient une cyberîle, cela sera en très grande partie grâce à MT.»

<B>LES ACTIONNAIRES</B>

Le message est clair. Mahanagar Telephone Nigam Ltd (MTNL), qui concurrencera à la fin de l?année l?opérateur historique de la téléphonie locale, internationale et mobile, n?a qu?à bien se tenir. «Après 20 ans de libéralisation, British Telecom est toujours très fort. Mais il a réduit son personnel de 50 %. J?espère que nous n?en arriverons pas là», analyse néanmoins le président de MT.

Au discours des nouveaux opérateurs qui veulent une discrimination positive plus poussée en leur faveur, Prem Nababsing répond qu?«ils vont toujours se plaindre. Si ce sont les usagers qui se plaignent, c?est plus grave.»

Et justement comment convaincre ses clients et jouer la carte du patriotisme lorsque MT est détenue à 40 % par France Telecom (FT) ? Le sujet a été longuement évoqué notamment à l?heure des questions.

Outre FT, le gouvernement possède des actions à hauteur de 34, 45 %; celles du National Pensions Fund (NPF) s?élèvent à 6, 5 %, et celles de la State Bank à 19 %. Mais le gouvernement et le NPF sont considérés comme une entité. Ainsi, le gouvernement détient 41 %.

Le sujet qui fâche ou qui met parfois mal à l?aise, au gouvernement ou au MT, concerne la part de FT dans la compagnie «qui appartient à tous les Mauriciens». Mais Prem Nababsing a expliqué qu?il ne peut confirmer ou infirmer les rumeurs sur l?augmentation de FT dans le capital de l?opérateur national. «Cela concerne uniquement les actionnaires».

Cependant, un changement au niveau du capital ne changera pas le rapport des forces. Selon l?accord signé pour l?achat des 40 % d?actions par FT en novembre 2000, le gouvernement mènera la danse tant qu?il aura un pourcentage de 30 % (incluant ceux de la NPF). Donc, même le 1 % d?actions, à être accordé aux employés prochainement (les décideurs travaillent au projet) et qui sera soustrait des actions du gouvernement, ne changera rien. Ceux qui gouvernent le pays auront toujours le dernier mot.

Autre thème litigieux : «la mainmise de FT sur MT». Ceux qui penchent pour cette théorie constatent qu?au niveau de la direction, générale ou dans les filiales, les Mauriciens bénéficient des services d?un adjoint envoyé par la multinationale française. Le conseil d?administration est divisé en cinq directeurs, dont le président, nommés par le gouvernement, et quatre représentants de FT. Cela débouche parfois sur des conflits.

Les questions n?ont pas manqué d?effleurer les différends entre les directeurs. Prem Nababsing renvoie la balle à Dominique Saint Jean, le directeur général adjoint et Chief Operating Officer de MT. Ce dernier se la joue plutôt diplomatique. «Il y a des échanges et des opinions. Des positions qui s?expriment dans le partenariat. C?est bon pour MT et nous continuerons à le faire .»

Et qu?en est-il des tarifs pratiqués par MT ? «Aucun investisseur n?est venu nous dire que nos tarifs sont prohibitifs. Si Maurice doit comparer avec ses concurrents - Maroc, Tunisie, Sénégal ou l?Inde - nous sommes les meilleurs», se défend Prem Nababsing.

Pour conserver un tarif abordable de la téléphonie locale, l?opérateur pratique toujours des subventions. Le troisième exercice de rééquilibrage tarifaire ? le dernier date d?il y a un an et avait amené une hausse du prix du local ? n?a pas été enclenché. Donc, pour l?instant, le coût de l?appel national ne prend pas l?ascenseur.

«Je ne nous vois pas faire un rééquilibrage complet pendant un bon bout de temps. Nous devrons d?abord discuter avec l?Information & Communication Technologies Authority (Icta) pour voir si elle est prête pour un troisième exercice», indique le président de MT.

<B>MT et sa place sur le marché</B>

MT a joué un rôle capital dans les télécommunications, le secteur clé pour faire avancer un pays. A mai 2004, il y avait 341 147 abonnés au téléphone fixe. Au niveau du mobile, Cellplus compte 366 570 clients. Telecom Plus dénombre 66 000 connexions. Pour le taux de pénétration, Maurice est un des leaders en Afrique avec une télédensité de 29 sur 100 habitants. Le câble Safe est un autre instrument important pour faire des Technologies de l?information et de la communication, le 5e pilier de notre économie. L?opérateur introduira la télé et la vidéo par ADSL (Internet rapide). Pour faire décoller ce service, le prix de l?ADSL sera revu à la baisse. Le Wifi (Internet sans fil) continuera à être développé. John Leung Yinko, directeur général de MT, a évoqué l?introduction du Multimedia Messaging (MMS) et du SMS sur téléphone fixe. «Nous essayerons de fournir des packages mobile-fixe-Internet.»

<B>Une santé financière robuste</B>

Les chiffres sont éloquents. Pour 2003, MT a réalisé un profit de Rs 1,1 milliard après la taxe, soit 21, 5 % de son revenu total. Le chiffre d?affaires monte à Rs 5 milliards pour 2003, soit 3 % de plus qu?en 2002. Depuis sa création il y a douze ans, la compagnie a conservé la majorité de ses profits dans ses caisses. Sa réserve s?élève aujourd?hui à Rs 6,5 milliards contre Rs 5, 74 milliards en 2002. Cette politique a un impact sur les dividendes versées aux actionnaires. Rs 350 millions l?an dernier. La part de FT se chiffre à Rs 143 millions. Cependant, par rapport à 2002, le profit après la taxe a diminué de Rs 123 m. Cela pourrait s?expliquer par une hausse de Rs 280 m des coûts d?opération. Au niveau des filiales, MT enregistre aussi des résultats positifs. Sa filiale Internet, Telecom Plus, détient 86 % du marché. Pour 2003, elle a enregistré une croissance de 20 %. Cellplus a réalisé un chiffre d?affaires de Rs 1,5 milliard, soit une croissance de 21 %.

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