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Mozambique : un rêve qui coûte cher

1 juin 2004, 20:00

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?The sky is the limit.? C?est ainsi que le Premier ministre, Paul Bérenger, résume les immenses possibilités qu?offre le Mozambique aux investisseurs mauriciens à l?occasion de sa visite officielle dans ce pays la semaine dernière.

Sur papier, effectivement, il y a de quoi faire. L?agriculture, l?agro-industrie, la pêche, les télécommunications, l?informatique sont des secteurs porteurs. Les vastes étendues de terre cultivable et les eaux poissonneuses du Mozambique sont des atouts importants. Ce pays envisage un projet de développement agricole dans la vallée du Zambèze, représentant une superficie de 280 000 kilomètres carrés.

Il reste toutefois qu?il y a loin entre la coupe et les lèvres. Le premier obstacle est de réunir les fonds nécessaires. Les projets d?envergure nécessitent des investissements importants que les entreprises mauriciennes peuvent difficilement mobiliser.

L?endettement des entreprises est une des raisons pour le faible niveau d?investissement à Maurice même.

L?industrie sucrière, qui pourrait potentiellement investir dans l?agriculture au Mozambique, n?a plus de moyens d?investir après avoir payé le Voluntary Retirement Scheme.

La réhabilitation de la sucrerie de Marromeu par le consortium Mon Loisir, Fuel, Espitalier-Noël illustre bien la dimension des difficultés que pose l?aspect financier. Pour faire revivre Marromeu, le consortium a, à ce jour, injecté US$ 154 millions. Une somme énorme. La réhabilitation et le développement de la sucrerie ont englouti quelque US $ 120 millions. Les promoteurs-investisseurs ont de plus dû injecter US$ 34 millions additionnels, soit près de Rs 1 milliard, comme fonds de roulement pour faire vivre l?entreprise.

Une voie pour les joint-ventures

Il faut donc avoir les reins financièrement solides pour investir et continuer à soutenir l?activité. Peu de groupes mauriciens sont capables d?un tel effort financier. Qui plus est, lorsque la rentabilité tarde à se réaliser.

Alors que Marromeu aborde sa quatrième récolte cette année, elle n?est pas encore profitable. ?On a plus de ressources financières. Nous sommes à sec?, déclare Thierry Lagesse, le directeur de la Compania de Sena, société qui possède Marromeu. ?Nous ne faisons pas encore de bénéfices. Notre objectif est d?accroître encore la production. Nous sommes dans le creux de notre cycle de développement, mais les choses iront bientôt mieux?, poursuit Thierry Lagesse.

Aussi, en attendant des recettes plus conséquentes, grâce à l?initiative Everything but Arms, Marromeu n?envisage pas de s?engager dans d?autres activités. La plantation de riz, comme l?ont suggéré Paul Bérenger et le président du Mozambique, Joaquim Chissano, sera pour plus tard. ?Nous avons les terres et l?eau en abondance. En principe, on peut tout faire. Mais il faut du cash flow?, explique Thierry Lagesse.

Certes. D?autres créneaux nécessitent moins d?investissements. Happy World Foods et le groupe Ramphul ont investi US$ 4 millions (Rs 110 millions) pour démarrer une entreprise intégrée pour la production et la commercialisation du poulet de table. Qui plus est, les Mauriciens se sont associés au Français Axa Bourbon Investment Fund, qui a apporté 25 % des fonds.

Les joint-ventures représentent effectivement la solution idéale pour contourner le problème que pose le financement. L?apport des bailleurs de fonds internationaux est une autre piste à explorer. La réhabilitation de Marromeu a d?ailleurs été soutenue par la Banque européenne d?investissement.

Outre l?aspect financier, d?autres facteurs, tels que les communications, gênent l?investissement. Il n?y a en effet pas de liaison aérienne directe entre Maurice et le Mozambique.

Comme l?a expliqué Paul Bérenger à la communauté mauricienne à Beira, ?Air Mauritius n?est pas là pour perdre de l?argent?. Néanmoins, il y aura une intensification des liaisons entre Maurice et Johannesburg, qui est à une heure de vol de Maputo, la capitale du Mozambique. ?Si l?activité économique des Mauriciens s?intensifie à Beira comme à Marromeu, on pourra reconsidérer la question d?une liaison aérienne directe?, a indiqué le Premier ministre.

La communication à l?intérieur du Mozambique est aussi un problème. Les liaisons aériennes domestiques sont aléatoires et le réseau routier peu développé. Sur ce chapitre, la réhabilitation du réseau ferroviaire entre Maputo et la province de Sena et Marromeu est une bonne nouvelle.

Le Mozambique y a investi US$ 225 millions, ce qui donne une bonne idée des problèmes, qui sont à la taille du Mozambique, et des investissements nécessaires pour les résoudre. Le contrat pour la nouvelle ligne ferroviaire a été alloué à une entreprise indienne et les travaux devraient durer deux ans. Thierry Lagesse se réjouit de ce développement car le transport du sucre par barges sur le fleuve Zambèze est interrompu en cas de grosses pluies ou de cyclone.

La barrière du langage

La barrière linguistique est un autre handicap. Les Mozambicains parlent uniquement le portugais. Si le président Joaquim Chissano est aussi à l?aise en français qu?en anglais, dans l?administration comme dans les affaires, les responsables parlant l?anglais sont rares. Le personnel dans les hôtels baragouine un anglais approximatif. Ce qui est un frein à l?investissement comme au tourisme.

A ce propos, si le Mozambique bénéficie de milliers de kilomètres de plages, leur accès est source d?un autre tracas. Le pays manque également de personnel formé pour envisager le développement d?une industrie touristique performante.

Maurice a offert dix bourses de formation à l?école hôtelière pour des formateurs mozambicains qui, à leur tour, devraient partager leur connaissance avec leurs compatriotes.

La lourdeur de l?administration couplée à la barrière linguistique décourage également bien des investisseurs. Le projet de production de poulet d?Happy World Foods et du groupe Ramphul a pris deux ans pour se concrétiser. La corruption à tous les niveaux, à commencer par les douanes, complique davantage la réalisation des projets d?investissement.

<I>Les vastes étendues de terre cultivable et les eaux poissonneuses du Mozambique sont des atouts importants. Mais le premier obstacle est de réunir les fonds nécessaires que nécessitent les projets d?envergure.</I>

TEXTILE

<B>Après les t-shirts, les jeans...</B>

  • Le groupe Palmar intensifie ses activités dans le textile au Mozambique. Il y possède déjà une entreprise de confection de t-shirts et de ?polo shirts?, Belita, qui emploie quelque 570 personnes. Dans le cadre de son expansion, le nombre d?employés passera à 700. Belita importe du tissu de Maurice ? de Tee-sun et de Phoenix knitters ? pour produire pour le marché américain. L?entreprise génère un chiffre d?affaires de US$ 6 millions. Le groupe Palmar compte se lancer bientôt dans la fabrication de jeans. La nouvelle entreprise devrait être opérationnelle dans environ six mois.

INDUSTRIE SUCRIÈRE

<B>Marromeu a besoin de l?EBA pour être rentable</B>

  • La récolte sucrière est en retard cette année à Marromeu. La saison des pluies a été plus longue que prévue. Alors qu?elle s?apprête à entamer sa quatrième campagne, la sucrerie de Marromeu attend toujours la rentabilité. Pour elle, le salut viendra de l?initiative ? Everything but Arms?.

Le Mozambique bénéficie effectivement de cette préférence commerciale, qui permet aux pays les moins avancés (PMA) d?exporter en hors taxes sur le marché européen. Pour le sucre, les réductions tarifaires commenceront à partir de 2006 et Marromeu compte en profiter pour accroître ses exportations vers le marché européen à un prix plus rémunérateur. Le prix obtenu actuellement sur le marché mozambicain, qui est de US$ 385 la tonne, ne suffit pas pour assurer la rentabilité de l?entreprise, même s?il est beaucoup plus élevé que les cours mondiaux, qui ont chuté. Le Mozambique exporte vers plusieurs marchés dont certains, comme l?Europe et les Etats-Unis, sont administrés par des quotas. Les exportations de sucre du Mozambique se traduisent comme suit : Etats-Unis (12 000 tonnes), Union européenne (10 400 tonnes), SACU (17 000 tonnes) et le marché mondial (75 000 tonnes). Vers 2006-2007, lorsque les droits de douane seront réduits sur le marché européen, le Mozambique bénéficiera d?un quota d?exportation de 119 000 tonnes de sucre. Marromeu compte accroître ses capacités de production jusqu?à environ 150 000 tonnes pour tirer avantage de ce marché. Les exportations de la sucrerie sur les autres marchés susmentionnés diminueront au profit du marché européen. Aujourd?hui, le prix moyen qu?obtient la sucrerie pour le sucre écoulé sur le marché local et à l?exportation est de US$ 295 la tonne annuellement. Avec l?ouverture du marché européen sous le régime EBA, le prix moyen sera de US$ 396 la tonne en moyenne en 2008. Ce prix moyen est de US$ 100 de moins par tonne que le prix qu?obtient Maurice sur le marché européen sous le Protocole sucre.

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