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Moyen-Orient, notre histoire

1 août 2006, 00:00

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Double sentiment. L?inévitable indignation devant l?horreur. On ne peut rester insensibles à cette tuerie d?Etat qui provoque la mort brutale de centaines d?innocents. Mais il y a aussi ce désir de comprendre. Comprendre ce qui pousse des hommes, des juifs d?Israël aux musulmans du Moyen-Orient, à la barbarie ultime. Une guerre sans fin qui retentit aux notes de la fin de l?Histoire.

Au fil du temps, cette tragédie a rimé avec religions, lieux saints, tricotage de territoires. Au point de confondre tout effort d?intelligibilité. La vie humaine est réduite à un exercice comptable en termes de profits et pertes dans le catalogue de la guerre. Expression, depuis, revue et rebaptisée dommages collatéraux. Comment éviter ce piège sinon en remontant le temps ? En se rappelant que la Palestine n?est pas une lubie territoriale des juifs, qu?elle incarne une idée génésiaque du judaïsme. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, le principe d?un tel Etat juif au sein de la Palestine fit son chemin. La résistance du monde arabe se trouva fragilisée après l?Holocauste. C?est le 29 novembre 1947 que les Nations unies consacrent la création d?Israël. Un Etat exigu qui se découvrira des tentations expansionnistes devant l?antagonisme arabe.

Depuis, le Proche-Orient est devenu un véritable brasier. La guerre civile qui entraîne la création de l?Etat israélien devient une guerre d?indépendance pour les juifs. Les Palestiniens vont connaître leur exode. Mais il ne faut pas occulter le fait que c?est le prix que les puissants du monde arabe de l?époque acceptèrent de payer. Le rejet d?un Etat hébreu est ce qui aura le plus contribué au développement de cet Etat. Chaque guerre a été l?occasion pour Israël d?étendre son territoire. Désormais, tout le ?processus de paix? ne sera consacré qu?à définir les modalités d?une éventuelle ?paix contre les territoires?. De paix, en fait, il n?y aura que des compromis. Et la diplomatie ne sera qu?une vaine péripétie.

Cette guerre enregistrera ses avatars au fil des décennies. Tsahal, l?armée israélienne triomphaliste, punit chaque attaque contre des civils selon le seul langage qu?il connaît : la démesure. L?agression dont sont victimes les Etats-Unis le 11 septembre 2000 fournira à Israël le prétexte qui lui manquait pour pérenniser ses initiatives de nettoyage : la guerre contre le terrorisme. La Terre promise est devenue une terre de morts et de sacrifices. Pour les uns et les autres, le prix n?est jamais trop élevé à payer. Au nom des dieux et d?une histoire revendiquée. Ainsi naît Jérusalem, le martyre des religions monothéistes. Durant deux millénaires, les Juifs ont chanté le retour à la Ville sainte, au Mur des lamentations. Les Arabes musulmans regardent, eux, du côté du Temple où le prophète Mahomet a entrepris son ascension au ciel. Les chrétiens ne manquent pas de rappeler que c?est la terre qui a témoigné de la crucifixion du Christ.

Aujourd?hui devrait prendre fin le cessez-le-feu de 48 heures accordé par les Israéliens. Le conflit armé contre les membres du Hezbollah, basé au Sud-Liban, ne devrait pas tarder à reprendre sur fond d?une diplomatie internationale qui dandine entre le désir de paix et la résolution militaire d?une guerre surchargée de passions et de symboles.

La petite île Maurice pourrait se contenter de regarder les uns et les autres se faire massacrer en demeurant impassible. Elle pourrait, d?un autre côté, adopter une attitude diplomatiquement correcte en invoquant la nécessité de l?intervention d?une force de paix internationale sur le territoire libanais en s?alignant sur la position de l?Onu. Mais quelle que soit la posture qu?elle adopte, la position officielle ne dispense aucun individu de l?impératif de sa parole ou de son silence. Il y a des conflits à travers le monde. Ce n?est pas une raison pour autant qu?on se précipite à prendre position. Mais cette guerre qui se joue au Moyen-Orient est bien plus que la simple expression des intentions belliqueuses des nations qui s?entredéchirent. C?est l?Histoire qui n?arrête pas de nous interpeller. C?est une question de conscience appelée à rejeter cette neutralité qui rend complice.

En un mot, c?est notre histoire. C?est notre mémoire qui se met en scène au-delà du judaïsme, du christianisme et de l?islam? Trouver son mot à dire, c?est se donner la possibilité de transcender ses propres obsessions paralysantes et la bêtise d?une ethnicité réductrice.

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