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Motivations secrètes
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
Le ministre des Finances a une démarche dont le sens échappe aux observateurs. Il faudra sans doute attendre le retour du Premier ministre, lundi, pour lever le voile sur ce mystère. A ce stade de la crise, les motivations des uns et des autres restent obscures.
Rama Sithanen attribue son mécontentement à la nomination du gouverneur de la Banque centrale mais il garde tout de même l?espoir d?une solution négociée. Cela rend confuse la situation. Remettre une lettre de démission au vice-Premier ministre, et pas au président, n?est qu?une demi-mesure. Or, quand on est déterminé à atteindre un but, on a recours à des actions franches et sans ambiguïté et on ne reporte pas l?action décisive.
Rien ne garantit que le tête-à-tête prévu entre Navin Ramgoolam et Rama Sithanen débouchera sur une solution. Il ne sera pas possible aux deux parties, à la fois, de sauver la face. Soit le Premier ministre capitule et révoque le gouverneur fraîchement nommé de la Banque centrale pour donner satisfaction à Rama Sithanen. Soit, celui-ci reste à son poste en invoquant l?intérêt supérieur du pays sans avoir arraché la moindre concession. Dans les deux cas de figure, il y aura atteinte à la crédibilité des dirigeants.
Dès lors, on peut se demander ce qu?espéraient gagner ces deux politiciens expérimentés en laissant pourrir la situation. Navin Ramgoolam était au courant de la position de Rama Sithanen sur une éventuelle nomination de Rundheersing Bheenick. Il a non seulement décidé de ne pas tenir compte de cette objection mais a poussé l?affront jusqu?à refuser de communiquer à Rama Sithanen son intention d?aller de l?avant avec cette nomination. Le Premier ministre a parlé longuement avec son ministre des Finances mardi sans l?informer que la Banque centrale aura un nouveau gouverneur le lendemain. Si le Premier ministre voulait pousser son ministre des Finances vers la sortie, il n?aurait pas agi autrement.
Même quand le ministre des Finances a informé le chef du gouvernement de sa décision de claquer la porte, celui-ci n?a pas considéré qu?il y a urgence. Il n?a pas daigné écourter son séjour à l?étranger, ni même annuler le petit détour par Londres qu?il entreprend après avoir assisté au Sommet France-Afrique à Cannes les 15 et 16 février. Cette désinvolture apparente peut être interprétée comme la preuve d?une volonté de lâcher son ministre des Finances, un bouc émissaire idéal pour les difficultés qu?entraîne la restructuration de notre économie.
Rama Sithanen est accusé par une aile de son parti de vouloir enrichir les capitalistes. Pour cette bande d?idéologues qui sont en train de découvrir que s?il y a une croissance cela profitera aussi aux détenteurs de capitaux, Rama Sithanen a trahi la cause travailliste. Ce n?est pas acceptable, pour eux, que les capitalistes historiques soient encore plus riches à la fin du mandat des travaillistes qu?ils ne l?étaient au début.
Tenter d'apprendre à ces antilibéraux que l?enrichissement des détenteurs des capitaux est un passage obligé est peine perdue. Ils ne veulent rien entendre des lois incontournables de l?économie. Ils préfèrent ne pas avoir de développement qu?un développement qui profite à tous, y compris la classe des possédants.
Un Premier ministre qui n?est pas insensible à cette posture affichera forcément une grande frilosité quand son gouvernement est accusé de connivence avec les plus fortunés. Il sera alors tenté de faire sauter le fusible, en l?occurrence son ministre des Finances.
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