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Mohammed Asha, de fils prodigue à « Dr Evil »
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Mohammed Asha, de fils prodigue à « Dr Evil »
Le changement d?allure entre les deux photos est frappant. Sur la première, un portrait datant de 2004, Mohammed Asha, un docteur jordanien, interrogé dans l?enquête sur les attentats déjoués de Londres et de Glasgow, arbore le visage d?un étudiant frêle et studieux. Cravaté, avec de fines lunettes, une moustache et un semblant de bouc, le jeune homme sort à cette époque de l?université de Jordanie, auréolé d?un titre de major de promotion.
La seconde photo date d?environ deux ans. Mohammed, parti entre-temps suivre une spécialisation de neurochirurgien en Angleterre, pose avec son premier-né dans les bras, aux côtés de sa mère. Vêtu d?une blouse de médecin, les joues creusées, il porte la barbe broussailleuse caractéristique des islamistes.
« Tout cela ne veut rien dire, s?exclame Jamil, le père de Mohammed, assis sur le canapé du salon familial, dans un faubourg populaire d?Amman. La barbe est un signe de piété, rien de plus. À l?intérieur de lui, Mohammed n?a jamais changé. »
Âgé d?une soixantaine d?années, instituteur à la retraite, Jamil siège au milieu d?une dizaine de voisins et de cousins venus apporter leur réconfort. « Toutes les familles arabes espèrent avoir un fils aussi brillant que Mohammed, approuve l?oncle Souleiman, en sirotant un verre de jus d?orange. Je n?imagine pas une seconde qu?il ait pu basculer dans la haine. »
Pour les tabloïds anglais, comme le Sun, qui a publié en « une » la photo du jeune diplômé, surmontée du titre Dr Evil, l?affaire paraît entendue. Le fils prodigue, qui fut le troisième meilleur bachelier du royaume, se serait converti sur le sol britannique à l?islam radical, avant de mettre sur pied la cellule terroriste, responsable des attentats ratés de la semaine dernière.
D?après les enquêteurs, son numéro de téléphone figurait sur le portable transformé en détonateur retrouvé dans l?une des voitures piégées de Londres.
L?aîné de la famille éclate de rire
Employé du North Staffordshire Hos-pital, près de Newcastle, il travaillait également, selon une source médicale, dans le Royal Alexandra Hospital de Glasgow, où officiait Bilal Abdullah, le docteur irakien de 27 ans qui se trouvait dans la voiture bélier lancée, samedi 30 juin, contre les portes de l?aéroport de la capitale écossaise. Les deux hommes ont été arrêtés, de même que Maroua Asha, la jeune épouse de Mohammed, et cinq autres médecins, dont deux Indiens.
Un groupe qualifié par le Daily Mail de « Doctors Terror Gang ».
À l?évocation de ces titres tapageurs, Ahmed, l?aîné de la famille et lui-même docteur, part dans un grand éclat de rire : « Mohammed est déterminé à devenir le plus jeune neurochirurgien de Jordanie. Comment aurait-il pu trouver le temps de devenir le cerveau d?un groupe terroriste ? »
Il mène ses visiteurs au premier étage de l?immeuble familial, dans un appartement poussiéreux qui fut celui de Mohammed et Maroua, peu avant leur départ pour l?Angleterre en 2005.
Impossible qu?il puisse les déshonorer
Un c?ur découpé dans du papier cadeau est encore accroché sur la porte de la chambre nuptiale. « It?s a gift, love ya » (« C?est un cadeau, je t?aime »), y a inscrit le jeune époux. Des manuels de médecine sont alignés sur une étagère, au côté d?un exemplaire en anglais du Seigneur des anneaux.
Du tiroir de la table de chevet, Ahmed extirpe un agenda. Sur ses pages, les horaires des cours à la fac de médecine et des bribes de poèmes d?amour, griffonnés par le carabin.
« Mohammed est un garçon à l?esprit ouvert, affirme Ahmed. Il adore les comédies de Chaplin et les films américains en général. Quand il habitait ici, ma femme, qui est une chrétienne d?origine ukrainienne, était sa meilleure amie. »
Jeudi 28 juin, l?apprenti neurochirurgien avait téléphoné à ses parents pour savoir ce qu?ils désiraient qu?il leur ramène de Londres. Après une année loin des siens, il avait prévu de prendre des vacances à Amman.
« Vous verrez, lance Jamil, il sera à la maison le 12 juillet, comme prévu. » Pour la famille dont il a fait la fierté, impossible d?imaginer qu?il puisse aussi faire son déshonneur.
@ 2 007 Le Monde ? Benjamin Barthe ? (Distribué par The New York Times Syndicate)
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