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Mobilisation encadrée contre la loi sur le voile

18 janvier 2004, 20:00

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LA manifestation contre le projet de loi interdisant les signes religieux ostensibles à l?école a mobilisé plus de 10 000 manifestants en France à l?appel d?organisations intégristes. A Paris, la préfecture de police a fait état d?un comptage officiel de 10 000 personnes, au lieu de 3 500 personnes comme recensé par la police. Quant aux organisateurs, ils ont cité un chiffre de 5 000.

Les manifestants ? des hommes et des femmes voilées en nombre égal ? ont défilé dans le calme à Paris, entre la République et la Nation, pour demander au président Jacques Chirac de retirer le texte prévu pour entrer en vigueur à la rentrée scolaire de septembre 2004. Des cortèges organisés dans de nombreuses villes de province ont rassemblé des cortèges plus modestes : 3 500 personnes à Lille, 1 800 à Marseille, 1 500 à Mulhouse, 400 à Besançon et 200 à Toulouse.

?Le voile, c?est leur choix !?

?La rue est en train de réagir. M. Chirac, vous avez commis une grave erreur. Il n?y a que les imbéciles qui ne changent pas d?avis. Faites-le !?, a lancé Mohamed Latrèche, le Strasbourgeois qui dirige le Parti musulman de France (PMF), petit mouvement intégriste et principal organisateur de la manifestation.

La mobilisation parisienne faisait suite à la première manifestation du 21 décembre et était organisée par le PMF et l?Union des organisations islamiques de France, composante la plus radicale de l?islam français, qui s?était jointe in extremis vendredi pour appeler à manifester.

Ces deux organisations espéraient mobiliser à Paris 10 à 20 000 personnes après l?émoi suscité dans le monde entier par l?annonce du projet de loi par le chef de l?Etat. Le président du Conseil français du culte musulman, Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris, avait appelé les musulmans à ne pas participer à ces cortèges, de même que des religieux français, comme le mufti de Marseille, Soheib Bencheikh.

Le projet de loi sur les signes religieux doit être examiné par le Conseil d?Etat le 22 janvier, voté à l?Assem-blée en février et entrerait en vigueur à la rentrée 2004. Davantage que le 21 décembre, les femmes voilées et drapées de tricolore étaient guidées et encadrées à Paris par des hommes au moins aussi nombreux qu?elles, qui les ont souvent empêchées de parler aux journalistes et leur dictaient leurs slogans par mégaphones.

Des groupes de fillettes voilées étaient guidées sèchement par des ?avancez, avancez, les soeurs !?.?Le voile, c?est leur choix !?, scandait ainsi un imposant quadragénaire pour encourager les manifestantes, qui reprenaient aussitôt le slogan.

Les cartes électorales et les banderoles avaient aussi été distribuées aux femmes par le service d?ordre du PMF place de la République. ?France tu es ma patrie, hijab tu es ma vie?, ?oui à l?école pour tous, non à l?exclusion?, ?la pudeur est un droit, le voile est mon honneur?, ?Ni Stasi, ni Vichy, ni islamophobie?, ?Il y a une limite à la loi, la liberté?, disaient les calicots.

Les manifestantes et manifestants n?ont scandé que très brièvement le ?Allah Akhbar !? (Dieu est grand) des intégristes, et seuls quelques manifestants portaient des symboles extrèmes, comme ce ?A quand notre déportation ?? inscrit sur un croissant jaune, arboré par un jeune homme.

Le cortège a préféré scander un ?Ni peur, ni mari, le voile on l?a choisi? suggéré là encore par un mégaphone du service d?ordre. Lorsqu?une jeune femme est montée sur le camion en tête du cortège pour appeler ?le gouvernement à entendre la voix des musulmans?, c?est encore un homme qui l?a interrompue pour lui tendre une feuille et lui faire scander : ?Le voile c?est mon choix, non à l?apartheid !?

De très nombreux médias étrangers - russes, canadiens, pakistanais, autrichiens, britanniques, américains et de différents pays arabes - étaient venus couvrir la manifestation, offrant une tribune à Mo-hamed Latrèche, qui a donné sur le camion de tête du cortège de nombreuses interviews en arabe ou en français, entre deux discours à la foule.

?Cette loi veut résoudre un problème qui n?existe pas et va en créer d?insurmontables dans un avenir proche, à la prochaine rentrée scolaire. C?est stupide et liberticide. Ce n?est qu?un début car nous allons agir pour le retrait de cette loi?, a dit à Reuters Yamina Bouasla, étudiante à l?université de Lille, représentante d?un ?collectif pour le libre choix?.

?Il y a une haine qui s?installe dans le coeur des gens. Même s?il est acquis que la loi va être votée, pour remédier à ce texte, les filles vont venir voilées à l?école?, a dit à Paris Jaouad Alkhaliki, de l?Union des musulmans de Trappes, en banlieue parisienne.

A Nice, où il est en particulier venu annoncer l?arrivée de 250 policiers supplémentaires dans les Alpes-Maritimes, Nicolas Sarkozy, a lancé un appel au calme. ?Dans ce domaine il ne faut pas accentuer les tensions. On a besoin de dialogue, d?appaisement et de calme?, a dit le ministre de l?Intérieur.

?Manifester ne fera qu?accroître le sentiment d?incompréhension entre compatriotes de confession musulmane et ceux qui ne le sont pas. Dans la décision qu?a prise le président, il n?y a aucune volonté d?humiliation envers quiconque, donc il ne doit pas y avoir de radicalisation. Il faut apprendre à se comprendre, à se connaître et à s?accepter. Et ce n?est pas en manifestant spectaculairement qu?on fait avancer les choses.?

Nicolas Sarkozy a réaffirmé qu?en matière de signes religieux ostensibles, il y aura bien une loi, que la décision avait été prise et qu?elle était irrévocable.

?Personne ne doit se sentir agressé?, a-t-il ajouté, ?chacun va pouvoir continuer à vivre et pratiquer sa foi qu?il s?agisse des musulmans, des juifs, des catholiques, des protestants ou autres, mais quand le parlement aura voté cette loi, elle s?appliquera à tous et le devoir de tous, ce sera de la respecter.?

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