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Ministres :Quelle performance ?
Rashid Beebeejaun, le pondéré
Aîné du Conseil des ministres, cet ancien pédiatre de 72 ans vit une fin de carrière politique fulgurante : numéro deux du gouvernement et seul vice-Premier ministre selon la Constitution, il est également le leader adjoint du Parti travailliste.
Au ministère des Infrastructures publiques, qu?il connaît bien (pour avoir occupé ce poste en 1995 au sein du gouvernement PTR-MMM), on l?apprécie pour sa « bonhomie » et sa « nature courtoise et calme ». Politicien de proximité, il reste à l?écoute de sa circonscription : Port-Louis-Sud-Port-Louis-Central.
Fraîchement élu, il a eu la lourde responsabilité de traduire, dans le concret, une promesse électorale ? l?introduction du transport gratuit pour les étudiants. Ce dossier a provoqué des remous dans le secteur du transport. Et son mode de fonctionnement a été revu plus d?une fois.
Autre dossier épineux : la vallée de Ferney. Alors que Rashid Beebeejaun était pour la poursuite des travaux, le Premier ministre, après des rencontres avec les forces vives et les écologistes, a tout stoppé au nom du respect de l?environnement.
Si une alternative a été trouvée à Ferney, en revanche, à Port-Louis, les dossiers sur un mode alternatif de transport s?entassent au ministère que dirige Rashid Beebeejaun.
Aux entrées de la capitale, chaque matin, des milliers de voitures avancent pare-chocs contre pare-chocs. Un gaspillage d?énergie, de temps et une énorme source de pollution qui n?a que trop duré. Certes, il consulte tous les stakeholders et reste un homme de dialogue, mais le dossier du transport intérieur, malgré les discours de bonne intention, piétine. Le ministre a encore du chemin à parcourir pour faire avancer ce dossier.
En attendant de trouver une solution pour décongestionner nos routes, il est souvent critiqué comme étant partie du problème lui-même : son cortège a souvent emprunté la quatrième voie de l?autoroute, bloquant davantage la circulation, au grand dam des automobilistes?
Rama Sithanen, le solitaire
C?est l?histoire d?un solitaire qui a fini par se trouver un allié de taille en la personne du Premier ministre. Quelques semaines après son arrivée aux Finances, Rama Sithanen prend la mesure de la tâche ardue qui l?attend : être un libéral dans un gouvernement dominé par des conservateurs travaillistes, obnubilés par l?impératif d?asseoir l?image d?un gouvernement social. Deux mesures-phares y contribueront : le rétablissement de la pension de retraite universelle, et le transport gratuit pour les étudiants et les personnes âgées. Dont il dira en cercle fermé : « Mo ti pou attann ankor enn an avan mett sa. »
D?autres sujets opposeront le ministre des Finances à des députés et ministres. Notamment l?avenir des Integrated Resorts Schemes (IRS), dont Sithanen prône la continuation, tandis que d?autres souhaitent que ces projets soient mis au placard, conformément aux promesses faites sur des caisses à savon lors de la campagne électorale. L?ouverture de l?accès aérien sera un autre sujet de discorde sur lequel, Sithanen reviendra dans son discours « Setting the Stage for Robust Growth » au Parlement fin août 2005. Celui-ci, tout en rassemblant les éléments de base de l?orientation économique de Sithanen, n?en sera pas moins qualifié « de simple exercice de communication ». Pour preuve, le silent agreement, annoncé en grande pompe pour les autorisations administratives, ne verra jamais le jour !
L?orientation va se mettre en place lentement. Pour cela, Sithanen s?appuie sur un cercle réduit de collaborateurs, dont la dernière recrue est Ali Mansoor, ami d?université et ancien de la Banque mondiale et du FMI. Ce qui consolidera l?image d?un Sithanen désormais emmailloté par la culture des institutions de Bretton Woods. Et fait dire à de nombreux observateurs qu?il s?est installé dans une tour d?ivoire bâtie sur le libéralisme.
Il obtient le feu vert début mai pour dépeindre la vraie situation économique du pays et placer chacun devant ses responsabilités, sans toutefois recevoir de soutien public. Pire, le cabinet n?affiche pas de solidarité envers lui. Ce qui l?amène à confier à ses proches : « Mo pou prezant bidze la. Et si mo pa ena soutien, mo pou fer se qui enn dimounn ena loner kapav fer. » C?est-à-dire démissionner?
Mais c?est Ramgoolam qui viendra à la rescousse une semaine avant le budget, confortant le grand argentier dans sa volonté de rompre avec le passé. Ce budget en donnera de nombreux signes, quitte parfois à aller trop loin.
Et c?est encore une fois le Premier ministre lui-même qui recadrera Sithanen sur la question des lump sums imposables ou encore des aides sociales. Sithanen sera salué par le secteur privé pour sa vision et honni par les syndicats pour son approche technocrate et libérale. Sithanen a semé la graine de la discorde dans le pays. Mais peut-être aussi, celle d?un avenir économique moins sombre?
Xavier Duval, l?optimiste
L?objectif lui a été fixé dans les jours suivant son arrivée au ministère du Tourisme : le pays doit accueillir deux millions de touristes par an d?ici 2015. Et Xavier Duval a très vite fait de cet objectif la ligne directrice de son action au Tourisme. Ainsi, il annonce, dès fin juillet 2005, qu?il faut « faire du tourisme le moteur de la croissance ».
Près d?un an après, l?effet dévastateur de la tempête chikungunya sur les arrivées touristiques en début d?année et le manque à gagner de Rs 1,2 milliard qui en résulte pour le pays auraient pu calmer ses ardeurs. Mais Xavier Duval demeure optimiste. « D?enfant cadet de l?économie, il se transforme en enfant aîné », dit-il désormais du tourisme.
L?apport exact de Duval dans cette évolution est difficilement quantifiable. Mais n?empêche, le ministre semble être plutôt apprécié de l?industrie. « Il est taillé pour le job. Ce côté sexy où il aime bien se faire voir colle parfaitement au caractère de l?homme », commente, amusé, un interlocuteur régulier de Duval. Sa bonhomie et son accessibilité sont très appréciées d?un directeur d?hôtel qui explique qu?il descend régulièrement sur le terrain et reçoit aussi régulièrement les différents acteurs de l?industrie. Et qu?il met en place des plateformes pour les aider à réfléchir à l?avenir, comme cela a été le cas avec la grand-messe des Assises du Tourisme en février.
Pour certains Duval est un fonceur qui est freiné? par sa propre administration ou une Mauritius Tourism Promotion Authority (MTPA) parfois lente à la détente quand il s?agit de mettre en place des campagnes de marketing. Malgré tout, le ministre du tourisme a réussi à prêcher la nécessité d?une généreuse dotation à la MTPA face à un Sithanen déjà convaincu. L?autorité recevra ainsi Rs 300 millions de budget de promotion pour l?année financière 2006-2007.
Pourtant, entre Duval et son colistier, le climat a été orageux sur le dossier de l?ouverture de l?accès aérien. Le ministre du Tourisme, défenseur d?une ouverture accélérée s?était heurté à un Sithanen soucieux de procéder plus en douceur. Depuis fin 2005, toutefois, le climat est apaisé. L?ouverture du ciel est désormais une priorité partagée. Pour preuve, le premier vol de Corsair atterrira à Maurice vers octobre. Alors que le premier avion de Virgin Atlantic en provenance de Londres devrait arriver à Plaisance dans le courant de 2007.
Bien que jouissant de l?estime de ses interlocuteurs, Duval n?en demeure pas moins victime d?une faiblesse de taille : son manque d?intérêt pour l?autre pan de son ministère : les communications externes dont dépendent l?aéroport et le port. « Pour l?aéroport il montre un peu d?intérêt comme c?est flashy. Mais le port ne semble pas vraiment l?intéresser », déplore-t-on. Peut-être qu?il faudrait que davantage de bateaux de croisière fréquentent Port-Louis pour que Xavier Duval s?y intéresse enfin?
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