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Mine à reptiles
Les étiquettes ont la dent dure. Surtout quand il s?agit de crocodiles. Intrigués par l?envers du décor, il fallait rouler plein sud. Aborder La Vanille par son côté le plus doux : le parc pour enfants. Attraction nouvelle de la Réserve des Mascareignes, elle ouvre ses portes aujourd?hui.
Attirés par les cris des gamins de la ville, nous fonçons droit vers la «savane des tortues.» Une «jungle» à la pelouse impeccablement tondue, aux allées rondement dessinées avec du sable et du corail. Le crissement de nos semelles, les émotions spontanées des gosses qui profitent d?un quart d?heure de liberté, rien n?y fait. Imperturbables, les tortues mâchouillent un brin d?herbe, lèvent un cou indolent, se serrent les unes contre les autres. Avant de reprendre leur sieste tiède sous le soleil timide.
On se surprendrait à les imiter. Avant de changer d?avis, en voyant les plus hardis enfourcher les carapaces solides. Gratter les corps soigneusement numérotés, «qui portent une puce électronique, permettant de suivre la reproduction. » Déranger cette léthargie en apparence inoffensive, alors qu?un panneau placé bien en évidence, porte en toutes lettres : Tortoises might bite.
Quelques instants à l?ombre d?un vacoas. Le temps pour Arounen le guide, sanglé dans son uniforme kaki, de nous parler de «Domino, la plus vieille tortue du domaine, un mâle imposant du haut de ses 90 ans et qui pèse plus de 270 kg.» De «la population de plus de 300 tortues d?Aldabra, l?une des plus importantes au monde.» Et du «projet de transférer 1 000 tortues dans une réserve à Rodrigues, sur une période de dix ans.»
Le sourire commercial de Faviola Macotte, assistante au marketing, nous indique ensuite le chemin des toboggans, bascules, balançoires, espalier et filet à grimper. Au centre : trois rochers. Comme un coin-causette pour se raconter ses bobos d?enfance. Pause douceur avant d?entamer le tour de la réserve, qui débute du côté de la nursery pour tortues étoilées de Madagascar. Arounen commente cette visite pas à pas.
Derrière la vitre, des petits corps qui gigotent, qui se cognent les uns aux autres, poussés par leur instinct. Vers quel ailleurs tendent ces petits cous nerveux de bébés tortues nés en captivité ? « Tout minus, tout mignons, on a dû mal à imaginer qu?ils vont devenir des mastodontes, » s?exclame une jeune touriste, venue de La Réunion. Elle part dans un éclat de rire, derrière le cercle argenté de son appareil dentaire.
<B> SEULES DES DENTS DEPASSENT </B>
Nous traversons le musée où trône la peau d?Alphonse, « crocodile de 7 mètres, mort à la Vanille en 2002 après une bagarre avec un congénère. » Transition rêvée pour approcher de près l?un des enclos qui a fait la renommée du parc. Là, pas de paroi vitrée mais du fil de fer tendu sur des parapets de brique. «Nous avons une population de 1 800 crocodiles du Nil.» Dans le sable, ces reptiles au corps de bois sont d?une immobilité parfaite. Seules des dents dépassent, alors que des bouts de queue trempent nonchalamment dans le basin boueux où «des tilapias assurent le nettoyage.»
Le sentiment est curieux. Un peu glacé. Léger frisson d?approcher d?aussi près ces mâchoires gigantesques tout en se sachant à l?abri, du bon côté du grillage. «Vous voyez, ils sont tous en train de vous sourire,» glisse le guide. Il reprend son débit travaillé : «La température détermine le sexe des crocodiles. Entre 26 et 30°C, il y aura plus de femelles et entre 30 à 33°C, plus de mâles naîtront.»
L?impression de froid s?accentue pendant qu?Arounen nous décrit la technique utilisée par les employés du parc pour récupérer les ?ufs de crocodiles. «Avec un bâton, ils repoussent les femelles, les font sortir du compartiment. Ils prennent la précaution de cacher ce qu?ils font avec une feuille de tôle. Les ?ufs sont enlevés, le trou rebouché. La femelle continuera à couver pendant trois mois comme si les ?ufs y étaient encore.»
La tension baisse. Grillage et béton cèdent la place à la flore tropicale. Le côté «visite de zoo» de notre tour du parc devient une balade agréable. Le long du sentier, nous croisons Pinocchio, l?un des ânes qui fait sagement caracoler les enfants sur son dos.
Lianes aux allures de lasso, profusion de dilait caillé, plantes aux feuilles paraissant tachées avec du lait sont les voisins du royaume des crapauds buffles. Le sentier déroule ses contours. Un parcours ponctué par la plainte du vent dans les bambous de Chine. Une légère rafale, et c?est l?illusion d?une pluie d?orage qui se moque de nos oreilles et nous fait lever nerveusement la tête.
Saturés par le bruit des conversations des groupes de tours organisés, nous évitons de croiser le circuit qui leur est proposé. Arounen se charge de nous diriger vers des bassins de carpes japonaises. Visiblement entraîné, le guide leur lance de généreuses poignées de granulés bourrés de vitamines. La surface paisible bouillonne. Un bruit de succion et les dos blancs ou orangés striés de noir se livrent à un combat parfaitement chorégraphié. La nature reprend ses droits.
Une faune diversifiée
La Vanille Réserve des Mascareignes a été créée en 1985. D?une superficie de cinq hectares, ce domaine a changé de nom en début d?année. De La Vanille Crocodile Park, les propriétaires ont opté pour La Vanille Réserve des Mascareignes, «parce qu?il n?y a pas que des crocodiles chez nous.» 300 tortues Radiata de Madagascar et Aldabra des Seychelles, près de 2 000 crocodiles du Nil, «dont les peaux sont tannées au Zimbabwe, avant d?être travaillées localement.»
Mais aussi des singes, des iguanes, des chauves-souris, des cerfs, des geckos, des sangliers, des mangoustes, étoffent la visite. Pour faire découvrir ce site aux Mauriciens, la direction propose des tarifs à 50 % de réduction, soit Rs 70 pour les adultes et Rs 30 pour les enfants de 9 h 30 à 17 heures le samedi 31 juillet et le dimanche 1er août. En début d?année, La Vanille, Réserve des Mascareignes a été parmi les quatre nominés au Prix du Grand Jury lors de la cérémonie des Tourism Awards 2004.
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