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Middle Class Blues

25 septembre 2004, 20:00

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Encore quatre jours pour remplir cette foutue feuille d?impôts. Quatre jours à s?arracher les cheveux, déduire à gauche, grignoter à droite pour limiter les dégâts et rabaisser la note.

Et toujours pas moyen de déclarer ma belle-mère comme personne à charge. Pas assez croulante et sénile pour mériter le terme de dépendante.

Eh oui, belle-maman, il faudra que vous passiez par la fenêtre ou qu?Hubert vous fasse trébucher un bon coup, pour être enfin prise en compte. Souvenez-vous de ce que disait ce bon Sam Lauthan. « On ne doit pas donner une connotation matérielle à ce qui relève du devoir filial. »

Ben voyons, il en a de bonnes, lui. Comme chacun sait, les personnes âgées ne mangent pas, elles picorent ; elles ne boivent pas, elles sirotent ; elles ne se lavent pas, elles se débarbouillent ; elles ne sont jamais malades, elles ont des pets de travers. Bref, elles vivent d?amour et d?eau fraîche. Comme les jeunes ! Sauf qu?avec eux ? on se demande bien pourquoi après tout ? le ministère des Finances nous permet de donner une connotation matérielle à ce qui relève du devoir parental en nous accordant un abattement ! Allez comprendre la nuance ! Pourtant, moi j?vous le dis : entre une personne âgée et un enfant, y a pas tant de différence? Ah si, la pension universelle, et encore, elle est sacrément remise en cause. Rs 1900, c?est vrai que c?est pas le Pérou. Tout juste de l?argent de poche, histoire de se sentir indépendants. À votre avis, qui trinquera à terme ?

Voyez-vous, de nos jours, il vaut mieux être ou très riche ou très pauvre. Le pire c?est d?être dans la moyenne. Classe moyenne. Quelle expression hideuse ! Ca sent le ni-ni. Ni riche, ni pauvre. Tout juste bonne à payer des impôts, à se prendre toutes les augmentations en pleine poire et à tirer le diable par la queue.

Le pire, c?est qu?on compte toujours sur cette pauvre classe moyenne pour relancer la consommation. On lui fait les yeux doux, on la courtise à coups de promotions. C?est qu?on a besoin d?elle. On l?incite à dépenser, de préférence plus qu?elle ne peut se le permettre. On lui fait croire qu?elle est en tête du train du développement, juste après la locomotive.

Mais c?est pour mieux l?enfoncer. Parce qu?elle se retrouve Gros-Jean comme devant la classe moyenne, prise à la gorge du surendettement, coincée entre son opulence de pacotille et son portefeuille en peau de chagrin. Comme Rantanplan, elle est toujours trop juste dans son budget ou trop loin de ses aspirations, éternellement à l?étroit dans ses rêves d?aisance. Parce que des rêves, elle en a plein la tête. Alors, vaille que vaille, elle suit le mouvement. Faut dire qu?entre son présent pressuré et sa peur de l?avenir, elle n?a pas le choix. Et tant pis si, chaque année, elle est sacrifiée sur les rails dorés de son train de vie de quatre sous.

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