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Michel Labat, photographe : Un autre regard

12 février 2007, 00:00

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Visage pâle, yeux bleus, cheveux en ?spikes?? Il n?y a rien qui distingue Michel Labat des autres à première vue. Mais un cliché suffit à nous démontrer une toute autre réalité. Celle d?une vie remplie de clicks répétitifs, de flashs mais surtout d?un regard attentif. Car rien ne sert d?être photographe si l?on a pas l??il avisé ! Ce photographe commercial rentre au pays après 15 ans passés en Angleterre. Pour lui, qui a atteint la quarantaine, le Big Ben ne sonnait plus la même heure qu?avant : ?Je ne me voyais pas, à quarante ans, vieillissant à Londres. C?est une ville assez dure à vivre souvent sans lumière??, dit-il. Apprivoiser la lumière, un métier en soi. C?est d?ailleurs celui qu?a choisi, Michel alors tout jeune homme dans les années 90.

De son petit labo perso chez lui à Quatre-Bornes où il développait des photos en blanc et noir jusqu?à l?avion qu?il prendra pour Londres, un seul flash mais aussi une étape de franchie. ?Avant je faisais cela en amateur sans vraiment d?objectif puis un an après l?école, je me suis dit pourquoi ne pas étudier sérieusement la photographie. La seule façon d?y arriver, c?était d?aller en Europe. J?ai compris qu?il y avait du boulot là-bas?, raconte-t-il.

C?est au London College of Printing qu?il fera ses premières armes. Trois ans à apprendre ce que le métier de photographe requiert ? en théorie. ?Au collège, c?était plutôt académique.? Il comprend vite que pour devenir pro, il faut de la pratique. Pendant cinq ans, il suivra les photographes professionnels et s?initie à la photographie tant au niveau technique qu?à celui de l?organisation. L?envers du décor en quelque sorte. ?C?est un boulot important. En étant assistant c?est là qu?on apprend les rouages de l?industrie sur le tas. L?expérience de comment gérer un budget, rouler son business en free-lance autant que le savoir-faire.?

Prise de photos de mode, de nourriture, de produits cosmétiques pour magazines, brochures? Michel a tout vu mais il retient aussi comment gérer les rapports avec les clients et le directeur artistique. Après avoir acquis l?art et la manière, il se spécialise dans la mode pour les rubriques beauté de magazines et de photographie de produits cosmétiques en nature morte. Rouge à lèvres, mascara et fard à joues n?ont aucun secret visuel pour lui car il les a photographiés sous tous les angles, en jouant d?ombres et de lumières. ?On travaille beaucoup mais on fait toujours des choses différentes. Le produit change ainsi que sa taille, c?est un challenge à chaque fois. Cela peut vous paraître ennuyeux mais pas pour moi. Cela dépend aussi de ce qu?on vous demande : des graphismes distincts, un aspect flou, un background en mouvement avec tout un set-up.? En fonction du directeur artistique ou du designer et du budget, les portes de son imagination ainsi que l?objectif de son appareil s?ouvrent plus ou moins. Dans ceux qui vont au-delà des cadres et des barrières, il cite David Lachapelle, photographe qui traduit le fantasme sur image ou encore son photographe favori, Guy Bourdin.

Ces photos à lui figurent dans des magazines tels que ?Junior? pour nouvelles mamans et tout-petits, ?Elle girl?, ?Glamour?, ?New Woman? et ?Cosmo girl? pour ados.

Un univers qu?il faut maîtriser au détail près pour pouvoir répondre aux attentes du client. ?Le photographe commercial contrôle tout, de l?éclairage à l?atmosphère, surtout pour les photos de mode qui exigent que tout soit harmonieux : la lumière, le style, les vêtements, le maquillage, le mood.? Rien n?est laissé au hasard.

Son retour à Maurice s?instaure dans une optique précise : la technologie aidant, le champ à Maurice s?est élargi. ?Je retourne au bon moment. A Maurice, la photographie professionnelle a pris de l?ampleur. Grâce à la photo numérique, plus besoin de labo pour développer les photos sur diapositive. L?industrie s?installe de façon différente. La photo numérique a de plus ouvert le champ aux personnes pour s?exprimer plus visuellement à travers leur appareil photo ou leur portable. De plus, on a la possibilité aujourd?hui de faire des retouches sur Photoshop ou des logiciels similaires.? Il lui reste toute une image à développer : se faire un nom, ici. Pour que cela rapporte. ?Ici, on est plus généraliste, plus touche à tout, c?est une ouverture.?

Il a déjà commencé à faire des photos d?intérieur et se voit faire des reportages, des photos de mode, de paysages. Mais qu?est-ce qui fait au final une bonne photo ? ?Un ?il, un style, l?art de faire de la bonne composition. C?est peut-être le hasard qui jouera en faveur d?un amateur mais pour le professionnel, il faut être capable de reproduire le même effet, montrer qu?on a le contrôle. C?est une maîtrise que l?on acquiert au fil du métier.? Ce n?est pas aujourd?hui qu?il nous livrera tous ses secrets. Un professionnel se doit de révéler le moins possible et d?agir le plus. En usant d?un autre regard.

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