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Mgr Margéot : ?Personne n?appréciera ma lettre pastorale?
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Mgr Margéot : ?Personne n?appréciera ma lettre pastorale?
Les quarts de siècle comme nos évêques se suivent et se ressemblent. Ceux-ci ne parviennent pas toujours à faire plaisir à tout le monde. A la différence près que Mgr Margéot anticipe, en 1982, la possible déception que procurera à certains son mandement de carême de cette année, tandis que Mgr Piat semble surpris qu?on puisse l?accuser de rouler pour un quelconque bloc politique, fut-il celui de la majorité gouvernementale.
A la mi-février 1982, nous ne sommes pas encore en période de carême chrétien mais Mgr Margéot est trop avisé pour ne pas savoir que, en cette année éminemment électorale et de fin de règne ramgoolamien, sa lettre pastorale, rappelant la nécessité de l?engagement humain de tout chrétien, décevra les blocs politiques en présence, parce qu?il se refuse, bien sûr, à donner la moindre consigne de vote, ou plus exactement pour qui voter.
Il n?hésite pas à prendre à contre-pied une soixantaine de militants de la Ligue ouvrière d?action catholique (LOAC) et de l?Action féminine ouvrière (AFO). Ceux-ci se réunissent à la salle d??uvres paroissiale de Sainte-Hélène, Curepipe Road, pour réfléchir, ensemble, sur la politique. Une majorité d?entre eux se prononcent catégoriquement en faveur d?un... changement. Il ne faut pas pour autant prendre ce dernier dans un sens ramgoolamien car une minorité de militants catholiques n?hésitent pas à préciser qu?il s?agit plus exactement d?un changement de... régime. Changement oui mais de gouvernement, de personnes au pouvoir, de manière de faire. Ils ne savent pas encore que plus ça change et plus c?est pareil. En février 1982, ils sont encore à espérer, envers et contre tout, que le changement sera pour le mieux et froncent des sourcils en direction de qui s?avise à leur rappeler la traduction créole de l?expression de Charybde en Scylla (sappe dans caraille tombe dans difé).
Le président de la LOAC, Jean Claude Veerasamy, ne tarde pas à rappeler à l?ordre son petit monde de militants chrétiens. Il ne tarit certes pas d?éloges en faveur de ceux, dont des politiciens, qui luttent et dénoncent les cas les plus scandaleux de fraude et de corruption et ceux qui défendent bec et ongles les intérêts des Ilois, sacrifiés sur l?autel de l?Indépendance politique de Maurice et qui vivent un véritable mais interminable calvaire depuis qu?ils ont été débarqués et abandonnés sur un quai du Port Louis. Faire les éloges des combattants de ces nobles causes est une manière comme une autre de clouer au pilori ceux qui n?hésitent pas à se vautrer dans la boue du déshonneur avec ceux déjà reconnus de fraude, de corruption et d?accointance avec la mafia de la drogue et autres marchands de la mort. Il rappelle que ce n?est pas le lieu ni le forum pour dire qui sont ceux qui mènent le bon combat et qui sont ceux qui magouillent avec les forces du mal.
L?aumônier de la LOAC, l?abbé Jocelyn Patient, élève encore le débat en rappelant que le changement pour le mieux passe peut-être par l?autogestion à tous les niveaux. En février 1982, celle-ci fait figure de thème de réflexion éculé à force d?avoir été rabâché et banalisé. Il gagnerait pourtant à être remis à la mode du jour, en 2007, ne serait-ce que pour combattre cette tendance mondialisante mais également locale, visant à infantiliser les citoyens adultes, notamment en leur donnant raison de se plaindre, même quand ils ont entièrement tort de vouloir tout recevoir de l?Etat et du pouvoir au lieu d?assumer dans la fierté et la dignité leurs responsabilités, entre autres, de chefs de famille. Exemple ? Les frais d?examens qui, selon certains démagogues, doivent être partiellement payés par les contribuables à TOUS les collégiens concernés, même si leurs parents roulent en Aston Martin.
Mgr Margéot ne passe pas par quatre chemins pour dire tout haut ce qu?il pense tout haut. Il commence par donner tort aux militants chrétiens qui dénoncent ceux qui privilégient la prière à l?action sociale ou politique. L?évêque de Port Louis en fait une question de liberté individuelle. Il faut donner une totale liberté à ceux qui veulent prier et méditer car notre monde a autant besoin de prières et d?ascèse que d?actions militantes et même caritatives.
Nul chrétien ne peut dire, en revanche, qu?il ne se sent nullement concerné par la politique, dans tous les sens du mot car celle-ci conditionne l?existence de tout homme et de tous ses frères et s?urs en Jésus-Christ fait homme pour sauver l?Humanité tout entière du péché éternel.
Le chrétien doit donc s?engager dans une action politique. Le but du christianisme n?est jamais de créer un parti politique chrétien. Un parti chrétien n?obtiendra jamais l?aval de Mgr Margéot. Les chrétiens doivent s?engager politiquement. A droite ou à gauche, peu importe. L?essentiel c?est que là où ils se trouvent ils défendent les valeurs humaines prônées par l?Evangile de Jésus-Christ.
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