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Menwar le musicien mutant
Il y a des pointures de la chanson qu?on aime pour leurs notes d?ambiance, leur ton jovial. Il y a des tourmentés qui nous racontent le monde dans son obscur dédale. Et puis, il y a Menwar, débarqué tel un ovni sur la planète Musique, et qui, mine de rien, vous touche l?âme et vous offre une belle leçon de vie.
Il fait partie de ces touche-à-tout capables de tout. De souffler dans une bouteille de bière pour imiter le signal du bateau qui rentre dans la rade, d?assembler des coques de pistaches pour en faire un bruitage, de vous emporter ailleurs avec la sonorité d?un tournevis sur une serpe, de se mettre sur les genoux et faire danser des tiges de cannes sur le sol? Même les boîtes de conserve y passent.
Si Menwar est un grand bricoleur, avec lui pas de ton précieux, pas d?attitudes fabriquées. C?est un homme nature, avec un petit air désuet même. Il vous présente à son ami venu lui rendre visite, vous confie ses difficultés avec la batterie de sa voiture, vous fait savoir que sa voisine a le même prénom que vous. Il vous prépare un jus de tamarin en sifflotant et émaille l?entretien de « poutoudoum, koutoudoum », de battements de pieds? C?est un vrai bonheur que d?être avec Menwar dans son atelier où ses nombreux instruments semblent vous dévisager.
L?homme se livre doucement. Ses gestes, ses mimiques, ses mots sortent tantôt en douceur, tantôt en mitraillette. Faut pas l?agacer, l?empêcher de choisir ses pommes d?amour au marché, il sort ses griffes. Faut pas l?accuser de brosser un tableau noir de Maurice à l?étranger. Faut pas l?empêcher de dire ce qu?il pense. Faut pas non plus le presser. Il va chercher à la source.
« Ca c?est ene di bois sagai. Matelassier ki servi ca dibois la, sorte lor montagne signaux ça. Ecoute ça son wash la. Depi mo zenfant mo habite are ça », raconte-t-il. On passe sur les détails de comment on fait un matelas et les adresses où l?on peut trouver des matelassiers aujourd?hui. On retiendra juste qu?aujourd?hui ce bois fait partie de son répertoire d?instruments.
La sagaie est, par ailleurs, une lance utilisée dans les tribus primitives pour chasser. Résultat : « Mo content mo la misik degaze ene l?energie pareil coma quand matelassier batte matelas avec dibois sagai. Mo content ki mo la mizik tousse lame bane dimoune pareil coma lance sagaie me dans bon sens biensir. » En gros, voilà d?où viennent les vibrations sagai de Menwar.
Ses chansons font voyager
Pas de doute, l?introspection c?est son truc. Il a besoin constamment d?appréhender le monde, de le comprendre.
Ce goût pour le vécu vient sans doute de son enfance difficile. Un père qui l?a abandonné, une mère qui a été bonne toute sa vie et qui n?a pas pu l?envoyer à l?école. Pas de mélodrame, Menwar n?est pas le genre à en faire tout un plat.
« La difficulte ena so bon cote sinon le monde pa ti pou existe. Bizin ene difil noir ek ene difil rouze pou faire la limiere, bizin positif ek negatif », balance-t-il.
S?il n?a pas de diplômes, il est un as de la sagai, son style de musique. Son nouvel album Ay Ay Lolo est un régal. Il s?empare de vous, corps et âme. Ses chansons comme des contes vous font voyager sur les flux et reflux de la mer, vous ramènent à l?époque de l?esclavage, vous parlent de marée noire sur la mer et de marée rouge sur la terre. Ses paroles touchent mais restent sobres, sa voix résonne dans vos oreilles longtemps après la rencontre, sa musique vous laisse perplexe.
On aurait voulu rester là à écouter ses chansons, s?abreuver de sa philosophie. Mais toute bonne chose a une fin. On aura l?occasion d?aller à son concert le 21 juillet, à 20 heures, au théâtre de Port-Louis. Ensuite, il reprendra la route pour d?autres cieux où l?on apprécie déjà son style.
Et si sur son chemin, il se retrouvait face à face avec la lampe d?Aladin, si l?un de ses v?ux pouvait s?exaucer ? « Ki tou dimoune capave lire dans lesprit so camarade. » Menwar serait-il un peu voyeur ? Loin de là, il voudrait pouvoir lire à l?avance dans la tête des pervers qui violent des enfants de quatre ans afin de les empêcher de faire du mal.
Sa crainte ? Perdre son âme. « Mo per la gloire. Galon, medaille en ferraille capave faire ou vine lourd ek fer ou tombe. Mo le garde mo simplicite. Si materiellement mo progresse, mo le reste simple au fond de mwa. Ki ça pa fer moi perdi mo lame. » C?est peu probable qu?un tel malheur lui arrive?
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