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Menwar exporte son authenticité
Cela commence tout doucement. Comme une offrande que l?oreille va cueillir au creux des mains de Menwar. Silhouette effilée dressée telle une lame face au public. Il tranche l?air avec sa senzale, instrument enfanté par le génie : d?abord celui de la récupération, puis celui de la musique.
Comme une évidence, les cordes fondent dans le ballet de percussions : pistaches, tambours d?eau, doum doum. Nous sommes sous perfusion. Le sagaï se distille dans notre sang, à coup de Mélodie la mer et d?Echos de la Rivyer Noire. Cris d?oiseaux, bruissement de feuilles prennent la suite d?accords joués à la basse. Dans le fond, une pulsation lancinante : les ravannes.
Vous avez reconnu le dispositif ? C?est celui que Menwar et son groupe Sagaï nous avaient servi au Plaza, au théâtre de Port-Louis, puis à Vacoas, à la sortie de son album-mutation : L?Echo La Rivyer Noire. Avec ses fidèles Kerty Oclou et Kerwin Castel, Menwar a mis le cap sur le Festival des Musiques Métissées d?Angoulême. C?était du 28 au 31 mai dernier. Un rendez-vous annuel ouvert aux musiques traditionnelles et urbaines du monde.
Rencontre des talents du Sud, Angoulême était cette année, la destination de Marlin Augustin de Rodrigues. Son accordéon en bandoulière, il a partagé l?affiche avec les rythmes de maloya jazz de René Lacaille, des Pat?Jaunes de La Réunion. Egalement convié à la fête : Jaojaoby et son salegy énergétique de Madagascar entre autres.
De cette convergence de sensibilités indianocéanique ? qui se sont frottées aux Tambours de Brazza et à Taarab de Zanzibar ? Clyke Armoogum, le bassiste de Sagaï ? garde la trace de musiciens qui ne connaissaient pas la situation géographique de Maurice. «Nous n?étions pas logés au village du Festival mais au Diocèse d?Angoulême, c?était plus reposant. Le festival a été intense, au point où nous avons décidé de prolonger notre séjour d?un mois. Epaulés par Jean Alain Clency nous nous sommes produits dans plusieurs discothèques dont le Dinagora et Le Globo.»
Mais c?est à Angoulême que le courant passe véritablement. Selon Percy Yip Tong, qui officie «dans un rôle de management,» auprès de Menwar et de ses musiciens, la participation du griot de Pointe-aux-Sables au Festival des Musiques Métissées est une «petite histoire tellement mignonne.» Il y a 15 ans déjà, il envoie des bandes à Christian Mousset, le directeur du Festival d?Angoulême. «Pour moi les trois seuls exportables en dehors du circuit commercial sont Kaya, Eric Triton et Menwar.» Nous savons ce qu?il est advenu des deux premiers. C?est maintenant au tour de Menwar de s?exporter. Le déplacement des musiciens était parrainé par le ministère des Arts et de la Culture, la Mauritius Society of Authors (MASA) et Air Mauritius.
C?est sur la parcelle de France se trouvant dans l?océan Indien que le groupe Sagaï et son leader charismatique ont mis le cap jeudi. Hier, ils se sont produits à la Ravine St Leu. Petit arrangement entre artistes avant de chauffer le public venu acclamer Johnny Cleg dimanche. Aux côtés de Clyke Armoogum, Kerty Oclou et Kerwin Castel, les Réunionnais pourront se laisser envoûter par un élément nouveau récemment introduit dans la formation. Il s?agit de Luc Phénoli et de ses guitares.
«C?est par mon frère Mike qui est à Paris, que nous avons entendu parler de lui. » La voix blanche de Clyke Armoogum se réchauffe perceptiblement. «Il connaissait déjà Maurice, à travers ses rencontres avec Neshen Teeroovengadum et Ernest Wiéhé.» Des références impressionnantes doublées d?accointances avec Linley Marthe.
Menwar nous raconte son intégration express dans le groupe. «Luc finn vinn zoin nou laeropor. Nounn coumans zoue dans minibus ki prend nou depi Paris pou al Angoulême. Li fer sizer tan larout.» Nous sommes alors à 24 heures de la première prestation du groupe au festival. Les kilomètres défilent. Les musiciens, tout entiers au processus d?harmonisation de leurs vibrations, ne les voient pas. Ne sentent pas la fatigue.
L?aboutissement prendra peut-être une tournure nouvelle l?année prochaine. Modestement, égal à lui-même, Menwar refuse d?y croire avant d?en avoir la confirmation. Mais l?espoir brille dans son ton. «Ena bann négociations pou nou al Festival Africolor dan Paris en 2005. Sa mem festival Kaya ti ale en 1992.» Le disparu de février 1999 était son guitariste. Menwar sera-t-il l?instrument d?une réelle percée de la musique mauricienne à Paris ?
«Cela commence tout doucement. Comme une offrande que l?oreille va cueillir au creux des mains de Menwar. Silhouette effilée dressée telle une lame face au public.»
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