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Menus travaux
J?ai été un scout de deuxième fournée, plein d?enthousiasme, il y a bien des années, vouant une vénération presque ventrale à Lord Bedaine Powell, accumulant les oeuvres pies et bonnes actions (B.A.+) jusqu?à l?éc?urement et ceci malgré une éducation axée sur un civisme un peu constipé.
Tout récemment, souffrant d?une forte poussée d?altruisme, j?ai décidé de me lancer à nouveau dans des actions d?intérêt général pour le bien de la communauté.
Fourvoyé dans un de ces hypermarchés où l?on trouve tout ce dont on n?a pas besoin : ?Je voudrais me lancer dans le bricolage?, dis-je fièrement au préposé. Celui-ci, qui avait dû commencer sa carrière dans une fromagerie, sans hésitation aucune, me tendit un triangle à pâte molle en me disant : ? Un brie collage ? Voilà, Monsieur?. Il pensait sans doute que j?étais un de ces peintres modernes tant conspués par Malcolm et qui vous torchent une toile avec des éléments alimentaires adhésifs et hétéroclites ayant toute l?apparence d?avoir été imparfaitement ruminés.
Loin d?être découragé par ce fâcheux contretemps, je résolus de commencer par une première étape en faisant l?acquisition du Manuel du Parfait Bricoleur émaillé de conseils par l?éminent Professeur Lépine qui était lui-même un peu marteau. Me basant sur ses recommandations, je m?outillai comme un forcené, émergeant de mes emplettes avec le sentiment d?être un savant pot-pourri de plombier zingueur, expert en marqueterie, monte-en-l?air, forgeron, compagnon bâtisseur, poseur de carreaux et de miroirs déformants. La dépense n?étant pas un obstacle, je jetai mon dévolu sur un assortiment composé de couteau suisse, jeu complet de passe-partout, de la glu Fixtou plus tenace que maîtresse collante, un dissolvant universel dont le récipient disparaît en trente secondes, ciseau froid, alène fraîche, sparadrap, boîte à pharmacie et casque intégral, indispensable quand une console mal assujettie se livre à une déclaration unilatérale d?indépendance. Enfin, et en l?avouant le pourpre de la honte me monte au front, je mis de côté ma grande déférence envers les gens de robe en achetant une pince-monseigneur.
Ainsi équipé, je décidai de maintenir le cap vers l?établi. Galvanisé comme un clou élevé tendrement dans les chais d?un fakir furonculeux, je me lançai hardiment dans la pose d?un tableau, projet considérable si l?on considère mon statut d?amateur faiblement éclairé et qui me vaudra, pensai-je, les félicitations émues d?Enterprise Mauritius et des autorités consternées. J?arrêtai mon choix sur une reproduction de Van Gogh. J?ai peut-être tort de l?associer au mot ?reproduction?, lui qui n?était ni marié ni concubin ni père putatif et, disent les amis qui avaient son oreille, si mollement porté sur la créature que son c?ur n?a jamais fait boum et encore moins baby-boom.
Voilà comment, peu après, plus paré qu?Ambroise et n?écoutant que ma frayeur (aveu dépouillé de pétard tifice) je sélectionnai dans ma vaste panoplie artisanale un de ces instruments contondants qu?affectionnent les évadés d?Alcatraz. Tenant fermement, du moins le croyais-je, le marchepied sri lankais obtenu au rabais à la foire de Quatre-Bornes, l?appendice nasal à soixante degrés du cubitus, selon les normes internationales, j?ajustai un coup fumant et à mon sens imparable et sans vis de forme sur la tête d?un clou préalablement complexé par mon regard intimidant. Il paraît que cette grosse Bertha, qui aurait fait la joie d?Adolf, enregistra 7.8 sur l?échelle de Richter en faisant sauter deux barreaux et qu?elle fut entendue jusqu?à l?Hôtel de qui vous savez à Port-Louis où le couvre-feu fut décrété.
Deux jours après, le pouce emmailloté comme un nouveau-né, une jambe plâtrée pendue au plafond, jouissant de la considération de toute la clinique, je tendis le Manuel du Parfait Bricoleur au médecin de garde en lui disant :
?Dites-moi, Docteur, vous avez bien un incinérateur ici ? ?
<B>VOLCY</B>
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