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Me André Oraison : vol et recel des Chagos

26 juin 2006, 00:00

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Dans une dizaine d’années, nous aurons la triste obligation de commémorer le 50e anniversaire du vol de l’archipel des Chagos par les Anglais et son recel par l’armée des Etats-Unis d’Amérique, se prétendant pourtant le gendarme de notre planète. Dans moins d’une décennie, nous aurons à nous poser la question si nous pouvons être fiers de notre demi-siècle de passivité et de lâcheté, devant cette ultime exaction colonialiste. Aurons-nous le courage d’admettre que nous n’avons pas même levé le petit doigt pour tenter de rétablir notre pleine et totale souveraineté sur cet archipel des Chagos, propriété indiscutable et inaliénable du peuple mauricien, au regard du droit international et des plus solennelles conventions des Nations unies, dont celles réglementant, dans les années 1960, le processus de décolonisation, l’autodétermination des peuples colonisés et l’intangibilité de leurs territoires et frontières. Une chose est certaine : nous n’aurons pas le droit, en 2008, de pavoiser à l’occasion du 40e anniversaire de notre Indépendance ( ?) si l’Union Jack flotte toujours sur les Chagos et la bannière étoilée étatsunienne sur Diego Garcia, comme sur le territoire irakien.

Depuis plus de 40 ans, des Mauriciens souffrent, dans leur chair, le vol de l’archipel des Chagos par nos anciens maîtres colonialistes et anglais, son recel par les Etats-Unis d’Amérique, la perte de tous nos potentiels revenus touristiques, de toutes nos ressources pélagiques et peut-être même minérales et pétrolifères des zîles-là-haut, et plus particulièrement la déportation et le déracinement du peuple chagossien, pendant que d’autres sont traiteusement à genoux devant nos voleurs et receleurs, mendiant un nouvel avantage du Protocole sucre ou de l’AGOA, ou bien encore une quelconque autre forme de prétendue aide, pour mieux nous faire oublier les effets les plus atroces et cruels de ce vol et de ce recel.

Nous ne pouvons surtout pas plaider l’ignorance. Tout au long des quatre décennies écoulées, depuis l’excision illégale des Chagos de notre territoire, des voix autorisées se sont élevées pour dénoncer ces crimes crapuleux, le calvaire incessant enduré par nos frères et soeurs chagossiens, trahis par nous, Mauriciens, et les dirigeants politiques que nous nous choisissons, lustre après lustre. Ces derniers portent la responsabilité de la partie la plus pesante du fardeau de notre démission collective et de notre trahison nationale à l’égard de nos frères et sœurs chagossiens et du respect dû à la souveraineté mauricienne. Nous ne pouvons que les renvoyer à leur conscience.

Pour leur gouverne, rappelons qu’en juin 1981, la presse indépendante se fait le devoir de rendre compte des recherches et des travaux de Me André Oraison, maître-assistant de droit à l’université de la Réunion, sous le titre explicite : « L’excision des Chagos de Maurice en 1965 est illégale ». Tout gouvernement, réellement déterminé à réclamer, coûte que coûte, la rétrocession des Chagos devant tout tribunal international ou encore à la tribune des Nations unies par voie de motion explicite, peut invoquer, selon cet expert légiste 1º la méconnaissance du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, 2º la violation de l’intégrité territoriale et donc de la souveraineté mauricienne, 3º la théorie du vice de consentement rendant nul et non avenu les accords de Londres de 1965. A ces trois arguments juridiques, on peut désormais ajouter les nombreuses preuves de la mauvaise foi et de la duplicité tant des Anglais que des Etatsuniens et le calvaire enduré par les Chagossiens, pendant 40 ans (le temps d’une traversée au désert avant d’obtenir le droit de prendre possession d’une Terre promise), avec la complicité de notre lâcheté et trahison à leur égard. Pendant 40 ans, sous différents régimes et Premiers ministres, il n’a manqué que la volonté politique pour revendiquer nos droits les plus sacrés. Avant 1968, nous devions nous courber sous les fourches caudines anglaises. Après 1968, nos dirigeants politiques s’agenouillent, à qui mieux mieux, devant George W. Bush et consorts. Il est tristement révolu le temps où un révolutionnaire esseulé et le visage ensanglanté brandissait une pancarte : Us go home !

Selon Me Oraison, le texte officiel des accords de 1965 contredit les prises de position postérieures de Seewoosagur Ramgoolam, à ce sujet. L’accord anglo-étatsunien, du 23 février 1976, réaffirme l’engagement antérieur des Anglais de n’accorder aucun droit de pêche ni d’exploitation minérale aux Chagos à des Mauriciens. Ramgoolam a toujours prétendu que l’accord de 1965 préserve nos droits de pêche et d’exploitation des minéraux sur et autour de Diego Garcia.

En juin 1981, la Dame de Fer, l’épicière Maggy Thatcher, affirme aux Communes que Ramgoolam savait, à Londres, en 1965, que l’excision des Chagos, leur occupation, la création du BIOT, se faisaient pour des raisons essentiellement militaires, qu’il s’agissait même du début de la militarisation de l’océan Indien, que cela constituait une provocation pure et simple de l’Union soviétique et de son empire communiste et une incitation à la course au surarmement. Les remontrances indiennes, réprouvant cet aplatissement ramgooolamien, travailliste et mauricien devant la duplicité anglo-américaine et ses effets collatéraux néfastes à la création d’une zone de paix indocéanique, le prouveront amplement un jour ou l’autre. On ne peut garder indéfiniment la Vérité dans un tiroir, avec des squelettes.

Me Oraison conclut que Ramgoolam ne pouvait pas ignorer ce qui se tramait aux dépens des Mauriciens en général et des Chagossiens en particulier, “les Palestiniens de l’océan Indien” pour reprendre l’appellation que leur accorde cet éminent légiste, méprisé par l’Hôtel du gouvernement simplement parce qu’il rappelle, à temps et à contre-temps, la Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité.

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