Publicité

MBC, la grande déprime

5 août 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est à un moment où le gouvernement sent la nécessité d?insister sur la création d?un organisme coercitif pour contrôler les médias que la députée de la majorité Nita Deerpalsing, dans l?entretien qu?elle accorde à notre collègue Deepa Bhookhun (voir en page 8), revient sur les dysfonctionnements inhérents à la station de radio-télévision nationale.

«La MBC est supposée pourvoir un service public et elle n?a jamais été à la hauteur. Penser à la MBC me déprime. Quel que soit le régime en place, la MBC est trop politisée et ce cancer est là depuis trop longtemps. Je pense qu?il faudrait abroger le «MBC Act» et recommencer à zéro», affirme la députée rouge dans l?interview de ce jour. On ne peut être plus explicite. Ni moins implacable. La déliquescence a atteint un stade avancé et toute intervention à dose homéopathique serait inopérante. Il faut pratiquer une chirurgie radicale.

Entre-temps, ce cabotinage médiatique qu?est le «MBC Act» continue à faire partie du théâtre de tous nos ridicules. La seule satisfaction qu?on continue à nourrir, c?est que son JT n?a pas une grande exposition étrangère. Même si le ridicule ne tue pas dans ce pays, on aimerait bien préserver un semblant de crédibilité. Cela pourrait paraître dur aux yeux de certains, mais c?est loin d?être un risque qu?on prendrait.

A cet effet, il suffit d?écouter les déclarations de Sarat Lallah, directeur de Mauritius Telecom, lorsqu?il évoquait l?émission «Hum Tum». Version lointaine des émissions musicales de téléréalité où les téléspectateurs votent par SMS, M. Lallah, évoquant ce principe, parle de la magie de la technologie. C?est dire à quel point nous sommes à des années-lumière de la révolution en cours! Cela témoigne déjà de la déchirure que vit l?Alliance sociale. Entre des hommes capables d?une vision et des traditionalistes qui s?abreuvent aux sources d?une modernisation qui se conjuguait avec l?industrialisme.

Quant à la MBC, il serait plus sage de faire le deuil de tout espoir de modernisation de cet organisme. C?est la prostitution même du concept de service public. Certes, lorsqu?il s?agit d?être politiquement correct au chapitre de la programmation générale, on peut compter sur la corporation. C?est ce qu?elle fait de mieux. Il faut également reconnaître qu?au fil des ans, il y a eu un réel effort pour améliorer la grille. On pourrait s?en satisfaire. Cependant on s?en abstiendra. Pour un service qu?on paye, on mérite mieux. La nouvelle direction de la MBC n?est qu?une parodie d?une gestion réfléchie. Il lui semble qu?il suffit de donner quelques coups ici et là pour se prémunir de toutes critiques. Elle est loin de la réalité.

Son JT est une agression permanente du téléspectateur. Les productions locales alternent les moins bons et les plus mauvais. La politique générale ne rend compte d?aucune inventivité. A l?heure de la société de l?information, la MBC est tout sauf une courroie de communication. Il ne suffit pas de projeter quelques films récents pour se dire novateurs. Il ne suffit pas de se concentrer sur un type de programmation, ethniquement marqué, pour se garantir une adhésion populaire.

Le marché de l?image télévisuelle obéit aux règles monopolistiques dans ce pays. Les chaînes satellitaires sont une option trop onéreuse pour une majorité de Mauriciens. Reste donc la MBC qui, au lieu de se préparer à une éventuelle concurrence, s?appuie sur ses acquis de service public pour s?imposer dans nos salons.

On dit souvent que la radio-télévision publique est la vitrine d?un pays. A Maurice, cette vitrine est bien déprimante. Ce n?est pas nous qui le disons mais une élue de la majorité gouvernementale !

par Nazim ESOOF

Publicité