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Mayotte :Un casse-tête politique

19 avril 2007, 00:00

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Les Comoriens, en particulier les Anjouanais, mais aussi un petit nombre de réfugiés africains venus de la région des Grands Lacs par la mer font le voyage vers Mayotte, espérant y trouver ce qui n’existe pas chez eux : un travail, des soins, une école pour les enfants... Cette situation doit effectivement entraîner une réflexion, une action, un contrôle. Mais elle ne devrait pas permettre de violer les droits des personnes déjà présentes. Or ces violations ont lieu chaque jour : les enfants étrangers en âge d’être scolarisés sont régulièrement refusés dans les écoles par les directeurs ou les maires mahorais.

Depuis la réforme locale de la sécurité sociale – jusqu’à l’an dernier, en raison du faible niveau de vie à Mayotte, les soins et les médicaments étaient donnés gratuitement et sans discrimination –, on demande au patient ses papiers et, s’il est étranger, le montant des soins : 300 euros pour un accouchement. Les femmes enceintes et les malades sont refusés dans les dispensaires et à l’hôpital s’ils ne peuvent pas payer. (...)

Résultats : des traitements longue durée de patients atteints de maladies chroniques sont interrompus et de plus en plus d’accouchements ont lieu à nouveau en dehors de l’hôpital, dans des conditions sanitaires douteuses.

S’il est vrai qu’un système de soins gratuits n’était pas viable, la situation actuelle entraîne l’excès inverse, et va parfois jusqu’à la non-assistance à personne en danger par le personnel médical.

La situation de Mayotte est un casse-tête politique : l’île est française par référendum depuis 1975, les hommes politiques comoriens n’ont cessé de réclamer aux Nations unies son rattachement à l’Union des Comores, mais les Mahorais ont toujours confirmé, d’un vote à l’autre, leur désir de rester français et de devenir département (...) .

L’île fonctionne en partie grâce aux étrangers, réguliers ou non : les Anjouanais conduisent les taxis, bâtissent des maisons, gardent les boeufs et cultivent les champs, gardent les enfants... Cette économie informelle connue de tous n’empêche pas les hommes politiques mahorais d’accuser les Anjouanais de tous les délits... Un climat de xénophobie détestable s’installe peu à peu, attisé par le contentieux historique entre les îles : les sultans anjouanais ont en effet dominé longtemps Mayotte. L’idée générale qui circule est la suivante : “Ils ont choisi l’indépendance, qu’ils l’assument et restent chez eux...”

Une véritable coopération régionale est possible, qui permette aux Comoriens de trouver chez eux les soins et l’éducation qu’ils recherchent. Elle permettrait peut-être aux Mahorais de se rappeler, sans honte, qu’ils sont liés par l’histoire, la géographie, la culture, et pour la plupart par des liens familiaux, à la grande famille des quatre îles Comores et, plus largement, de l’océan Indien...

<B>François BLANCHARD</B> © Le Monde 2007 Distribué par The New York Times Syndicate</I>

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