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Mauritius welcomes you
Un étranger qui nous tourne le dos avec pour unique legs, tant son éjection aura été rapide, une gifle : « Good Bye Mauritius, Hello the World », comprenez « Vous m?avez rejeté, vous voilà un peu plus isolés? » Et cette phrase du « Competitiveness Foresight » reprise récemment par Percy Mistry le clairvoyant qui résonne alors comme une évidence. « The reality seems to be that Mauritians do not like outsiders and foreigners much. » Avant Michael Morris, comment le nier, il y a eu Burt Cunningham et aussi Philip Cash, soumis à des tentatives d?intimidation. Serions-nous en train de devenir xénophobes ? Avons-nous décidé de creuser notre tombe ?
L?idée est saugrenue, parce que nous n?avons jamais eu autant d?étrangers dans nos établissements, et parce que l?ouverture est inscrite dans notre histoire. Histoire sociale qui a fait de nous d?éternels frontaliers, fils pluriels d?un même sol demeurant quelque part un peu étrangers les uns des autres. Histoire économique qui a eu pour pilier l?étranger, le Hongkongais Lau, l?Indien Michandani, le Sud-Africain Jones, le Français Chaumard, et tous ces consultants venus lancer les industries et à qui l?on ne doit rien de moins que le miracle. Mais hier ouverts au monde par la force de la modestie, construisons-nous aujourd?hui des frontières par la force de l?arrogance ? Alors que l?on doit à ces étrangers ce que nous sommes, alors même que la globalisation devient la vertu nouvelle, que s?expatrier ne s?est jamais fait aussi souplement, allons-nous à contre-courant ?
La réalité, comme dit l?autre, ce n?est pas que nous n?aimons pas les étrangers ; c?est que nous aimons trop nos sales petites combines. Il faut prendre conscience des raisons de nos haines pour s?en garder et empêcher que le discours sur ce racisme dont on nous étiquette ne se transforme en préjugé et achève de tuer la seule industrie qui n?est pas vouée à mourir, le tourisme. Le fait que ces combines soient devenues un mode de vie, la norme au point qu?on ose résister quand l?étranger menace de les faire s?écrouler, est aussi perturbant que s?il s?était agi d?une véritable xénophobie.
Cette résistance n?est pas, il faut le reconnaître toutefois, un trait propre aux Mauriciens. Toute société, lorsqu?elle voit dans la modernité la marque de l?étranger, le repousse instinctivement pour s?en protéger. C?est une réaction classique au changement. Chez nous, le changement venant souvent de l?étranger, on cherche alors refuge derrière la troupe, la communauté de travail comme à la douane, la communauté politique souvent, pour justifier son sentiment. Difficile d?espérer une autre attitude quand le repli identitaire est si naturellement exacerbé.
L?attitude face aux Morris et autres Cunningham n?en demeure pas moins inacceptable dans la mesure où ce que ces étrangers tentent d?introduire dans nos systèmes, ce sont des principes de bonne gouvernance qui deviennent universels et incontournables. Sur ces questions, les pays ambitieux sont de moins en moins différenciés. Il faudra marcher au pas si on veut entrer dans la civilisation globale et en profiter. Des normes d?opération rigoureusement suivies sont autant d?indications que nous pouvons faire partie du club, que nous offrons des conditions susceptibles d?attirer des partenaires étrangers et leurs investissements.
Les leaders ont un rôle essentiel dans l?acceptation du changement. En position d?arbitrage, ils doivent étouffer, dès qu?il menace de dresser la tête, ce M. Hyde qui sommeille en nous. Il faut qu?ils identifient les vrais suspects à chaque fois que s?organise la résistance face à l?étranger. Cela implique du dévouement, le courage de choisir entre l?intérêt de la nation et son propre intérêt. Cela implique de la modestie. Si on parlait hier de « miracle » en évoquant notre développement économique, c?est que rien ne nous y prédisposait ; nous étions laissés pour un cas désespéré. Nous avons eu la modestie d?apprendre. Ces années reviennent. Assis aujourd?hui dans notre confort, nous avons du mal à retrouver l?attitude qui convient au désespoir. Les dirigeants ont le devoir d?adopter ce ton.
Une image qui pourrait les inspirer. Ce petit gars des faubourgs promis, dit-il, à la drogue et au vagabondage, que l?étranger nous a rendu, intelligent. La leçon d?Éric Triton, ce n?est pas qu?il faut partir pour réussir, c?est qu?on ne perd rien à se laisser façonner par l?Autre. Cet autre qui nous révèle à nous-mêmes, qui nous donne la distance pour voir ce que nous valons, ce que nous devons changer. Enfant du miracle, même s?il ne garde de ces années que de noirs souvenirs, il a peut-être la modestie facile face à l?étranger. Pourquoi pas nous ?
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