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Mauritius Telecom, une machine à sous

7 juillet 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Du côté de la Telecom Tower, on exulte à l?annonce des résultats financiers de la société. Certes, les employés bénéficient d?un bonus lié au profit. Mais c?est aux étages supérieurs que la joie atteint son paroxysme. L?an dernier, Mauritius Telecom s?est une nouvelle fois affirmée comme l?entreprise la plus rentable du pays.

En 2003, la compagnie a réalisé des bénéfices de Rs 1,1 milliard sur un chiffre d?affaires de Rs 5 milliards. Un taux de profitabilité si important est remarquable, surtout quand il émane d?un organisme de statut comparable. Une marge qui ne passe pas inaperçue quand entreprises et particuliers se plaignent du coût élevé des télécommunications à Maurice. Entre mythes et réalités, MT reste une vraie machine à sous mais d?où tire-t-elle ses profits ?

? Appels locaux qui montent

Malgré le battage médiatique autour des nouvelles technologies, le classique coup de fil reste la principale source de revenus de MT. L?opérateur historique compte 350 000 lignes fixes que les abonnés utilisent pour effectuer plus de deux milliards de minutes d?appels locaux chaque année.

Le prix de l?appel local a longtemps été subventionné par MT mais, après le réajustement tarifaire de septembre, il reflète presque son coût. Un appel local est facturé 85 sous au particulier pour la première minute et un sou pour chaque seconde additionnelle. La charge pour MT tourne autour de 60 sous la minute. Elle dégringole chaque année avec l?explosion de l?utilisation du téléphone. Le Mauricien est un fameux bavard : il passe une moyenne de 12 minutes au combiné chaque jour. A ce degré, il dépasse même les Européens. La majorité des appels effectués dure une moyenne de 90 secondes.

Pourtant, MT milite pour une nouvelle hausse du prix de l?appel local car elle ne veut plus subventionner ce service. Selon elle, le prix d?un abonnement moyen tourne autour de Rs 250 mais le public ne paie qu?une moyenne de Rs 90. Avec des tarifs plus élevés, MT commencerait à faire des profits sur ce type de communications. Cela était inconcevable jusqu?à tout récemment. En retour, la société devrait voir baisser considérablement ses revenus pour les appels internationaux au fil des prochains mois.

? L?international : problématique mais vital

En 2002, alors qu?ils n?avaient pas d?autre choix, les Mauriciens effectuaient à travers MT pour 40 millions de minutes d?appels internationaux. A cette époque, le prix de l?international était artificiellement gonflé. Tout a changé depuis.

Avec la libéralisation, les Mauriciens peuvent maintenant effectuer des appels vers l?étranger via une demi-douzaine d?opérateurs. Le service prépayé, en vogue depuis quelques mois déjà, devrait réduire les gains de MT à ce niveau.

Les appels internationaux restent cependant vitaux pour les finances de l?opérateur historique. C?est pourquoi la société se défend bec et ongles pour que les appels vers l?étranger effectués directement à travers un poste fixe ne coûtent pas moins cher chez ses concurrents.

La logique de MT est qu?elle a les mains liées par le tarif fixé par l?Information and Communication Technologies Authority (Icta) par rapport au réajustement tarifaire. Les rivaux, qui n?ont pas les mêmes contraintes et responsabilités que MT, veulent pratiquer un prix plus bas ? ce qu?on qualifie d?injuste à la Telecom Tower. Le bras de fer continue devant le tribunal d?appel de l?Icta, mais MT a déjà un deuxième problème sur les bras : certains opérateurs étrangers n?utilisent plus son gateway pour les appels internationaux à destination des abonnés mauriciens.

L?arrivée de Mahanagar Telephone Nigam Limited (MTNL) devrait changer la donne tant au niveau des appels locaux qu?internationaux. La société indienne compte déployer un réseau sans fil de 50 000 à 100 000 lignes mais son ombre plane aussi sur le portable, la nouvelle vache à lait de MT.

? Cellplus : la filiale prodige

La progression de Cellplus est spectaculaire. Créée en 1996 pour briser le monopole d?Emtel sur le cellulaire, cette filiale ne cesse de grimper. En 2002, Cellplus a réalisé des profits de Rs 258 millions. La téléphonie cellulaire est aujourd?hui source du quart des profits que réalise MT. Avec 325 000 abonnés, Cellplus est à la tête d?un marché qui n?est pas loin de la saturation. L?unique concurrent, Emtel, s?en tire également très bien à en juger par ses profits de Rs 135 millions en 2003. Les deux n?ont qu?à bien se tenir puisque MTNL envisage la troisième génération de téléphonie mobile.

Déjà, Cellplus songe à exploiter le 2.5G ou le General Packet Radio Service (GPRS), qui offre une connexion plus rapide à l?Internet et le Multimedia Message Service (MMS) entre autres. Après la boîte vocale et le Short Message Service (SMS), il faudra maintenant convaincre les Mauriciens à utiliser leurs portables pour l?échange de données - un segment nettement plus lucratif que la voix car la concurrence y est moins féroce.

? La perversion Internet

Telecom Plus demeure le leader incontesté du marché de l?Internet à Maurice. Le partenariat avec France Telecom apporte sa part de bénéfices à la caisse de MT : Rs 53.7 millions en 2002. La compagnie réalise le gros de son chiffre d?affaires à travers la location de lignes dédiées et autres prestations pour entreprises. L?Internet grand public est un service à pertes qui coûte Rs 60 millions par an même si les Mauriciens se connectent au Web pendant plus de 5 millions d?heures par an.

MT peut injecter plus d?argent pour faire baisser le prix de l?Internet mais cela serait injuste envers les autres concurrents qui arrivent difficilement sur le marché. Data Communications Limited (DCL) qui dit compter 20 000 clients, contre les 60 000 abonnés (ou 150 000 internautes) de Telecom Plus serait la seule à ne pas trop en souffrir. Quant à La Poste, qui vient de se lancer dans l?Internet grand public, elle devrait fournir une rude compétition. MTNL se profile également dans le moyen terme, mais en attendant, Telecom Plus et MT doivent déjà lutter contre Business Parks Of Mauritius Limited (BPML).

? Valeurs ajoutées

Au cours de la dernière décennie, MT a beaucoup investi dans des sociétés à haute valeur ajoutée. Ces entreprises lui rapportent de plus en plus. Teleservices, filiale qui s?occupe de l?annuaire, a réalisé des profits de Rs 24 millions en 2002. Preuve, si besoin était, que ce service représente l?un des secteurs les plus lucratifs du business des télécoms. Toutefois, Call Services, qui gère le service de renseignements 150 et un centre d?appels, a opéré à pertes (Rs 4.3 millions) en 2002. Le service de renseignements est payant depuis 1999 mais n?a pu rapporter les bénéfices initialement prévus. Utilisé par 10 000 personnes quotidiennement, il coûte aujourd?hui Rs 2,25. La récente hausse de prix, survenue en février, devrait assainir les revenus pendant la prochaine année financière.

Le service des annuaires et renseignements a été parmi les premiers à être libéralisés mais jusqu?ici personne ne s?est aventuré à concurrencer MT.

? Ailes coupées

L?aventure africaine de MT a connu une halte depuis l?entrée de France Telecom (FT) dans son actionnariat. Elle ne s?est pas avérée très lucrative jusqu?ici en ne contribuant que des profits marginaux. MT a des intérêts dans la Société Malgache de Mobiles, la société de téléphonie mobile Africell (Burundi) et le consortium Mountain Kingdom qui gère Lesotho Telecoms. Toutefois, ces investissements devraient rapporter gros dans le moyen à long terme, quand la téléphonie fixe et mobile explosera en Afrique.

? Les parts du gâteau

Les profits de MT sont sains mais tous ses actionnaires ne sont pas souriants. A commencer par FT, qui détient 40 % de la compagnie. Contrairement aux perceptions, la société française ne touche que deux cinquièmes des dividendes déclarés et non des profits nets. Ce qui signifie que FT n?a empoché que Rs 139 millions en 2002. Le chiffre pour 2003 sera annoncé demain mais les Français grognent. Ils ont déjà dévalué la valeur de leur participation dans MT. Toutefois, FT a largement bénéficié de son partenariat avec MT en décrochant d?importants contrat : l?installation de l?Internet à grande vitesse par Wanadoo pour Telecom Plus, la collaboration d?Orange pour Cellplus mais également la mise sur pied du nouveau système de facturation de MT. Ce dernier, qui fonctionne depuis 2002, a coûté Rs 350 m.

Les profits de MT, aussi impressionnants soient-ils, de-vraient baisser graduellement au fil des prochaines années. L?impact de la libéralisation des télécommunications devrait être plus percutant dans les mois à venir. Une situation prévisible car le monopole est appelé à disparaître avec l?entrée des concurrents. DCL, MTNL et Mauritius Post ne sont que les premiers d?une longue liste.

En attendant, les autres actionnaires, notamment la State Bank of Mauritius, le National Pensions Fund et l?Etat mauricien sont confiants. Ils appuient tous la cause du gouvernement au niveau du conseil d?administration et justifient le taux de profitabilité élevé :?Si l?année dernière on a fait Rs 1 milliard de profits, on a peut-être investi Rs 2 milliards notamment pour introduire de nouvelles technologies ou pour étendre le réseau dans des régions reculées.?

Demain, la direction de MT dérogera à la tradition. Elle présentera son dernier rapport annuel au public. Un moyen comme un autre de ?briser certains mythes? autour de la profitabilité de MT. Ce coup médiatique arrive peut-être trop tard car la société s?est déjà fait une image d?ogre dans le public. Et on sait très bien ce qui arrive aux ogres?

Les profits de MT, aussi impressionnants soient-ils, devraient graduellement baisser au fil des prochaines années. L?impact de la libéralisation des télécommunications devrait être plus percutant dans les mois à venir.

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