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Maurice « duty-free island » : est-ce réalisable ?
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Maurice « duty-free island » : est-ce réalisable ?
Mahmood Cheeroo secrétaire général de la Chambre du commerce et d?industrie
Que veut dire « duty-free island » ?
Maurice deviendra une « duty-free island » lorsqu?il n?y aura aucun droit de douane sur l?importation des produits.
Peut-on aspirer à en être une ?
À condition que Maurice surmonte les défis que l?établissement d?une zone franche de droits de douane occasionnera. Soit combler le manque à gagner d?environ Rs 5 milliards pour l?État, remplir nos engagements sur le plan du commerce régional et international et gérer cette transformation qui entraînera des coûts avec les bénéfices escomptés.
Cette idée était rejetée dans les années 80. Qu?est-ce qui a changé ?
Ce n?était pas réalisable alors, étant donné la dépendance des finances publiques sur les recettes découlant des droits de douane. Cela dit, le projet demeure ambitieux.
Ce qui le rend intéressant, ce sont les nouvelles formes d?exploitation commerciale et d?échange de services qu?il permettrait. L?exemption de droits de douane n?est qu?une composante de ce processus de transformation du secteur du commerce et des services. Cette ouverture nous permettra d?attirer de nouveaux players. Faire de Maurice un centre de shopping international entraînera la création d?une multitude de services et d?emplois.
Comment compenser la perte de revenus de Rs 5 milliards sur un budget de Rs 35 milliards ?
On pourrait envisager une réduction des dépenses de l?État. La multiplication des activités commerciales et des services devraient apporter des revenus. Ce qui est sûr, c?est qu?augmenter la TVA ou l?impôt direct, est difficilement envisageable dans le contexte actuel.
L?établissement d?une zone franche de droits de douane offrira-t-il des moyens d?atténuer le chômage ?
C?est un changement radical qui va certainement créer des opportunités pour l?ensemble de la nation. Surtout pour ceux qui ont du mal à trouver un emploi. Combien de Mauriciens pourraient effectivement saisir cette opportunité? la question reste ouverte.
Avons-nous les moyens de concurrencer Dubaï et Singapour ?
La pugnacité de Maurice pourrait l?amener à s?approprier une part dans un marché aujourd?hui dominé par quelques-uns. Pourquoi pas un triangle Dubaï-Maurice-Singapour ?
Subhas Purgus expert-comptable et partenaire du cabinet KPMG
Pensez-vous que l?on puisse transformer Maurice en centre de shopping international ?
Nous n?avons pas le choix. Si nous voulons réussir un développement soutenu à long terme, il nous faut des idées novatrices. Un centre de shopping international est une alternative qui peut nous aider à diversifier notre économie.
Mais il n?est pas recommandé de jongler avec les revenus de l?État sans une étude économétrique avancée. Il faut étudier toutes les implications, évaluer les possibilités d?en tirer le maximum de bénéfices par rapport à notre position géographique et proposer un package attrayant aux voyageurs.
Quels seront les bénéfices ?
Multiples, si le projet est bien préparé. Nous aurons des retombées sur le tourisme, surtout le tourisme d?affaires, l?hôtellerie, l?artisanat, le secteur financier, la bijouterie.
Quels sont les problèmes que cela posera à terme ?
À court terme, les revenus de l?État pourraient subir un rude coup. Il faut du temps pour que la machine se développe, car les droits de douane représentent environ 13 % des revenus.
Ensuite, il faut se demander comment l?État compte financer ses projets dans une période prolongée de déficit budgétaire. À moyen et long termes, ce projet peut avoir des effets néfastes sur l?environnement avec l?accroissement du nombre de visiteurs.
Comment la compensation de la perte de revenus s?effectuera-t-elle ?
À long terme, le modèle pourrait évoluer de telle sorte qu?il assure lui-même sa propre viabilité comme c?est le cas à Singapour et Dubaï. Les effets, qui pourraient retomber sur tous les secteurs, pourraient compenser la perte de ces revenus.
Les chances de réussite de Maurice sont-elles réelles ou approximatives ?
Il y a une multitude de touristes circulant entre l?Afrique et l?Extrême-Orient et vice-versa, que nous pourrions attirer grâce à ce concept. Sans compter les hommes d?affaires. Environ 80 % des grandes conférences sur le continent africain se tiennent en Afrique du Sud. Si en plus de l?atout majeur que représente le centre de conférences de Pailles, Maurice se transforme en un centre de shopping, elle pourra se positionner comme un véritable hub régional.
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