Publicité

Maurice veut carburer au vert

2 juin 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Rudolf Diesel a fait tourner son premier moteur avec l?huile d'arachide. Il aura fallu une centaine d'années pour que la planète en prenne de la graine. La production de carburant à partir d?huiles végétales à Maurice est en vedette depuis mars. Il aura fallu l?étincelle du président indien, Abdul Kalam, pour que les cerveaux se mettent en marche. Depuis, trois projets ont été présentés à l'Etat. Il n'est plus qu'une question de mois avant que Maurice ne se lance dans l'aventure du biodiesel.

A ce jour, il est question de produire du diesel à partir de trois sources : le palmier, le jatropha (pignon d'Inde) et le pongamia (arbre communément appelé ?la coqueluche?). Alors que le pétrole continue sa folle ascension, de nouvelles initiatives germent. Tout en favorisant les sources d'énergie renouvelables, le gouvernement insiste sur le fait que tout le monde n'aura pas de permis. Après tout, la multiplication de projets concurrents menacerait la rentabilité du biodiesel à Maurice.

Royal Energy semble être le plus déterminée à se lancer dans le biodiesel mauricien. Cette société indienne compte produire du carburant à partir de l'huile de palme. Pour y arriver, il faudra cultiver des palmiers à grande échelle et construire une raffinerie afin de traiter l'huile de palme brute. Un arpent sous culture de palmiers génère une moyenne de 600 litres d'huile annuellement. Une fois raffinée, cette huile est mélangée au diesel conventionnel avant de se retrouver dans le réservoir carburant d'un véhicule. Il existe plusieurs degrés de mélange mais le plus commun consiste en 20 % d'huile de palme et 80 % de diesel pétrolier.

Royal Energy peut ainsi aspirer à fournir un cinquième du marché local. Si la société arrive à relever le défi, le pays est bien parti pour économiser Rs 450 millions annuellement de sa facture pétrolière. Après tout, l'huile de palme est le biodiesel le moins cher au monde si les palmiers sont cultivés à grande échelle. A ce stade, toutefois, on voit mal les palmeraies remplacer la canne à Maurice comme elles ont remplacé les plantations de caoutchouc en Malaisie. Ce pays produit 45 % de l'huile de palme au monde.

Rentable quand le baril dépasse $ 43

Malgré l'enthousiasme de Royal Energy, l'option la plus facile pour la production du biodiesel local réside dans le pongamia. Cet arbre est très commun et certains observateurs estiment que la quantité disponible actuellement serait suffisant pour lancer un projet de biodiesel.

La société Aadicon Technologies est d'ailleurs en pole-position pour exploiter le pongamia. Cet arbre, d?une durée de vie de 100 ans, peut produire une moyenne de 40 litres d'huile par an en sus de quatre tonnes de fumier et de biomasse. Le pongamia pousse même sur les terres arides. Ce qui signifie qu'il ne nécessite pas le remplacement de cultures actuelles. Comme tout biofuel, l'huile du pongamia doit être mélangée avec du diesel conventionnel. Pour chaque unité d'huile, il faut compter neuf du diesel.

Lors de son passage à Maurice, Abdul Kalam avait évoqué les vertus énergétiques du jatropha, aussi connu comme le pignon d'Inde. Depuis, les choses ont bien évolué. Aujourd'hui, il est même question que le puissant groupe Hinduja aide Maurice au niveau de la recherche et du développement. Les fruits du jatropha contiennent des noix qui, une fois pressées, donnent une huile. Après traitement, elle est mélangée au mazout pour faire rouler véhicules et moteurs en tout genre.

Importations de Rs 2,4 milliards

Le jatropha curcas est à l'aise sur des terrains marginaux et arides. Un arbre peut générer environ quatre kilos de fruits par année. Il faut huit kilos de fruits pour produire 1,5 litre de biocarburant. Une plantation de 5 000 hectares pourrait ainsi produire environ 15 millions de litres de biodiesel annuellement. L'huile du jatropha peut être mélangée jusqu'à hauteur de 50 % avec du diesel mais à l'heure actuelle, de nombreux pays préfèrent s'arrêter à 10 %.

Chaque année, les importations de diesel coûtent environ Rs 2,4 milliards au pays. Cette facture ne cesse d'augmenter avec l'envolée du prix de l'or noir. Le biodiesel devrait permettre de l'alléger par au moins 10 % tout en rehaussant l'environnement. Il est connu que des plantations à grande échelle réduisent le taux de dioxide de carbone dans l'air alors que le biodiesel réduit considérablement les émissions nocives des moteurs.

La production du biodiesel a néanmoins un coût puisqu'il faut cultiver, récolter, transformer, stocker et vendre. Selon les experts, le biodiesel est rentable quand le prix du pétrole est au-dessus de $ 43 le baril sur le marché mondial. Hier, il était à $ 70,87 le baril. Les analystes s'accordent à dire qu'il faudra désormais s'habituer à payer le pétrole au-delà de $ 60 le baril. Maurice ne peut se permettre d'hésiter avant de se lancer dans le biodiesel. Plusieurs pays africains s'y sont d'ailleurs mis. Madagascar a déjà pris une nette avance sur Maurice, prévoyant même sa première raffinerie de biodiesel pour 2008. D'ici là, 20 000 hectares seront sous culture du jatropha.

?L'utilisation des huiles végétales comme carburant peut paraître insignifiante aujourd'hui. Mais ces huiles pourraient devenir, à terme, aussi importantes que le pétrole ?, prévoyait Rodolf Diesel en 1912. Il avait raison. Le label bio est en voie d'entrer dans les stations-service.

Publicité