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Maurice s’ouvre à la région
Le snob qu’est le tourisme mauricien baisse enfin les yeux. A force de jouer au Roméo sur le marché européen, il avait longtemps ignoré le potentiel du marché régional. Maintenant que la compétition mord dans les marchés traditionnels et que l’Etat mise gros sur le tourisme, il change rapidement d’attitude. A tel point que le gouvernement souhaite une libéralisation totale de l’accès aérien au niveau régional dans le moyen-terme. Les pays ciblés sont l’Afrique du Sud, la Réunion, les Seychelles, le Kenya, le Zimbabwe, le Mozambique, la Tanzanie, Mada-gascar, les Comores et Mayotte.
La nouvelle attitude est justifiée. En s’ouvrant davantage à la région, Maurice récoltera une pléiade de bénéfices sur le plan touristique et commercial. Le trafic aérien entre Maurice et la région ne cesse d’augmenter. L’an dernier, Maurice a accueilli 170 000 touristes venant des pays de la zone alors que 56 000 Mauriciens s’y sont rendus.
Les visiteurs originaires de la région représentent actuellement un cinquième des arrivées. La zone regorge toutefois de potentiel et pourrait être d’un apport beaucoup plus important à l’économie mauricienne, notamment dans le cadre du projet duty-free island.
Toutefois, le gouvernement devra adopter une nouvelle stratégie pour exploiter ce marché qui est différent du traditionnel vivier européen. Il est beaucoup plus exigeant sur le prix du billet et de la chambre d’hôtel. Le gouvernement veut ainsi encourager la création de compagnies aériennes régionales et rêve même à l’introduction de transporteurs low-cost.
A ce jour, le marché régional est exploité par des transporteurs traditionnels. Les droits d’accès aérien sont dictés par la mono désignation. Ainsi, chaque pays nomme une compagnie aérienne mais les transporteurs opèrent souvent en partenariat. Par exemple, Air Mauritius a des accords de code-share avec Air Austral, Air Madagascar et Air Seychelles.
En passant à la pluridésignation (chaque pays pourra alors nommer plus d’un transporteur) et une entrée éventuelle de compagnies low-cost, la région devrait connaître une véritable révolution au niveau du transport aérien.
Les pays de la région ne sont toutefois pas riches en compagnies aériennes. A l’exception de l’Afrique du Sud, les autres ne dépendent que de leur compagnie nationale. La Réunion a connu une floraison de compagnies mais elles ont toutes mis la clé sous le paillasson. La dernière en date est Air Bourbon. L’ouverture de l’espace régional – qui ne pourra être fait sans le consensus des autres pays – devrait voir la création de nouvelles compagnies d’aviation régionales.
<B>Un plus gros appareil</B>
La formule low-cost semble idéale pour la région. Ce type de compagnie offre des billets bon marché en réduisant au strict minimum ses coûts. La marge de manœuvre d’une compagnie low-cost dans la région est cependant limitée. Le trafic actuel est trop faible et le nombre de destinations restreint.
Catovair, le deuxième transporteur mauricien, affiche déjà ses ambitions régionales. La filiale d’IBL, qui est loin d’opérer selon la formule low-cost, dessert Rodrigues depuis septembre mais veut étendre ses ailes vers les autres îles. Ses premières cibles sont la Réunion et Madagascar et il est même question d’acheter un plus gros appareil pour complémenter son unique Beechcraft de 19 places. Maintenant qu’IBL ne pourra plus construire d’hôtel à Agaléga, la transformation de Catovair en transporteur régional est très tentante.
Une compétition agressive basée sur les tarifs devrait stimuler la demande. Celle-ci devrait se faire sentir au niveau des habitants des pays de la région mais aussi des touristes qui les visitent. C’est d’ailleurs avec cet esprit que Maurice abordera la renégociation des accords bilatéraux avec l’Afrique du Sud la semaine prochaine. Ce pays pourrait servir de tremplin pour des touristes venant de pays que Maurice ne touche pas actuellement. Par exemple, plus de 200 000 Américains débarquent en Afrique du Sud chaque année, et une partie d’entre eux seraient tentés d’effectuer un saut vers Maurice s’ils obtiennent des tarifs bas.
<B>Réduction des taxes</B>
Maurice s’est déjà engagée dans le développement de twin destinations holidays avec l’Afrique du Sud, les Seychelles, Madagascar et la Réunion. Les résultats ont été timides jusqu’ici mais le gouvernement veut insuffler un nouveau dynamisme à ce programme.
“Les territoires ne doivent pas se concurrencer mais plutôt se considérer comme des partenaires afin de constituer un ticket gagnant”, a déclaré Xavier-Luc Duval, ministre du Tourisme, lors de sa visite éclair à la Réunion lundi.
Le gouvernement songe déjà à un billet triangulaire Paris-Maurice-Réunion qui permettrait à des touristes européens de visiter les deux îles en arrivant dans un pays et repartant dans un autre. Ce billet ne serait pas plus cher, sans compter les taxes, qu’un billet pour l’une des deux destinations. En plus, Maurice milite pour une réduction réciproque des taxes sur les billets d’avion émis dans la région.
Le pari régional ne devrait pas avoir un impact important sur Air Mauritius. Environ 15 % des revenus générés par la vente de billets d’avions sont attribués aux routes régionales. La compagnie nationale pourrait également riposter en créant un spin-off.
Cette entité séparée se débarrassera ainsi des fardeaux financiers de la compagnie mère (comme les accords syndicaux) et pourra offrir des billets moins chers. En tous cas, Air Mauritius ne se laissera pas faire surtout si le trafic régional augmente drastiquement. Et Catovair n’aura pas la partie facile.
Nirvan Veerasamy, directeur général d’Air Mauritius est catégorique : “Le Paille en Queue volera toujours plus haut que le Cateau Vert.” Après tout, la concurrence fera le jeu du gouvernement qui veut croquer à belles dents le marché régional. Le temps du snobisme est vraiment révolu.
ARRIVÉES TOURISTIQUES
<B>La croissance se maintient à 5 %</B>
La croissance des arrivées touristiques se maintient à un peu plus de 5 %, pour les neuf premiers mois de l’année. 528 700 touristes ont visité Maurice entre janvier et septembre, comparé à 503 200 pour la même période en 2004. Mais le marché européen ne dépasse pas 4,5 % et le marché asiatique, Inde en tête, fait une percée de plus de 10 %. Ils ont été 343 400 Européens à venir à Maurice de janvier à septembre. Les plus nombreux, les Français, ont été 148 000 à fouler le sol mauricien. Ils devancent les Britanniques (68 000) et les Allemands (38 700). Mais ce sont les Espagnols qui progressent le plus pour les neuf premiers mois de 2005. Leur nombre passe de 6 300 à 7 100, comparé à la même période en 2004. L’Autriche, un marché longtemps prometteur, ne progresse pratiquement plus, cette année. La Suisse et l’Italie sont en net recul. Et le mois de septembre a été négatif puisque le nombre d’Européens baisse de 2 %, comparé au mois de septembre 2004. En Afrique, la Réunion et surtout l’Afrique du Sud continuent de progresser, même si le marché réunionnais enregistre un léger recul en septembre (-3,8 %). Les touristes seychellois commencent, pour leur part, à faire sentir leur importance puisqu’ils sont désormais plus de 6 800 et leur nombre a déjà progressé de 27,4 %. En Asie, c’est l’Inde qui continue de montrer des signes de bonne santé avec un taux de progression des arrivées de 24 % de janvier à septembre. Quant à la Chine, elle progresse de façon substantielle, à 8,3 %. L’autre progression significative est celle du marché australien avec 9 400 touristes, cette année, comparé à 8 200 pour la même période en 2004, ce qui représente une hausse de 15 %. Le marché américain, souvent sous-estimé, est lui aussi en progression : 9,5 % et 3 400 touristes, de janvier à septembre.
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