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Maurice Rault : L’honnêtehomme ne fait pas rougir son ange gardien

6 juillet 2006, 00:00

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Il y a un quart de siècle, Alain Gordon-Gentil profite de la sortie d’une biographie commentée du Père Laval, de béatification alors récente, et intitulée Les 177 premières années du Bienheureux Père Laval, pour interviewer son auteur, Maurice Rault, alors chef juge.

L’intervieweur s’étonne de cette publication, venant d’un éminent membre de la population mauricienne, passant, à tort, pour être sévère et austère. Il possède, en fait, un sens très poussé de l’humour le plus fin et le plus spirituel mais qui disparaît, quand il le faut, derrière une redoutable intolérance à l’égard de la médiocrité et le refus de toute compromission.

L’interviewé dit vouloir passer tout de suite aux aveux. Il écrit beaucoup et tout le temps mais à ce jour il n’a voulu “pour seul éditeur que sa corbeille à papier”. Il privilégie certes le livre. Il est de ces Mauriciens, débordant de reconnaissance pour leur père de leur avoir légué le plus inestimable des trésors : une bibliothèque digne de ce nom, leur permettant dès leur plus tendre enfance de se plonger avec délectation dans l’épanouissement culturel et intellectuel, en dévorant à plusieurs reprises les recueils de poésie, les romans, les pièces de théâtre, les livres d’histoire, les livres de référence ainsi mis à leur disposition. Délectation qui se double quand leurs auteurs sont du terroir.

Maurice Rault n’a pas besoin de se réfugier dans la poésie “parce qu’il y est né”. “La bibliothèque de mon père débordait de poètes qui envahissaient toutes les chambres. J’y ai toujours habité. Ma maison est en fait ma résidence secondaire”.

Le livre n’est toutefois et heureusement pas le seul moyen de parvenir à la culture. “L’écriture n’a que 5 000 ans… Homère ne savait pas lire… A côté du livre, il y a les autres cultures paysanne, maritime, artisanale, liturgique”. L’audiovisuel conserve un potentiel culturel quand elle n’est pas “décervelage”. “Le livre demeure une des grandes inventions de l’homme avec le feu et le… mariage”.

Il s’explique sur Justine D. à qui il dédie Les 177 premières années du Bienheureux Père Laval. Elle entre au service de M. et Mme Marcel Rault quand leur fils, Maurice, n’a que 25 jours. Sa vie s’accorde aux grands cycles liturgiques. Elle plonge ainsi dans la détresse originelle du Vendredi Saint. Elle rayonne de la Rédemption pascale du dimanche suivant. Elle le conduit à la bénédiction du feu nouveau et de l’eau baptismale de la Vigile pascale, de la nuit de la Résurrection. Elle s’enflamme de joie suprême. Elle explose dans l’Exsultet, “le chant le plus triomphal qui ait jamais jailli d’un coeur humain.” (Rien d’étonnant : c’est un chant inspiré. Il convient même de plaindre ceux qui ne vivent pas dans l’attente du prochain Exsultet).

● <B>Vous êtes un timide se réfugiant dans la poésie.</B>

  • Oui. Un timide qui coexiste toutefois avec un téméraire, ayant du goût pour la bagarre. J’ai un tel excédent d’ennemis que je pourrais même les solder. Le hic c’est que personne ne veut me les acheter. Aussi je les garde pour mon zoo personnel. Je dis toujours à mes enfants : si votre action enrage mille fripouilles et vous gagne l’estime d’un honnête homme, comptez que votre score est de un à zéro.

● <B>C’est quoi un honnête homme.</B>

  • Celui qui ne fait pas rougir son ange gardien

● <B>Quel message de conversion pour les hommes d’aujourd’hui ?</B>

  • Attention ! Qui dit message, dit aussi langage et risque de trahison. Le Père Laval ne convertit pas les descendants d’esclaves par ses sermons mais en vivant au milieu d’eux, en respectant leur dignité d’enfants de Dieu et même de préférés de Dieu. Sa présence parmi eux induit chez eux une température, une ardeur révélatrice de l’invisible. Il y a cependant des mots qui me comblent. Ceux de Bernanos, par exemple : “J’ai fait ce rêve de mettre, à la portée de tout le monde, l’honneur chrétien”.

● <B>On découvre au filigrane dans votre livre un grand amour de l’île Maurice… </B>

  • Montesquieu demandait : Comment peut-on être Persan ? Je me pince pour ne pas poser la question contraire : Comment peut-on ne pas être Mauricien ? Au ras du sol, comme à 10 000 mètres d’altitude, je demeure amoureux de mon île natale.

● <B>Des allusions à l’île Maurice de 1981 dans votre biographie du Père Laval…</B>

  • S’il faut deux siècles pour construire une cathédrale pourquoi s’étonner que la construction d’un diocèse exige une plus longue patience. Laval nous lègue une oeuvre à poursuivre.

● <B>Vous croyez en la justice divine…</B>

  • La seule totale et vraie. Celle des hommes n’en est que le reflet lointain et brouillé.

● <B>Vous affirmez : la souffrance change l’homme.</B>

  • Elle a été la fidèle compagne de Laval. Il n’est pas pour autant un vieil homme geignard. Il a, certes, eu une jeunesse triste. Les descendants d’esclaves et autres va-nu-pieds lui apprennent la joie de vivre. Un saint triste est un triste saint. A partir de 60 ans, il ne tombe pas dans l’enfance. Il remonte en enfance. Dieu lui donne l’enfance qu’il n’a pas eue. L’île Maurice (francophone) est indissociable à Laval. Sa vie se jette dans notre Histoire comme un fleuve dans la mer. Que nul ne s’avise à séparer leurs eaux. Mon livre est joyeux parce que la vie de Laval est une dure bataille, s’achevant dans une victoire inespérée.

● <B> Vous parlez de ceux qui déclarent la guerre à l’Eglise et à Dieu…</B>

  • Je respecte beaucoup plus les hommes qui déclarent ouvertement la guerre à Dieu que ceux qui essayent de rester neutres. C’est-à-dire l’immense majorité de la société de consommation.

● <B> Avez-vous déjà été en guerre avec Dieu ou avec l’Eglise ?</B>

  • Ni à Dieu ni à l’Eglise. Mais quand je vais à l’Eglise c’est pour entendre le prêtre me parler de Dieu. Lorsque ce dernier préfère m’exposer ses théories économiques, je me dis qu’il commet un abus de confiance.

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