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Maurice Piat : ?Faire que la joie de Noël atteigne aussi les porteurs du sida?

25 décembre 2005, 20:00

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La joie que je vous souhaite pour Noël n?est pas une excitation tapageuse qui nous fait ?bliye miser?. La vraie joie de Noël, c?est la joie d?accueillir Jésus qui se fait vulnérable pour être solidaire de tous ceux qui souffrent aujourd?hui. C?est la joie de découvrir comment Jésus guérit les c?urs brisés et nous invite à les guérir avec lui.

C?est pourquoi je pense spécialement à nos frères et s?urs qui sont porteurs du virus VIH-sida et spécialement à ceux et à celles qui sont en prison. Pour que Noël soit vrai, il faut que la joie de Noël puisse les atteindre eux aussi. Cette joie les atteindra au c?ur de leur souffrance, si seulement vous et moi refusons de les exclure de notre fête de Noël, et décidons de les inclure dans ce vaste partage d?amitié que Jésus a voulu instaurer entre nous.

En parlant du sida je pense aussi à notre pays, à la grande famille des Mauriciens de toute culture et de toute religion, qui est menacée par cette terrible épidémie. Je vous invite à réfléchir à la responsabilité qui est la nôtre devant cette souffrance humaine qui est en train de se répandre sous nos yeux.

<B>Le danger qui guette l?île Maurice </B>

Pour comprendre le danger qui nous guette, prenons un seul exemple : le Botswana, un pays qui qui a une population de 1,5m (presque le même nombre d?habitants qu?à Maurice). C?est en 1987 qu?au Botswana, comme à Maurice, on a dépisté le premier cas d?une personne atteinte du sida. Or, aujourd?hui, 18 ans plus tard, 40% de la population du Botswana est déjà infectée. L?espérance de vie est de 42 ans et si on ne fait rien aujourd?hui, dans 10 ans, l?espérance de vie sera de 22 ans.

A Maurice, le nombre de personnes porteuses du virus a doublé chaque année depuis cinq ans : De 55 cas en 2001, on est passé à 102 cas en 2002, 240 cas en 2003, 537 cas en 2004, 801 cas en 2005 (octobre). On estime qu?ils seront 1100 en décembre.

Ces chiffres représentent les cas dépistés officiellement. Plusieurs estiment qu?on peut les multiplier par 10 pour atteindre la réalité.

b) Parmi les porteurs du virus, deux tiers environ sont âgés de 15 à 35 ans.

(c) Parmi les porteurs du virus, 90 %, et plus, ont été infectés à travers des seringues de drogue.

(d) La majorité des personnes porteuses du virus aujourd?hui étant des jeunes toxicomanes et sexuellement actifs, il y a un grand danger que l?épidémie se répande très vite et par voie sexuelle et par la drogue. Si nous ne faisons rien maintenant, nous risquons de nous retrouver dans la même situation que le Botswana.

L?objectif de la fête de Noël n?est pas de nous faire oublier ? l?espace d?un instant ? cette situation difficile. Au contraire, le Jésus que nous célébrons à Noël vient nous réveiller de notre léthargie et nous pousse à assumer nos responsabilités.

<B>Adopter une attitude fraternelle envers les personnes porteuses du virus</B>

Notre première responsabilité consiste à offrir un vrai soutien, amical, gratuit, aux personnes porteuses du virus aujourd?hui. Nous sommes appelés à être non pas moralisateurs mais solidaires, fraternels.

En plus de leur maladie, nos frères et s?urs atteints du sida souffrent aussi d?une discrimination terrible. Ils sont quelquefois rejetés par leurs proches. Leur famille ne veut plus les fréquenter. Souvent on a peur d?avoir contact avec eux au travail, à l?hôpital, ou dans des lieux publics. On a tendance à les écarter de la vie courante, comme on le faisait autrefois pour les lépreux.

Souvent aussi on les juge, on leur colle des étiquettes. En son temps, Jésus a lancé à ceux qui voulaient condamner la femme adultère : ?Que celui d?entre nous qui est sans péché lui jette la première pierre !?

Il faut lutter contre cette ?stigmatisation? et corriger les idées fausses qui alimentent une peur déraisonnable chez beaucoup. Par exemple, c?est faux de dire qu?on peut attraper le sida par des moustiques qui auraient déjà piqué des personnes infectées ; ou encore, il est faux de prétendre qu?on peut attraper le sida en serrant la main ou en embrassant une personne porteuse du virus, ou en mangeant avec elle à la même table. Les personnes atteintes du sida ont droit au respect, elles doivent pouvoir mener une vie normale et se soigner avec dignité au milieu de nous. A son époque, Jésus s?est dressé contre la discrimination qui sévissait à l?égard des lépreux. Il a lutté pour leur rendre la place qui leur revenait dans la communauté juive de son temps.

<B>3. Travailler à la prévention </B>

Notre deuxième responsabilité consiste à travailler activement à la prévention. Ce qu?il y a à faire pour freiner l?explosion de l?épidémie du sida est tellement vaste et complexe qu?il vaut mieux prendre quelques exemples avant d?insister sur les lignes de force du travail de prévention.

Ainsi, si vous êtes mariés ou avez un/une partenaire, et que vous découvrez que vous êtes déjà porteurs du virus, la première chose à faire c?est d?en parler avec votre conjoint ou votre partenaire. C?est une question de respect fondamental. Ils ont le droit de savoir que vous êtes porteurs du virus afin de pouvoir réfléchir avec vous comment réagir et quelle action prendre. Il ne faut pas avoir honte ou peur. ?Honesty is the best policy.? Seule la vérité vous libérera et vous permettra de mieux vivre votre maladie.

Si vous avez le virus du sida, la seule manière à 100 % sûre de ne pas infecter votre partenaire, c?est l?abstinence, i.e. renoncer aux relations sexuelles. Si vraiment vous ne pouvez pas vous passer de relations sexuelles, alors il faut protéger votre partenaire en employant un préservatif ; mais sachez quand même que cette protection n?est jamais à 100 % sûre.

Si vous êtes toxicomanes et porteurs du virus, la première chose à faire c?est de vous inscrire dans un centre de désintoxication et de réhabilitation. C?est vrai qu?aujourd?hui à Maurice la demande pour la désintoxication dépasse largement les places disponibles dans les différents centres. C?est pourquoi il est urgent d?ouvrir d?autres centres dans le pays et de revoir aussi la qualité de la désintoxication offerte. Mais pour nos frères et s?urs toxicomanes, la chose la plus importante c?est de ne pas partager vos seringues, en attendant d?être désintoxiqué.

Si vous êtes un jeune qui avez des comportements sexuels à risque, i.e. si vous avez des relations sexuelles assez fréquentes avec des partenaires différents, la première chose à faire est de vous soumettre à des tests de dépistage pour savoir si vous êtes porteurs du virus ou non. Si vous découvrez que vous êtes porteurs du virus, n?hésitez pas à vous faire soigner. Suivez le traitement ? les médicaments sont gratuits. Si vous vous prenez à temps, vous pouvez vivre longtemps.

Que vous ayez été infectés ou non, prenez la décision de changer de comportement, de vous abstenir de relations sexuelles avant le mariage. Vous avez la capacité de regarder en face la situation, de réfléchir et de changer votre style de vie. Ne vous laissez pas entraîner par le courant. Réagissez et suivez votre instinct de survie. Seul ce changement peut vous apporter une vraie protection.

Même un jeune qui n?a pas de comportement à risque peut hésiter intérieurement et se dire : ?Si j?ai une occasion de relation sexuelle, je vais essayer, pourquoi pas, tout le monde le fait.? Il peut même penser qu?il n?est pas normal s?il ne le fait pas. Cela n?est pas vrai. Les jeunes eux-mêmes le disent : ?True love can wait?. L?amour vrai ne demande pas tout tout de suite. Aujourd?hui, en plus de la raison morale, vous avez une autre raison pour vous abstenir. C?est la volonté de vous protéger efficacement contre le sida et de vous garder en bonne santé pour que vous puissiez plus tard vous marier et fonder une famille.

<B> 4. Le rôle des parents et des éducateurs </B>

Aujourd?hui, beaucoup de parents et d?éducateurs ont peur que, de par le style de vie que mènent les jeunes, ceux-ci soient infectés par le virus du sida. Alors ils leur disent : ?Prenez vos précautions, utilisez le préservatif. Voilà, on vous en donne gratuitement, on va même vous en distribuer dans les écoles, dans les boîtes de nuit, dans les fêtes, etc.?

Cette recommandation est faite par des adultes concernés par le problème. Mais il faut réfléchir aux conséquences qu?entraîne dans la réalité cette recommandation par ailleurs bien intentionnée.

Des recherches ont été faites en Afrique du Sud par des organismes surpris de voir la maladie se répandre très vite malgré les tonnes de préservatifs déversés dans les lycées, les collèges, les universités, etc. Ces recherches ont révélé ceci : quand des gens bien intentionnés viennent dans des collèges faire des campagnes d?information et de prévention par rapport au sida et qu?ils proposent le préservatif comme seul moyen de prévention, ce qui se passe en fait c?est que des jeunes qui jusque-là s?abstenaient de relations sexuelles par peur du sida, comprennent alors qu?ils peuvent avoir des relations sexuelles autant qu?ils en veulent, en toute sécurité, pourvu qu?ils se servent du préservatif. Alors ils commencent à avoir une vie sexuelle active et souvent dispersée en se protégeant avec un préservatif. Après un temps, soit eux, soit leurs partenaires commencent à en avoir assez du préservatif ?gêneur ?, ou bien ils négligent d?en avoir toujours sous la main, et de plus en plus ils prennent des risques en ayant des relations sexuelles non protégées. Et c?est souvent ainsi qu?ils attrapent le virus et deviennent des agents propagateurs de la maladie.

Ce qui est grave ce n?est pas de se servir d?un préservatif si on ne peut s?empêcher d?avoir des relations sexuelles à risque et qu?on veut se protéger ou protéger sa partenaire. Mais ce qui est vraiment grave, c?est de laisser entendre aux jeunes qu?ils peuvent avoir la vie sexuelle la plus désordonnée qui soit avant le mariage et qu?ils seront toujours en sécurité pourvu seulement qu?ils se servent d?un préservatif. L?expérience au ras des pâquerettes montre que c?est souvent le contraire qui arrive. Pour être responsable, nous devons apprendre la leçon que les faits nous enseignent : le préservatif seul, sans une éducation sérieuse des jeunes par rapport à l?abstinence avant le mariage et à la fidélité dans le mariage, ne peut pas arrêter la progression de l?épidémie.

Si les parents et les éducateurs croient en la capacité des jeunes de changer de comportement, et de vivre heureux sans relations sexuelles avant le mariage, les jeunes y arriveront. Si les adultes n?y croient pas, les jeunes se laisseront aller à une vie sexuelle désordonnée et s?exposeront ainsi à de très graves dangers.

<B>5. Investir dans la conscientisation et l?éducation</B>

Ainsi la priorité des priorités dans le travail de prévention contre le sida est d?investir massivement dans des campagnes de conscientisation et d?éducation. Il y a aujourd?hui des programmes d?éducation sexuelle qui ont fait leur preuve. En Ouganda, notamment, grâce à une campagne intensive d?éducation de jeunes soutenue par l?Etat, dans toutes les écoles, le taux de personnes porteuses du virus a considérablement diminué.

<I>?C?est vrai qu?aujourd?hui à Maurice la demande pour la désintoxication dépasse largement les places disponibles dans les différents centres. C?est pourquoi il est urgent d?ouvrir d?autres centres dans le pays et de revoir aussi la qualité de la désintoxication offerte.?

Le programme dont les autorités se sont servi en Ouganda, ? la session ?Youth Alive? ? est aujourd?hui disponible à l?île Maurice. Un groupe de jeunes adultes a été envoyé par le diocèse de Port-Louis pour se former en Afrique du Sud. Et aujourd?hui ce groupe a fondé une ONG, ouverte à tous, dont le seul but est de travailler à la prévention par la formation. Plusieurs séminaires ont déjà eu lieu avec des résultats encourageants. Des activités de follow up sont aussi organisées pour soutenir les jeunes dans leur décision courageuse d?adopter un style de vie où ils ne prennent pas de risques inutiles par rapport au sida. De plus, l?île Maurice a été chosie pour accueillir en 2007 la Conférence inter-africaine de ce mouvement.

Je voudrais aussi saluer le travail de nombreuses personnes et associations qui, depuis plusieurs années, s?engagent inlassablement sur le terrain pour conscientiser les jeunes et prévenir l?expansion du sida. Je suis heureux de constater que plusieurs paroisses du diocèse se sont lancées elles aussi dans de vastes campagnes de formation et de sensibilisation pour encourager le dépistage et offrir à ceux et celles qui se découvrent porteurs du virus un accompagnement fraternel. Je souhaite que cet exemple soit suivi par d?autres paroisses. Ce travail de prévention contre le sida est également un terrain idéal pour une collaboration active entre les représentants des différentes religions. Je souhaite de tout c?ur que des campagnes pluri-religieuses se mettent en ?uvre sur le terrain.

Le gouvernement lui aussi est engagé dans la lutte contre le sida. Une cellule de soin pour personnes porteuses du virus et une équipe de prévention réunissent des personnes dévouées qui font un travail remarquable avec souvent peu de moyens. Les médicaments antirétroviraux sont mis gratuitement à la disposition des personnes atteintes par le virus, ce qui est un immense avantage. De plus, depuis quelque temps les autorités gouvernementales semblent vouloir aller plus loin.

<B> 6. Appel aux autorités gouvernementales</B>

C?est pourquoi je saisis cette occasion pour appuyer l?appel que les ONG et les personnes qui travaillent sur le terrain adressent au gouvernement.

Pour lutter contre le sida, il nous faut une approche commune et coordonnée par un comité national. Le dernier rapport d?ONUSIDA montre que seuls les pays qui ont mis en place un plan coordonné de lutte contre le sida avec un leadership fort ont réussi à faire baisser le taux de nouvelles contaminations. Il faut une impulsion au niveau national ainsi qu?une bonne coordination entre les campagnes d?information et de sensibilisation, le travail de prévention, l?éducation des jeunes, l?accès au dépistage anonyme et gratuit, l?accès aux soins et la lutte contre la stigmatisation.

Les soins offerts jusqu?ici aux malades du sida dans les hôpitaux et dans les prisons méritent d?être améliorés et rendus plus accessibles. Pour le moment, il n?y a qu?un seul centre de soin spécialisé pour le sida ? le Centre Bouloux à Cassis.

Comme le sida chez nous se répand surtout dans le milieu des toxicomanes à travers le partage des seringues, il y a des actions énergiques à prendre pour lutter contre la prolifération de la drogue. L?île Maurice ne brille pas dans ce domaine : nous sommes le 4e pays au monde et le premier pays d?Afrique en termes de consommation d?héroïne par tête d?habitant. Une politique de répression plus rigoureuse envers les trafiquants est urgente. Mais il faut aussi développer les services de désintoxication et améliorer leur efficacité afin de rendre la désintoxication plus accessible et attrayante pour les toxicomanes. On estime aujourd?hui qu?il y a 20 000 toxicomanes à Maurice. Seuls 1 000 demandent une désintoxication. De ces 1 000, seuls 300 réussissent vraiment à décrocher. Comme cela se fait dans d?autres pays, il semble que le moment soit venu de considérer un programme de réduction de risques, lequel pourrait inclure par exemple l?utilisation de produits de substitution dans le processus de désintoxication.

<I>?Investir dans l?éducation est beaucoup plus rentable que d?investir dans le latex. En éduquant on s?appuie sur quelque chose de plus solide et de plus durable, c?est la capacité morale des jeunes à prendre conscience de l?enjeu.?

<B>7. Travailler ensemble avec des convictions communes</B>

?SIDA pas guet figir?. Qu?on soit pauvre ou de milieu aisé, qu?on soit chrétien, hindou ou musulman, croyant ou incroyant, nous sommes tous menacés. Ce qui est encourageant aujourd?hui c?est que nous commençons à en prendre conscience. Je souhaite de tout c?ur que cette prise de conscience nous conduise à nous serrer les coudes et à travailler ensemble avec des convictions communes. En effet que nous soyons décideur politique, responsable d?ONG ou travailleur social sur le terrain, nous gagnerions à adopter ensemble l?ordre de priorité exprimée par le fameux ABC proposé par l?OMS dans la lutte contre le sida :A pour abstinence sexuelle avant le mariage, B pour ?be faithful?, soit la fidélité dans le mariage, et C pour ?condom? ou préservatif.

Il faut remarquer que dans l?ordre de priorité le préservatif vient en 3e position. Ce qui veut dire que pour l?OMS le préservatif est un ?last resort?, ou une solution ?faute de mieux? quand on ne peut faire autrement. C?est pourquoi certains programmes ont proposé avec raison d?introduire une signification additionnelle et prioritaire pour le C de la formule. Ainsi, avant de se référer au ?Condom?, le C nous renverrait au : ?Character building? pour bien montrer la priorité absolue à accorder à l?éducation, qui seule rend possible et épanouissante l?abstinence et la fidélité.

L?urgence est de traduire aujourd?hui cet ordre de priorité dans les faits. Prenons les moyens pour rendre accessible une éducation sérieuse au plus grand nombre. Investir dans l?éducation est beaucoup plus rentable que d?investir dans le latex. En éduquant, on s?appuie sur quelque chose de plus solide et de plus durable, c?est la capacité morale des jeunes à prendre conscience de l?enjeu et de changer leur style de vie. Nombreux sont ceux qui ont réfléchi et qui ont déjà adopté un style de vie responsable qui barre la route au sida. Ils en sont heureux. Ces jeunes sont aujourd?hui porteurs de l?espérance de Noël. Leur bonheur est contagieux et constitue le rempart le plus solide contre l?expansion de l?épidémie du sida.

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