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Maurice face à la nouvelle donne géo-technologique

11 novembre 2003, 20:00

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A Maurice, il est nécessaire que la stratégie de développement tienne compte des nouvelles donnes ?géo-technologiques?. Une nouvelle géographie IT est en train de voir le jour à l?échelon planétaire. Une ?supply chain? des services IT se met en place sur le plan global, soit un scénario qui rappelle dans une large mesure l?assemblage des équipements électroniques au moyen de chaînes de production impliquant plusieurs pays.

Suivant ce schéma, des grosses pointures du logiciel finiront par devenir des aggregators et sous-traiteront de plus en plus le développement aux autres. L?éditeur de solutions d?entreprises SAP adopte déjà cette stratégie. Les applications développées ailleurs sont regroupées sous forme de suites avant d?être mises sur le marché.

Moyennant un positionnement stratégique approprié, nos opérateurs informatiques et ITES (?IT-enabled services?) peuvent se faire une place sur la carte mondiale de l?informatique.

L?internet et la mouvance des systèmes ouverts favorisent cette dynamique de sous-traitance. Les source codes transitent plus facilement entre les différents développeurs. Maurice doit pouvoir trouver ce maillon de la chaîne qui va lui convenir. Elle a un retard technologique à rattraper, mais elle peut toujours saisir les nouvelles opportunités qui se présentent : les barrières entre les ?business processes? et les services IT en tant que tels (développement de logiciels, par exemple) s?amenuisent graduellement. Des opérations de maintien de programmes informatiques, de programmation mineure et de sauvegarde des données et des applications devraient pouvoir intéresser Maurice qui se présente comme une destination offshore pour les opérations IT. Ce type de BPO, (business process outsourcing), permettra au pays de mieux se situer dans ce vaste remodelage ?géo-technologie?.

Les différentes activités identifiées nécessitent des compétences différentes. D?où la nécessité d?avoir une approche hybride dans le cadre de la stratégie de développement des prestations de BPO, c?est-à-dire avoir un assortiment de prestations à haute valeur ajoutée et de services basiques.

Mais entre les BPO basiques et les opérations à forte intensité de technologie, il y a la sous-traitance des prestations telles que les opérations financières (l?administration des ?payrolls?, le traitement des données de comptabilité, la facturation?) qui offre un créneau fort rémunérateur, et pour lequel les compétences mauriciennes sont prêtes. Cela permettra d?atteindre à la fois les objectifs de création d?emplois et de positionner Maurice comme une destination de qualité en ce qui concerne la sous-traitance en offshore.

24 heures sur 24

Mais l?histoire a maintes fois prouvé que l?évolution technologique ne respecte guère des itinéraires prédéterminés. La planification économique, telle qu?elle est pratiquée, a ses limites quand il s?agit de promouvoir des industries de technologie. L?industrie informatique indienne s?est épanouie pendant de longues années loin de l?intervention étatique. Le gouvernement indien ne s?est intéressé au potentiel de l?IT qu?après que les grandes entreprises de la Grande péninsule, telles Tata Consultancy Services et autres s?étaient déjà taillé une réputation aux Etats-Unis et en Europe.

Cela ne veut pas dire que le gouvernement n?a pas de rôle à jouer. Un dirigisme politique bien pensé peut accompagner les industries des Tic vers des sommets. A Maurice, les autorités investissent énormément dans la mise en place des infrastructures, dans la politique d?incitation et de régulation et l?organisation des campagnes de promotion pour attirer les investisseurs. Une délégation du Board of Investment (BOI) et de Business Park of Mauritius (BPML) vient de compléter une mission de promotion en Inde. Cette dernière, qui est devenue au fil des années une destination de BPO de grande réputation, commence elle-même à sous-traiter vers d?autres centres offshore. De grosses pointures de l?informatique indienne dont Wipro, Tata Consultancy Services et Infosys sont désormais des outsourcers de niveau mondial. Maurice peut jouer sur son potentiel de bilinguisme afin d?attirer des prestataires de services IT et ITES qui s?intéressent aux marchés de l?Afrique francophone.

Maurice peut avoir sa part de gâteau dans les opportunités de business continuity. Les grandes entreprises mondiales recherchent de plus en plus une présence dans des différentes zones horaires pour pouvoir assurer une continuité de leurs opérations 24 heures sur 24.

Les Tic sont aussi un puissant moteur pour transformer les industries existantes. La diffusion des nouvelles technologies au sein des entreprises permet à celles-ci d?accéder à des seuils supérieurs de productivité, d?efficience et de customer value. La vague de la révolution di-gitale n?a que timidement touché les côtes mauriciennes. Les entreprises locales ont encore un long parcours à réaliser avant d?arriver à un niveau technologique digne d?une économie nouvellement industrialisée.

L?informatisation reste un pari très risqué. Elle mobilise d?énormes ressources, mais les projets se terminent souvent par des échecs ou donnent des résultats peu probants. Si ce n?est pas tant la qualité intrinsèque des technologies qui en est la cause, l?absence d?une vision IT globale des firmes a amené beaucoup d?entreprises à faire de mauvais choix technologiques.

Il y a une réflexion plus profonde à engager à ce niveau. L?informatique ne donnera jamais de résultats optimaux si son utilisation ne se fait pas de manière convenable.

Les sociétés optent pour l?informatisation de certaines tâches spécifiques sans tenir compte de l?ensemble de leurs business processes. Résultat des courses : de nombreuses compagnies se sont donc retrouvées avec des applications disparates et des infrastructures informatiques fragmentées très coûteuses à gérer.

Rationalisation

Les considérations financières jouent généralement contre l?informatisation. Le technology hype de ces dernières années a donné lieu à une déflagration des budgets IT. L?heure est maintenant à la rationalisation des investissements en IT; une condition qui risque fort de ralentir la croissance des prestataires de services.

Une industrie des Tic forte repose sur des télécommunications fiables et à des coûts abordables. Le pays est déjà connecté au réseau optique international SAFE. La libéralisation du marché des télécommunications est bien en cours et les conséquences se sont déjà fait sentir au niveau de certains tarifs. Les nouveaux fournisseurs locaux et étrangers contribueront non seulement à rendre les coûts de con-nexion plus compétitifs mais apporteront davantage de valeur aux services disponibles.

Un secteur de télécommunication sophistiqué et compétitif est une condition sine qua non pour le succès d?une économie axée sur les services (IT, ITES ou autres). C?est le pari que le pays doit d?abord gagner. Le Premier ministre, Paul Bérenger, l?a bien fait comprendre : pas question de tuer la dérégulation avec des faveurs accordées à Mauritius Telecom. Il y va de la survie d?un pilier de l?économie que l?on voudrait émergent.


?Si ce n?est pas tant la qualité intrinsèque des technologies qui est cause d?échec, l?absence d?une vision IT globale des firmes a amené beaucoup d?entreprises à faire de mauvais choix technologiques.?

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