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Maurice et ses dépendances

22 juillet 2007, 20:00

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Après la conquête par les Anglais en juillet 1810 de la Réunion (Isle Bourbon avant la Révolution française) puis celle, au début de décembre 1810, de l?Isle de France (aujourd?hui Maurice) et après les deux abdications de Napoléon le 4 avril 1814 et 22 juin 1815, les deux Traités de Paris du 30 mai 1814 et 20 novembre 1815 rendirent à la France Saint Pierre et Miquelon (au large de Terre Neuve à l?ouest du Canada), la Guyane (au nord-est de l?Amérique latine), la Martinique, la Guadeloupe et ses dépendances, les deux-tiers de l?île de Saint-Martin, la partie française de Saint Domingue (aujourd?hui Haïti), les cinq ?comptoirs? ou établissements et les huit ?loges? ou entrepôts français de l?Inde (Pondichéry, Chandernagor, Mahé, Karikal, Yanaon et Cassimbazar, Dacca, Patna, Mazulipatan, Calicut, Surate, Jongdia, Balacor) et la Réunion, mais l?Isle de France et, dans les Antilles, les îles de Tobago et Sainte-Lucie passèrent sous souveraineté britannique.

Aux termes de la capitulation de la Réunion signée le 8 juillet 1810 par, entre autres, Sir Robert Farquhar, c?est ?l?Isle Bourbon? qui fut remise à sa Majesté britannique, sans mention d?aucune dépendance.

Par contre, aux termes de la capitulation de l?Isle de France signée le 3 décembre 1810, c?est de ?the capitulation and surrender of the Isle de France and all its dependencies? qu?il s?agit.

Par ailleurs, dans une lettre en date du 2 mars 1814, Lord Bathurst, ministre des Colonies, donna des directives à Lord Castlereagh, représentant de l?Angleterre aux discussions qui debouchèrent sur le Traité de Paris, à l?effet qu?il est ?authorised to consent to the restoration of the island of Bourbon to France, as a compensation for the cession of Tobago to Great Britain ; it being however distinctly understood that the islands of Seychelles are reserved to Great Britain as dependencies of Mauritius?.

Le Traité de Paris du 30 mai 1814 précisera que c?est l?Isle de France ?et ses dépendances? qui passent sous souveraineté britannique.

Par contre, dans une lettre du ministre de la Marine par intérim en date du 8 octobre 1814 et intitulée

?Instructions pour Messieurs le Maréchal des Camps et Armées du Roi, Bouvet de Lozier Commandant pour le Roi et Marchant Chef d?Administration Commissaire Ordonnateur à Bourbon, Tous deux faisant fonctions de Commissaire pour la reprise de possession de cette colonie?, le ministre français mentionne ?la colonie de Bourbon? seulement.

Dans une autre lettre du ministre français de la Marine par intérim adressée toujours à Messieurs de Bouvet et Marchant et en date du 21 Octobre 1814, le ministre les informe que l?ambassadeur de France à Londres a obtenu une traduction en français de ?l?Ordre du gouvernement anglais relatif a la remise de l?Isle de Bourbon?, traduction que, en l?absence du ministre français des Relations extérieures, celui ?chargé du portefeuille en l?absence du ministre? lui a remis et qu?il transmet à son tour à Messieurs de Bouvet et Marchant...

● <B>Les Chagos</B>

Dans le cas de l?archipel des Chagos (situé à mi-distance entre l?Inde et Maurice et dont les îles principales sont Diego Garcia, Peros Banhos, Salomon, l?île d?Aigle, Trois Frères, les six Iles, l?île Danger et l?île Nelson), il fut classé sans contestation aucune parmi les dépendances de Maurice jusqu?au 8 novembre 1965 quand un ?Order in Council? fait par la Reine d?Angleterre prétendit, en vertu du Colonial Boundaries Act de 1895, détacher les Chagos de l?île Maurice encore colonie britannique et les îles Farquhar, le groupe d?Aldabra et l?île Desroches des Seychelles encore elles aussi colonie britannique, pour créer une toute nouvelle colonie britannique, le so-called ?British Indian Ocean Territory?.

Un ?Order in Council? est un instrument légal ? une sorte de décret-loi- émis au nom du monarque ?under the Royal Prerogative? permettant au gouvernement de légiférer sans passer par le Parlement, mais il peut néanmoins être abrogé par une loi votée par le Parlement.

Au fil des années, les ?Orders in Council? se sont faits plus rares au fur et à mesure que le Parlement a empiété de plus en plus sur des domaines qui formaient partie dans le passé du ?Royal Prerogative?.

Des ?Orders in Council? peuvent être utilisés pour renverser des décisions de justice concernant les ?British Overseas Territories?.

Mais en Grande-Bretagne même, les décisions des Cours de justice ne peuvent être cassées qu?en appel devant une Cour plus haute ou par une loi du Parlement.

En 2004, deux ?Orders in Council? furent utilisés pour renverser un jugement du 3 novembre 2000 de la Haute Cour de Londres qui avait trouvé illégal un ?Ordinance? promulgué en 1971 par le ?Commissioner for BIOT ? interdisant aux ?Chagossiens? déportés des Chagos après 1965 de se rendre dans n?importe quelle île des Chagos. Après que le 11 mai 2006, la Haute Cour de Londres eut renversé ces deux ?Orders in Council?, le gouvernement avait fait appel devant la cour d?appel de Londres.

Mais le 23 mai 2007, cet appel fut rejeté et la cour d?appel de Londres a statué que les deux ?Orders in Council? de 2004 ont été faits illégalement ?because their content and the circumstances of their enactment constitute an abuse of Power?.

Le gouvernement britannique a cette fois fait appel devant la House of Lords.

De toutes façons, on sait que pour Maurice, l??Order in Council? du 8 Novembre 1965 est nul et non avenu parce qu?ayant été fait en violation du droit international, de la Chartre des Nations unies, de la Déclaration universelle de droits de l?homme votée à l?unanimité par l?Assemblée générale des Nations unies le 10 décembre 1948, et des résolutions des Nations unies du 14 décembre 1960 et 16 décembre 1965 interdisant le démembrement de tout territoire colonial pas encore indépendant et, dans le second cas, invitant la Grande-Bretagne à ne prendre aucune action ?which would dismember the territory of Mauritius and violate its territorial integrity?.

Pour s?opposer à la revendication mauricienne sur Tromelin, la France s?est appuyée sur une interprétation du Traité de Paris de 1814 qui ne tient pas la route et selon laquelle seules les îles Seychelles et Rodrigues seraient restées avec Maurice.

Les îles Farquhar, le groupe d?Aldabra et l?île Desroches furent rendus aux Seychelles quand l?archipel accéda à l?indépendance en 1976.

André Oraison (?Le Contentieux territorial anglo-mauricien de l?archipel des Chagos revisité?, 2005) estime que la Grande-Bretagne exclut de porter le litige devant n?importe quelle instance judiciaire parce qu??elle est en effet convaincue qu?elle serait automatiquement condamnée par une quelconque instance internationale qui ne pourrait qu?appliquer le droit international coutumier de la décolonisation?.

● <B>Tromelin</B>

En ce qui concerne l?île Tromelin, qui est en fait un banc de sable entouré de récifs situé au nord-ouest de Maurice à égale distance de Saint-Brandon et de Madagascar, elle fut découverte en 1722 par J.M. Briand de la Feuillée, capitaine de ?La Diane? et porta le nom d?île de Sable jusqu'à ce qu?elle soit re-découverte en 1776 par le chevalier de Tromelin.

On a vu plus haut qu?en 1815, la Réunion fut restituée à la France ?avec ses fortifications? mais sans dépendances.

Et que Sir Robert Farquhar, après avoir rendu la Réunion à la France, publia à Maurice une carte montrant que l?île Tromelin était restée avec l?île Maurice en tant que dépendance.

On a vu aussi que dans son livre ?Statistique de l?Ile Maurice et ses dépendances? publié en français à Paris en 1831, le Baron d?Unienville, archiviste colonial de l?île Maurice, avait inclut l?île de Sable parmi les dépendances de Maurice sans que cela n?ait suscité de protestation des autorités françaises.

Subséquemment, en 1877, le ?British War Office? publia un ?handbook? officiel décrivant Tromelin comme étant ?a British Possession?.

Puis, en 1928, l??Assistant Controller of Customs and Harbour Master? publia un rapport relatant une visite à Tromelin du ?Secundar?, commandé par le Captain Morin, dans le but d?y déposer M. Souchon et d?autres eux-mêmes chargés d?évaluer ?the proposal for a fishing venture?.

En 1934 fut publié un ?Map of the Survey Office of the Public Works Department? qui inclut Tromelin en tant que dépendance de Maurice.

La même année est publié un ?French Overseas Atlas? qui fait de même.

Par ailleurs, dans une note du ?Colonial Secretary? de Maurice en date du 3 août 1965, il est rapporté qu?au cours de la Deuxième Guerre mondiale, les Forces françaises libres du Général de Gaulle utilisèrent Tromelin avec l?accord des autorités anglaises.

Et nous en arrivons aux événements de 1953-54.

Du 17 au 30 janvier 1953 se tint à Tananarive la première session de l?Association régionale pour l?Afrique de l?Organisation mondiale de météorologie.

A cette occasion, à travers une résolution, l?Association régionale pour l?Afrique demanda aux autorités de Madagascar (qui avait alors le statut de territoire français d?outre-mer) et à celles de l?Afrique Orientale britannique d?examiner la possibilité d?installer des stations météorologiques aux îles Tromelin et Farquhar respectivement.

En conséquence de quoi une station météo française opère à Tromelin depuis le 8 mai 1854.

Mais dans une interview publiée dans ?Le Mauricien? du 2 mars 1978, Sir Harold Walter, alors ministre des Affaires étrangères de Maurice, déclara qu?en 1954 la France s?était installée à Tromelin ?après avoir sollicité la permission expresse du gouvernement britannique?, ajoutant que ?cette occupation ne constitue pas une occupation effective, mais une occupation équivoque pour des besoins spécifiques dans des formes définies?.

De son côté, Ian Walker (dans son ?Complete Guide to the South West Indian Ocean? publié en 1993) dit la même chose: - ?The French government asked permission from the British before constructing the weather station in 1954.?

Selon d?autres sources, à la conférence de Tananarive de janvier 1953, ?the UK representative made an oral reservation that the intended setting-up of the station did not in any way prejudice the status of Tromelin as a dependency of Mauritius?.

De son côté, André Oraison (dans ?A propos du conflit franco-mauricien sur le récif de Tromelin?, publié en 1987) dit que ?pour l?installation de la station, aucune autorisation ne fut demandée à Maurice, qui n?était pas encore un Etat indépendant en 1953. Mais selon certaines opinions officieuses, les services météorologiques français de Tananarive auraient sollicité la faveur de s?installer sur le récif auprès des Anglais, lesquels n?auraient fait aucune difficulté pour donner leur accord. En ce sens, on peut citer Yves Elgache, qui participa en 1954 à l?installation de la station :- ?Les Britanniques, en donnant un accord courtois et empressé à l?occupation de Tromelin par les Français ont eu le geste qu?il fallait au moment ou l?on s?apprêtait à commémorer le cinquantenaire de l?Entente Cordiale? (?Le mauricien?, 4 mars 1985)

De plus, au troisième congrès de l?Organisation mondiale de météorologie, en 1959, le directeur du service météo de Maurice, M. Edwin Davy, fit noter que ?le gouvernement mauricien fait remarquer qu?il a toujours considéré Tromelin comme une dépendance de Maurice?.

Par ailleurs, entre 1901 et 1956, les autorités coloniales à Maurice louèrent Tromelin à bail à quatre reprises à des Mauriciens, sans que, là encore, il n?y ait eu de protestations des autorités françaises.

De plus, aux ?lease documents? était annexée une carte de Tromelin ?enlarged from Admiralty Chart No. 1881?.

Le premier bail fut consenti à M. Lebreton du 1er mai au 30 avril 1911 ; le second à M. Britter du 27 mars 1931 au 30 juin 1941 ; le troisième à M. Dumont du 17 janvier 1946 au 6 février 1948 ; et le dernier à M. Lavoipierre du 7 février 1948 au 30 juin 1956.

De son côté, la France a mis en avant que la loi française du 6 août 1896 avait ?déclaré colonie française l?île de Madagascar avec les îles qui en dépendent?.

Et c?est ainsi que les ?îles éparses? et Tromelin furent rattachées d?abord à la colonie de Madagascar, puis au Territoire d?outre-mer de Madagascar et ensuite à la République autonome de Madagascar à partir du 14 octobre 1958.

Puis, le 1er avril 1960, les autorités françaises firent paraître un décret qui détachait de Madagascar les ?îles éparses? du canal du Mozambique (les Glorieuses, Europa, Juan de Nova et Bassas da india) et Tromelin pour les placer sous l?autorité du ministre chargé des départements et territoires français d?outre mer.

Et un arrêté du 19 septembre 1960 ajouta que l?administration de Tromelin et des îles éparses ?est confiée au préfet du département de la Réunion en tant que délégué du gouvernement de la République. A ce titre, le préfet relève directement du ministre d?Etat?.

Ce qui fait que le préfet de la Réunion administrait principalement un département de la Réunion et accessoirement Tromelin et les îles éparses en tant que délégué du gouvernement de laRépublique française.

?L?intérêt du système, a écrit André Oraison, est de maintenir Tromelin et les îles éparses dans la République française dans l?hypothèse où la Réunion change un jour de statut pour accéder à l?indépendance.?

Il est à noter qu?avec le décret du 1er avril 1960, Tromelin et les îles éparses présentaient la particularité de n?être comprises dans aucune collectivité territoriale de la République française. Tromelin et les îles éparses ne constituaient pas une collectivité territoriale autonome et elles n?avaient pas été intégrées dans une collectivité territoriale existante.

André Oraison a décrit ce statut de Tromelin et des îles éparses comme étant ?sommaire? et quelque peu insolite au sein de la République, et son régime juridique comme étant ?étrange?.

Puis, en 2003, une révision constitutionnelle procéda pour la première fois à l?énumération dans la Constitution de la France des dix collectivités territoriales ou dépendances de la France d?outre-mer.

Cette liste officielle comprenait huit départements d?outre-mer et collectivités d?outre-mer (les Dom?Com, les Com remplaçant les territoires d?outre-mer) plus la Nouvelle Calédonie et les Terres Australes et Antarctiques françaises (les TAAF), deux collectivités d?outre-mer soumises à des statuts dérogatoires et régies de manière spécifique.

Les 8 Dom-Com sont la Réunion, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte, Saint-Pierre et Miquelon, les îles Wallis et Futuna et la Polynésie française.

Mais cette liste officielle ne faisait pas mention des îles Tromelin, Glorieuses, Juan de Nova, Europa et Bassas da India, qui continuèrent à être ?les orphelines de la République? jusqu?au 21 février 2007 quand la loi 2007-224 française les rattacha cette fois aux TAAF composés jusque-là des îles Crozet, Kerguelen et Saint Paul et Amsterdam et du territoire antarctique de la Terre Adélie.

Les îles Tromelin, Glorieuses, Juan de nova, Europa et Bassas da India devinrent ainsi le cinquième district des TAAF.

Les TAAF eux-mêmes avaient été érigés en territoire d?outre-mer autonome par une loi en date du 6 août 1955 avec à la tête de chacun de ses quatre ?districts? un chef de district ayant des pouvoirs similaires à ceux d?un maire en France.

Dans sa publication de 1987, André Oraison avait souhaité pour Tromelin et les îles éparses un statut ?plus conforme à l?article 72 de la Constitution française du 4 Octobre 1958? selon lequel les collectivités territoriales de la République française sont les communes, les départements et les territoires autonomes d?outre-mer.

Mais il avait souligné que rattacher Tromelin et les îles éparses aux TAAF ?consacrerait une étrange association de territoires polaires et de terres tropicales?.

L?île Maurice a protesté auprès de Paris contre le rattachement de Tromelin aux TAAF tout en réaffirmant sa souveraineté sur l?île.

A partir de 1972-73, Madagascar commença à revendiquer Tromelin et les îles éparses, invoquant les liens ancestraux entre Madagascar et les îlots avoisinants, insistant sur leur proximité géographique et soulignant le caractère surprenant, illégal et illégitime de ?l?excision? de 1960.

Mais, à l?issue d?un séjour à Tananarive en janvier 1978, le secrétaire général du MMM ? en l?occurrence moi-même- fit une déclaration de presse dans laquelle il annonçait que les dirigeants malgaches lui avaient donné l?assurance que Madagascar ne disputerait plus à l?île Maurice la souveraineté sur Tromelin et laisserait le soin au gouvernement mauricien de récupérer cette île, laissant ainsi face à face Paris et Port louis.

C?est ainsi que dès le 21 mars 1978, dans un communiqué dénonçant le décret de Paris en dâte du 3 février 1978 créant une zone économique exclusive autour des îles éparses, Madagascar réaffirmait que les îles Glorieuses, Juan de nova, Europa et Bassas da India faisaient partie intégrante du territoire malgache en omettant soigneusement toute mention de Tromelin.

Depuis, l?abandon par Madagascar de sa revendication sur Tromelin au profit de Maurice a été confirmé en de nombreuses occasions.

Pour s?opposer à la revendication mauricienne sur Tromelin, la France s?est appuyée sur une interprétation du Traité de Paris de 1814 qui ne tient pas la route et selon laquelle seules les îles Seychelles et Rodrigues seraient restées avec Maurice.

Le texte français du Traité de Paris dit que ?l?île de France et ses dépendances, nommément Rodrigues et les Seychelles? passent sous souveraineté britannique alors que le texte anglais parle de ?Isle de France and its Dependencies, especially Rodrigues and Les Seychelles?.

La France interprète ?nommément? comme voulant dire exclusivement.

Or ?le Petit Robert? définit ?nommément ? comme voulant dire soit ?en nommant, en désignant par son nom?, soit ?spécialement?, comme dans le texte anglais du Traité de Paris.

De plus, on a vu plus haut que la traduction en français de ?l?Ordre du gouvernement anglais relatif à la remise de l?Isle Bourbon?, demandée par le ministre des Relations extérieures de la France, obtenue par l?ambassadeur de France à Londres et transmise à Messieurs de Bouvet et Marchant par le ministre français de la Marine par intérim, parle de ?l?Isle de France ainsi que ses dépendances, principalement Rodrigues et les Seychelles?.

Enfin, après 1814-1815, à part les Seychelles et Rodrigues, l?archipel des Chagos, Agaléga et Saint Brandon ont figuré parmi les dépendances de Maurice sans que la France n?ait jamais émis quelque protestation ou réserve que ce soit.

Et comme on l?a aussi déjà vu plus haut, en 1814-1815, l?île Bourbon fut restituée a la France ?avec ses fortifications? seulement et sans aucune dépendance.

En fait ont argué les autorités mauriciennes, Tromelin et les autres îles ou archipels dispersés dans l?océan Indien n?ont pas été mentionnés dans le Traité de Paris en raison de leur exiguïté et isolement ou de leur caractère désertique. Le Traité de Paris a seulement mis l?accent sur les deux plus grandes dépendances habitées de l?île Maurice.

● <B>Saint Paul et Amsterdam</B>

Dans le cas de St. Paul et d?Amsterdam, deux petites îles distantes l?une de l?autre de moins de 100 kms et situées au sud-est de Maurice, Madagascar et de la Réunion à mi-distance de l?Afrique du Sud et de l?Australie et à mi-distance de Maurice et de l?Antarctique, on a vu que le baron d?Unienville les avait mentionnées parmi les dépendances de l?île Maurice dans son livre publié à Paris en 1831 sans aucune protestation des autorités françaises.

Mais, comme l?a écrit le magistrat Ackroyd ?on the 2nd June 1843, Mr. Dick, then Colonial Secretary, wrote a letter purporting to be by the directions of the then Governor, Sir William Gomm, whereby he informed Mr. Robert de Chazal who had applied for a concession of St Paul and Amsterdam, that they were not dependencies of Mauritius. Thereupon Mr. De chazal sent a copy of this letter to Bourbon, and the French took possession of these Islands?.

Il ajoute :- ?I have not been able to ascertain whether this letter of Mr. Dick was reported to the Secretary of State, but I believe it was not ; and no Report of the Procureur Général or the Surveyor General upon this matter can be found??

Après avoir ainsi blâmé Mr. Dick, Ackroyd devait inclure St. Paul et Amsterdam dans la liste des dépendances de Maurice contenue dans son ?Report on the dependencies of Mauritius? de 1880.

En fait, M.E. Aubert de la Rue, dans son livre ?Les Terres Australes? publié en 1967 rapporte que ?le gouverneur de l?île Bourbon, sollicité par divers commerçants de Saint Denis qui avaient décidé d?organiser une station de pêche à Saint Paul, chargea, par arrêté du 8 juin 1843, le capitaine Dupeyrat de ?l?Olympe?, d?en prendre possession. Un Polonais d?origine, Adam Mierolawski, accompagnait Dupeyrat et devait prendre le commandement des deux îles avec sous ses ordres un groupe de pécheurs et un petit détachement d?infanterie de marine. La prise de possession d?Amsterdam eut lieu le 1er juillet 1943, et celle de saint Paul le 3 juillet?.

Mais, continue Aubert de la Rue, ?le gouvernement français fit savoir l?année suivante au gouverneur de Bourbon qu?il ne ratifiait pas le récent acte de prise de possession. La petite garnison de Saint Paul fut évacuée, tandis que l?établissement, privé d?appui officiel, périclita et dut être abandonné en 1853?.

Selon d?autres sources, Londres contesta la prise de possession de 1843 avec pour résultat que Paris envoya une dépêche au gouverneur de Bourbon, l?amiral Bazoche, lui ordonnant de rappeler la petite garnison, et la France renonça officiellement à sa souveraineté sur Saint Paul et Amsterdam.

Six ans plus tard, M. Charles Pridham, dans son ?An historical, political and statistical account of Mauritius and its dependencies? publié en 1849, après avoir écrit que les îles Saint Paul et Amsterdam ?have always been considered the natural dependencies of Mauritius?, s?indigna des événements de 1843 avant d?ajouter ; ?The conduct of the Governor of Bourbon has, it is true, been censured by the minister of Marine and the permission to rise the national flag has been withdrawn??

M. Aubert de la Rue a aussi écrit dans son livre cité plus haut : ?Les pêcheurs de la Réunion, qui continuaient à fréquenter les deux îles, étaient certains qu?elles étaient françaises, mais un son de cloche différent circulait alors à Cape Town (alors colonie anglaise), où la ?Novara?, en 1857 déjà, avait été avisée qu?elles étaient anglaises et rattachées à l?île Maurice?.

En fait, Saint Paul et Amsterdam figurèrent parmi les dépendances de Maurice dans le ?Blue Book? annuel et officiel de Maurice de 1859 à 1862.

Puis, en 1871, il y eut la première tentative de colonisation d?Amsterdam, où n?avaient jusqu?alors séjourné que des chasseurs, des pêcheurs et des naufragés, comme le dit Aubert de la Rue. Cette première tentative de colonisation fut le fait d?un habitant de Bourbon, Heurtain, venu le 18 janvier avec sa famille et quelques compagnons en vue de faire de la culture et l?élevage des bovidés. Ils repartirent tous le 19 août de la même année.

On ne sait si les autorités coloniales mauriciennes eurent connaissance de cette tentative de colonisation.

Par contre, en 1873, le navire anglais ?Pearl?, avec le commandant Goodenough et le lieutenant Hosken, fit un relevé de la côte nord d?Amsterdam.

Puis, en octobre 1892, l?aviso français ?La bourdonnais? fut envoyé pour prendre possession des deux îles pour la France.

Mais, nous dit Aubert de la Rue toujours, le mauvais temps ayant interdit tout débarquement, ce fut l? ?Eure?, à son retour des Kerguelen, qui vint y faire acte de prise de possession en janvier 1893, sans qu?il soit possible de retracer une protestation à cette occasion de Londres ou des autorités coloniales mauriciennes.

Trente ans plus tard, un décret du gouvernement français en date du 21 novembre 1924 rattacha Saint Paul et Amsterdam à la province de Tamatave à Madagascar, alors colonie française.

Malgré cela, rapporte Aubert de la Rue, au cours de la guerre de 1939-45, l?Angleterre songea à établir une station météorologique à Saint Paul. Une mission britannique se rendit en 1945 sur place, mais la fin des hostilités avec le Japon fit renoncer à ce projet.

Puis, une loi du 6 août 1955 érigea en territoire d?outre-mer autonome les îles Saint Paul et Amsterdam, l?archipel des Crozet, l?archipel de Kerguelen et la Terre Adélie en antarctique sous l?appellation ?Terres, Australes et Antarctiques Françaises?.

Comme on l?a vu plus haut, une autre loi en dâte du 21 février 2007 prétendit rattacher Tromelin et les îles éparses du canal du Mozambique aux ?Terres Australes et Antarctiques Françaises?.

<B>Par Paul BÉRENGER</B>

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