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Mariage blanc... et plus si affinités

29 septembre 2007, 20:00

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Il n?y a pas besoin de robe de mariée, ni de fleurs et encore moins d?un service traiteur. Entre ces « tourtereaux » qui s?unissent pour le meilleur et pour le pire, tout sera simulé. C?est un mariage blanc, une comédie où chacun tiendra un rôle bien précis, dans l?intérêt commun.

Mais parfois, les autorités parviennent à mettre le holà à cette pratique qui devient de plus en plus courante à Maurice. Et c?est l?expulsion pour le conjoint étranger. Tel est le cas de Ghislaine Vandeputte, une ressortissante française âgée de 76 ans, expulsée le 27 juillet 2006. Elle se trouve actuellement chez des proches à l?île s?ur.

La dame souhaite tourner la page

Menacée d?expulsion depuis août 2006, son cas avait été rapporté dans deux articles publiés dans l?express-dimanche le 20 août 2006 et le 15 juillet 2007. Dans aucun des deux articles Ghislaine Vandeputte n?avait fait mention du fait que son union avec le ressortissant mauricien en avait été un mariage de convenance. Mais les autorités ont vu clair dans leur jeu en refusant la nationalité à Ghislaine Vandeputte.

Cette dernière ne voulait rien entendre et elle avait multiplié les démarches pour pouvoir continuer à profiter de sa retraite dorée. « J?ai soumis ma demande en vue d?obtenir le statut de résidente permanente en novembre 2005, mais ma demande est restée lettre morte. J?ai un dossier irréprochable, je dépense 16 000 euros par an à Maurice, sans compter que j?emploie une femme de ménage. Je crois que je contribue à l?économie du pays et voilà comment on traite les ressortissants étrangers », nous confiait-elle alors. Mais les dés en étaient jetés. Et aujourd?hui, la dame souhaite tourner la page. Elle réclame le divorce et veut porter plainte contre son mari.

Venue en touriste entre 1998 et 2001, elle se marie à un Mauricien le 29 mars 2002. Elle a 70 ans et lui 37. L?histoire de Ghislaine Vandeputte, si incongrue soit-elle, est bien réelle. « Tout a commencé un jour de février 2002. Ce jeune homme m?attendait dans la rue à la sortie de chez moi.

Je ne le connaissais pas », raconte-t-elle. Il s?approche et lance : « Est-ce que vous voudriez épouser un Mauricien pour pouvoir rester ici ? » Cette question, la ressortissante française l?a appris plus tard, l?homme l?avait déjà posée à plusieurs au-tres touristes. Ghislaine Vandeputte de- mande alors un temps de réflexion, et il lui laisse son numéro de téléphone.

Rendez-vous est pris à Port-Louis, où l?homme arrive accompagné de sa concubine. La Française soutient que cette dernière lui aurait appris de sa propre bouche qu?elle s?adonnait au même trafic. À ce moment-là, lui confia-t-elle, elle était en « négociation » avec un touriste belge.

L?homme va droit au but. Il souhaite obtenir un petit cadeau avant de sceller leur union. Un voyage à la Réunion, par exemple. Les deux futurs mariés tombent d?accord sur Rs 10 000, somme qu?il recevra le jour du mariage au consulat. Il garde avec lui le livret de famille, sorte de carte d?identité familiale, et lui apporte quelques vêtements lui appartenant dans le cas éventuel d?un contrôle policier. Le bail de location de l?appartement, situé à Grand-Baie, est au nom de l?époux.

Mais les choses commencent rapidement à se corser. Ghislaine Vandeputte, qui croyait avoir gagné sa place au soleil, n?est pas au bout de ses peines. Son « époux » commence bien vite à profiter de son nouveau statut et trouve du travail à la Réunion. Il l?appelle une fois de l?aéroport, ayant été contrôlé par la police des frontières. Devant le refus de l?étrangère de venir le rejoindre, il perd son permis de travail. « Il ne me le pardonna jamais », lâche-t-elle.

Après trois ans de mariage, il souhaite obtenir la nationalité française. Ghislaine accepte avec beaucoup d?hésitations. Mais entre-temps, voilà que l?homme a un enfant avec sa concubine. Fâchée, Ghislaine Vandeputte se rend au consulat pour enlever sa signature de la demande de naturalisation en disant :

« Il y avait déjà suffisamment d?imbéciles en France, pourquoi en mettre un de plus ! »

La comédie vire au drame

Juillet 2006, c?est la goutte d?eau qui fait déborder le vase. L?homme arri-ve un matin à son domicile et réclame Rs 80 000. « Comme je les lui refusais, il m?a injuriée. J?ai alors porté plainte à la police de Grand-Baie? » L?époux, que nous avons tenté de contacter à plusieurs reprises, n?était pas joignable, son téléphone portable étant éteint.

Le cas de Ghislaine Vandeputte n?est pas isolé. Ses propos témoignent de l?existence d?un réseau constitué d?hommes et de femmes de tout acabit qui s?est constitué principalement à Grand-Baie et Flic-en-Flac. Pas plus tard que le week-end dernier, une ressortissante étrangère nous confiait avoir été approchée par un jeune Mauricien en vue d?un mariage blanc.

Mais parfois, la comédie vire au drame. Celva Rungen, consultant en immigration, raconte le cas d?un touriste français qui s?est fait avoir par un mariage blanc. Lui croyait trouver l?amour dans les yeux de sa dulcinée, alors qu?elle ne voyait que son compte en banque. Après l?avoir persuadé de s?offrir un nid d?amour sur le littoral, la jeune femme a fait déménager toute sa famille dans leur nouvelle demeure. Aujour-d?hui, l?homme vit reclus dans sa cham-bre. Il lui est interdit de se rendre dans les autres pièces?

QUESTIONS A CELVA RUNGEN, CONSULTANT EN IMMIGRATION

« Ce phénomène prend de l?ampleur à Maurice »

Qu?est-ce qu?un mariage blanc ?

C?est une simulation de mariage, sans intention de fonder un foyer, mais qui sera considérée par la loi comme un véritable mariage. Ce qui permet à l?immigré d?obtenir un titre de séjour, et plus tard, la nationalité. Au Royaume-Uni, on le connaît sous le nom de whirlwind romance.

Mais dans ce pays, on a mis en place une section de l?immigration spécialisée dans la traque des mariages blancs. Par exemple, ils restent non loin de votre maison pour vous observer, ils peuvent effectuer des visites pour voir si vous vivez bien comme un couple, en vérifiant, par exemple, si vous partagez la même penderie?

C?est répandu à Maurice ?

C?est un phénomène qui commence à prendre de l?ampleur. Cette pratique permet à des étrangers d?obtenir des papiers et un logement. S?ils ont des économies, ils peuvent acheter un bungalow pieds dans l?eau, chose qui aurait été impossible dans leur pays vu le coût de la vie. Ce sont surtout des ressortissants français et allemands ayant la cinquantaine qui sont candidats. Ils sont venus plusieurs fois à Maurice, en sont tombés amoureux et souhaitent y vivre.

Outre les Français et les Allemands qui sont ceux qui ont recours à un mariage blanc ?

Les Indiens et les Bangladais. S?ils peuvent payer un agent recruteur environ Rs 100 000 pour venir travailler dans une usine textile à Maurice, je pense qu?ils seront disposés à payer plus que cela pour résider.

Comment décourager cela ?

Nous devons nous inspirer des mesures adoptées dans d?autres pays.

À Maurice, vu que c?est un problème assez nouveau, nous ne sommes pas bien préparés. Il y a bien une unité du Passport & Immigration Office qui essaye de traquer ces gens, mais elle n?est pas encore performante. Le dernier rempart contre les mariages blancs reste le Bureau du Premier ministre, qui décide après quatre ans si un ressortissant étranger est apte à être naturalisé ou non.

En général, comment évolue la relation entre les faux époux ?

Ce qui se passe en Angleterre risque de se produire ici. Après les cadeaux, un Mauricien ayant épousé une ressortissante étrangère va alors commencer à devenir exigeant et réclamer plus d?argent. Il peut avoir recours au chantage en menaçant sa conjointe de la dénoncer à la police si elle ne cède pas. Beaucoup d?émigrés mauriciens ont fait les frais de ce schéma en Angleterre dans les années 80.

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