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Mare Chicose respire

29 juillet 2006, 00:00

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Doux prénom. Jeté là sur la carte de Maurice. Marie-Jeannie. C?est dans cette localité de Rose-Belle, pratiquement en face de la sucrerie du même nom, que seront relogés les villageois de Mare Chicose. Près de 300 habitants (soit environ 75 à 80 familles) qui quitteront bientôt un patelin empuanti par la proximité du site d?enfouissement technique de Mare Chicose.

Visite des lieux. Marie-Jeannie, c?est le quartier le plus proche de la foire de Rose-Belle. Sur le plan pratique, cette localité rapproche les habitants de Mare Chicose du c?ur de Rose-Belle. Balkrishna Gooroocharan, président des forces vives de Mare Chicose précise : «Nous serons pile au milieu de deux quartiers, Marie Jeannie et Balisson. Grâce à nous, ils ne seront plus qu?un.» C?est sur un terrain anciennement sous culture de la canne et actuellement un potager que les nouveaux habitants planteront leurs racines.

Transplantation qu?ils réclament depuis des années. «Ki pou fer, nou sagrin mem, me bizin ale.» Paroles de Jayantee Khedoo, toute emmitouflée à cause d?une grippe. Cela fait quarante-cinq ans qu?elle habite Mare Chicose, village qui l?a accueillie après son mariage. «Sa loder la, li enn delika, baap re baap. Kapav fer vomi.»

Non, elle n?a pas encore mis le pied à Marie-Jeannie pour se rendre compte de sa nouvelle adresse. «Zis bann garson ki finn ale.» Non, elle ne sait pas ce qui l?attend. Ses certitudes se résument à une seule chose : elle devra partir.

Quitter le ruisseau qui traverse le village en faisant de la musique. Si les habitants l?ont baptisé ruisseau «tranquille», gare à ces eaux calmes. «Ena lagratel ladan», explique Balkrishna Gooroocharan. N?empêche. Ce petit coin aménagé avec son allée de manguiers est l?image type de la quiétude rurale.

Laisser derrière soi Mare Chicose, c?est ne plus avoir de vue imprenable sur la montagne Vernon. Les yeux de notre guide pétillent. Il prend le ton de la confidence. «Ou trouv sa bout zon lor montagn la», demande-t-il en pointant du doigt les coudes et bosses verdoyants étalés devant nous. «Il y a de l?or là-bas.»

Des trésors au quotidien, cet habitant de Mare Chicose en regrette déjà quelques-uns. Des brèdes en abondance, aux camarons en passant par les anguilles. Mais par-dessus tout, ce que Balkrishna Gooroocharan va quitter, c?est le bout de terre où il est né. Du haut de ses 69 ans, il raconte : «Vous savez, à l?époque, les mamans accouchaient à domicile.» Littéralement, «Mo nombri entere isi», dit-il en montrant sa cour.

Un moment de nostalgie interrompu par le flot de camions. C?est la saison de la coupe. Entre les camions chargés de canne et ceux pleins de déchets, la poussière de la route principale n?a jamais vraiment le temps de retomber.

Signe distinctif de Mare Chicose : les volets sont clos. Les habitants sont barricadés contre la poussière et l?odeur. En toute saison, à toute heure de la journée. «Enn loder ki kole.» De celle dont on ne se débarrasse qu?une demi-heure plus tard.

<B>«Depi lontan nou pe lager»

Ecoeurante, entêtante, incommodante. Les habitants n?ont pas assez de mots pour raconter l?haleine fétide du site d?enfouissement technique de Mare Chicose, que le vent pousse jusque chez eux. Dans leur cuisine à l?heure de la préparation des repas. Dans les chambres où dorment les enfants. Dans la cour, quand ils sont sur le pas de leur porte.

Misère quotidienne qu?ils vont quitter. Enfin. «Depi lontan nou pe lager.»

Le ton est mesuré, ferme. Balkrishna Gooroocharan est conscient de la lutte qui doit continuer. Pour lui, le déménagement en direction de Marie-Jeannie n?est qu?une étape. «Ena enkor zafer bizin diskite.»

Un départ basé sur deux acquis. Le comité ministériel responsable du dossier Mare Chicose a recommandé que les habitants qui sont propriétaires d?un terrain reçoivent un lopin de la même superficie à Marie Jeannie. Il compte également donner la possibilité aux locataires d?acheter ou de louer un terrain dans leur nouvelle localité.

Tout à sa cause, le président des forces vives affirme : «Nous comptons demander au gouvernement de se charger de la différence, en cas d?augmentation du prix du ciment ou de la barre de fer, entre le moment de l?estimation et celui de la construction.»

Prochaine étape : les propriétaires recevront leurs titres de propriété à Marie- Jeannie. L?estimation du coût de leur logement actuel sera visée par les experts de l?état. Après obtention de leur feu vert, un entrepreneur sera identifié pour la construction des maisons.

Un abri loin des germes propices aux maladies respiratoires. Balkrishna Gooroocharan nous accueille dans sa cuisine. Si elle est nickel, des mouches se posent sur la nappe en plastique rose, sur les doigts joints de notre interlocuteur, sur les plats qui sèchent dans l?égouttoir.

Balkrishna Gooroocharan se lève, va dans la pièce voisine et revient avec une bombe insecticide. Geste quotidien. Comme celui de plisser le nez sur le passage du ballet incessant de camions de déchets qui traversent le village.

Au lever du jour (on se lève à cinq heures du matin chez les Gooroocharan), quand le chef de famille voudra prendre un bol d?air, il n?aura plus droit aux délicates effluves d?un camion de «trip pouri».

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