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Mannequins et « gogo dancers » : ça chauffe !

25 octobre 2003, 20:00

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Mannequin en vitrine. On imagine des yeux qui ne clignent pas, une respiration invisible, un visage couleur de cire, imperturbable. Mais un mannequin vivant, c?est tout autre chose et ça ne passe pas inaperçu. C?est tantôt du mouvement, tantôt de l?inertie, bref c?est de l?animation, comme en témoignaient les mannequins d?Eruption Model Look le 20 octobre à Happy World Centre.

Nicholson Pallany, directeur de l?agence de mannequinat, tente cette expérience pour la deuxième fois. D?abord les mannequins défilent sur un podium au rez-de-chaussée du Happy World Centre. Elles portent des chaussures du magasin Shoe Point qui vient de s?installer au deuxième niveau. Comme c?est l?heure du déjeuner, les gens s?arrêtent et bientôt un attroupement se forme. Tous les regards sont braqués sur les deux filles, sur leurs chaussures certes mais surtout sur leurs robes moulantes, et leur dégaine. Les mannequins se dirigent ensuite dans la vitrine de la boutique et les curieux suivent et découvrent par la même occasion les chaussures de Shoe Point. C?est un bon stratagème pour attirer la clientèle, il faut le dire.

Pascaline Hack a commencé à défiler à l?âge de quatorze ans. Entre le lycée et les défilés, elle estime s?en être bien sortie et n?avoir jamais brûlé les étapes. « Ce qui m?attire dans ce domaine, c?est le contact avec les gens et la possibilité de pouvoir changer de peau. Tout va vite en mannequinat, aujourd?hui ce sont les chaussures, demain les vêtements, ensuite la coiffure. C?est un métier qui permet de multiplier les expériences », explique-t-elle.

Tout a commencé un soir où elle était en boîte avec ses parents. Un directeur d?agence de mannequins la remarque et lui propose de défiler. « J?étais sur une scène à défiler une semaine après.» Pascaline a beau avoir l?air d?être provocante, affriolante mais elle a en elle une froideur qui la rend inaccessible. « Il ne faut pas croire que les mannequins sont le genre ? sois belle et tais-toi?. J?aime qu?on me regarde, c?est signe que je suis encore belle et que je ne suis pas trop vieille, mais je sais repousser les avances. Je sais aussi être super froide. »

Des tabous partout

Si Pascaline est si sûre d?elle, c?est que sa famille l?encourage. « Mes parents ont beaucoup voyagé et sont ouverts sur le monde. Mon copain est danseur. On respecte chacun notre choix de vie. » Pour notre mannequin en vitrine, le mannequinat lui a permis de se confronter à elle-même, de voyager tout en gardant sa personnalité. « Mon seul regret, c?est qu?à Maurice, il y a des tabous partout. On associe les mannequins aux mauvaises moeurs mais on ne dira pas de Naomi Campbell qu?elle est une pute » , lance-t-elle avec amertume.

Pascaline met néanmoins en garde celles qui débutent dans le métier. Elle considère qu?il faut savoir où l?on va sinon on se fait manipuler, on signe des contrats et on est exploité. « Attention à la gastrite et à l?insomnie. Quand on a l?habitude de travailler le soir, les soirs où il n?y a pas de défilé, on a du mal à trouver le sommeil », prévient-elle avec un sourire.

En tout cas, un esprit nouveau ne finit pas de souffler sur le monde du mannequinat. Depuis quelque temps une nouvelle race de mannequins gogos girls est apparue. Si vous allez au Stardance le vendredi et au Bridge le samedi, vous plongerez dans une ambiance des plus torrides. Il y a de la musique, de l?alchimie dans le verre et puis surtout les gogo girls qui, noyées sous les décibels, se trémoussent tantôt sur le bar, tantôt sur le podium, histoire de donner l?envie aux autres de danser. Elles arrivent vers minuit comme un ovni dans ce paysage grunge, enjambent le bar et la soirée se poursuit alors dans la pénombre et à un rythme effréné.

Jeanine Philibert fait partie de cette équipe de gogo dancers. Elle a 23 ans et s?est laissée entraîner par la vague des mannequins à 18 ans. C?est une amie qui lui a suggéré l?idée. Cette pensée l?amusait. Elle est allée voir Nicholson Pallany et depuis, elle fait un carton. Peut-on parler d?une vie de conte de fées ? Jeanine, machiniste dans une usine à Surinam, a les pieds bien sur terre. « Les magazines m?ont toujours fait rêver mais dans la réalité, il y a toujours ce stress de mal faire, que le feeling ne passe pas avec le public. Il faut aussi faire face à ceux qui vous dénigrent, qui pensent que mannequin, ça ne fait pas sérieux », raconte-t-elle.

Cette belle jeune fille a plus d?une corde à son arc. Elle espère pouvoir un jour reprendre ses études qu?elle a dû interrompre prématurément afin de contribuer au budget familial. Mais pour le moment elle se contente de ses week-ends en boîte. «Je le fais parce que ça me plaît d?abord, ça me permet aussi d?arrondir mes fins de mois, mais surtout parce que ça me change les idées, ça me fait de l?air. » Lors de ses défilés, Jeanine oublie donc les machines industrielles, ses gestes mécaniques à l?usine et plonge complètement dans un univers glamour.

Les problèmes ? Jeanine affirme qu?elle n?en a pas vraiment rencontré. Son secret, c?est que pour réussir dans ce domaine, il faut un mental fort. « Les propositions pleuvent mais je sais mettre les points sur les i. Je n?accepte pas de gestes déplacés, je peux prendre un verre par amitié mais au moindre dérapage, j?appellela sécurité. »

Jeanine ne joue pas à la langue de bois quand il s?agit de ses limites. « Je ne défilerai jamais nue. Je trouve que la lingerie fine, transparente, est plus belle à voir. Le suggestif a plus d?effet. » Ce métier lui permet de vivre une sorte d?aventure et son souci permanent est de bien faire son travail. Quant aux préjugés, elle ne s?en soucie pas. « Je considère que je mets en valeur la femme lorsque je défile. Je sais que je ne suis pas une fille facile et il n?y a que ça qui compte pour moi. »

Notre gogo girl espère taper dans l??il encore longtemps. En tout cas, elle fait attention à son physique, préfère le pain au riz et continuera sûrement à mener avec brio son métier de mannequin et à recevoir des billets sur le côté de son slip quand elle défile sur le bar.

Natacha Brunet est une autre de ces jeunes filles qui fait mouche dans le milieu de la mode. Mannequin à temps plein, on peut dire qu?en ce moment, elle a un emploi du temps très chargé. Retenue pratiquement tous les soirs, elle est bien dans sa peau. En quatre ans de métier, elle a appris à surmonter la timidité, à s?ouvrir au monde. « Tout le monde devrait pouvoir être mannequin. » Pour elle, la beauté est un mélange de c?ur, de sensualité, quelque chose qui vient du plus profond de soi.

Natacha a mis un pied dans le mannequinat à la suite d?une annonce dans un journal. « D?abord j?ai appelé, puis j?ai soumis une lettre de candidature, j?ai participé à un casting et aujourd?hui je peux dire que je suis épanouie. » La jeune fille, couturière quand elle ne défile pas, a remporté le titre de Miss bikini l?année dernière. « ça m?a permis d?aller à la Réunion, de vivre d?autres expériences, de paraître dans un magazine réunionnais», confie-t-elle.

Un monde de séduction

Comme Jeanine, on la retrouve sur les planches du Stardance et du Bridge. « Nos danses sont certes sensuelles, mais le but est de faire marcher le bar, d?encourager les gens à consommer, de mettre de l?ambiance et ça s?arrête là. »Elle avoue que s?il y a des gens qui l?admirent quand elle est sur scène, il y en a d?autres qui tentent de la descendre en flammes. « Il y a des gens qui font des remarques déplacées, qui vous traitent de pute. Il m?est aussi arrivé un soir d?être victime d?une main baladeuse. Ca m?a déstabilisée mais une fois que la sécurité a mis le malfrat à la porte, j?étais tranquille. » Natasha n?est pas le genre à se faire du mauvais sang quand elle fait face à des récalcitrants. Elle prend la mesure des risques du métier et a pour devise de ne jamais baisser les bras pour ne pas pénaliser ceux qui respectent son art.

« Ma mère défilait dans des bals quand elle était jeune. Je suis ses traces et même si à Maurice il y a encore beaucoup de préjugés à ce sujet, j?aime ce que je fais et je ne vais pas m?arrêter », lance-t-elle. Natasha traverse les modes et s?adapte aux diffé-rents courants. Du mannequin sur le podium au mannequin en vitrine, l?atout majeur repose, selon elle, sur la prestance et l?allure.

Échec et mat à ceux qui croient que le mannequinat est réservé aux filles. Jean- Denis Moirt, 25 ans, est entré dans un univers de séduction et de sensualité, il y a deux ans. C?est un jeune homme qui incarne la fraîcheur, l?énergie, une jeunesse désinhibée. « J?ai fait mon premier défilé à la discothèque Le Bambou. Je devais mettre en valeur une collection de vêtements pour hommes. Je me souviens combien j?avais le trac mais comme les gens applaudissaient, j?avais plus confiance en moi.»

Il était à Happy World House le 20 octobre pour les démonstrations de chaussures. Les regards braqués sur lui l?excitent, avoue-t-il. « Pour moi, c?est un défi que je relève à chaque fois, c?est de me dire je peux le faire. Il y a des hommes qui me félicitent et qui trouvent que j?ai du courage. ça m?est arrivé aussi après un défilé en string d?entendre quelqu?un dire ?pas pou gagne moi met ça zamais? ».

En attendant, il est le seul garçon chez Eruption Model Agency. Si vous croyez que c?est un tombeur, Jean-Denis précise : « Il ne faut pas croire que je me fais toutes les filles que je veux. Des filles m?abordent mais je connais mes limites. »

Voilà vous connaissez maintenant les règles du jeu : regardez, mais ne touchez pas !

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