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Manifestation des jeunes réalité hier, mythe aujourd?hui ?

21 février 2007, 20:00

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Trop ?égocentriques? ou simplement des produits d?une société qui muselle leur droit à la parole ? En tout cas, un certain laxisme semble s?être installé chez les jeunes qui s?engagent de moins en moins. Constat en ce jour où certains vont scander dans les rues le retour aux subsides.

?Halte à la suppression des subventions.? C?est ce que scandent, en substance, les manifestants aujourd?hui. Certes un mouvement de contestation s?est élevé. On assiste à la manifestation de la plate-forme nationale contre l?abolition des subsides de 50 % aux frais d?examens du School Certificate et du Higher School Certificate. Mais qu?en est-il des jeunes qui sont directement concernés ? Viendront-ils grossir les rangs des contestataires ou seront-ils des témoins impuissants ?

Nombreux sont les jeunes et les étudiants qui aspirent à prendre la parole, à influer sur la vie démocratique. Et pourquoi pas à changer leur environnement immédiat.

Ils ressentent une nécessité de partager une expérience collective de type fusionnel et ainsi pouvoir développer un sentiment d?appartenance à un groupe, voire à une tribu. Pourquoi ce passage de l?idéologique à l?économique et à l?action s?avère plus fastidieux aujourd?hui ? ?Il y a 30 ans, il y avait clairement les prolétaires et les capitalistes. Ces derniers étaient les propriétaires du système. Ceux qui n?étaient pas dans le système étaient obligés de se battre et de faire entendre leur voix?, explique Menon Moonien, recteur du collège St. Mary?s. ?Le meilleur moyen d?arriver à ses fins, c?était par les manifestations et les grèves et elles portaient d?ailleurs ses fruits. De nos jours, le système est moins clair et défini. Nous sommes tous obligés de nous entendre et de nous comprendre mais nous nageons très souvent dans le flou.?

Il est révolu ce temps où dans un seul élan, les étudiants des collèges des quatre coins de l?île s?unissaient pour un seul et même but. C?est pourtant le cas en ce mois de mai 75 où la contestation estudiantine fait rage. Les élèves du Queen Elizabeth College se mettent en grève forçant ainsi le ministre de l?Education et des Affaires culturelles, le Dr Régis Chaperon, à se rendre sur les lieux pour étudier leurs doléances. Beaucoup d?autres collèges suivent leurs traces tels le John Kennedy College, le Teachers? Training College, le Royal College. Ce mouvement estudiantin prend de l?ampleur et atteint son apogée le 20 mai.

Moins en moins concernés par l?actualité immédiate

La police utilise du gaz lacrymogène, des véhicules sont incendiés, des collèges fermés. Mais des milliers d?étudiants font face. Ils veulent non seulement que les problèmes internes des collèges soient pris en considération comme le manque d?enseignants et d?équipements sportifs. Ils veulent surtout mener une petite révolution pour que tout le système d?éducation change. Le Dr Régis Chaperon reconnaît qu?il existe des problèmes dans l?éducation. Et huit jours plus tard, il annonce la nomination d?une commission pour analyser et pour faire des recommandations pour une réforme de l?enseignement.

Tout comme Menon Moonien en 75, plus près de nous, il y a une dizaine d?années, Nathalie Rose, aujourd?hui assistante sociale, se retrouve dans les premiers rangs d?une manifestation estudiantine. ?J?étais prête à aller jusqu?au bout tout en sachant que j?encourais d?énormes risques. Certains collégiens ont été d?ailleurs renvoyés. Aujourd?hui, il y a un laxisme qui s?est installé chez les jeunes. C?est peut-être l?internet et toutes les facilités qui s?offrent à eux qui les inclinent à rester assis.?

Cependant, concède Nathalie, ces jeunes qui reçoivent tout sur un plateau d?argent ne sont pas les seuls à être blâmés. S?ils se sentent de moins en moins concernés par l?actualité immédiate c?est que les parents les ont déresponsabilisés. Même son de cloche du recteur de St Mary?s qui impute ce désengagement des jeunes à notre système éducatif. ?Il ne correspond plus à la réalité moderne de l?Ile Maurice. À l?époque, il est créé pour produire des civil servants. Nous produisons des étudiants super qualifiés académiquement et non des adultes responsables. Les parents, professeurs, recteurs, médias sont tous à blâmer.?

Les jeunes, pour leur part, déplorent un manque de forums pour se faire entendre et pour essayer de créer l?impact voulu. Tout comme pour la manifestation de ce jour, ils en souhaitent une concernant la réforme d?éducation dans sa globalité.

Elle demeure malheureusement un élément essentiel de chaque manifeste électoral. ?C?est important de manifester pour des causes telle que l?éducation. Notre avenir en dépend. Mais quand un sujet aussi important se résume au seul débat politique, cela nous donne envie de rester chez nous. Nous n?avons plus notre mot à dire?, souligne Manuella Henriot, 21 ans, étudiante.

Dylen Valamootoo, étudiant en sciences sociales, avoue l?importance de descendre dans les rues pour défendre ses idées mais craint l?ampleur que de telles contestations puissent prendre. ?J?aurais peur de la violence que cela pourrait engendrer à notre époque. On a aujourd?hui plus de moyens de communication. Une petite étincelle dans le milieu estudiantin risque de provoquer un très grand feu.? Cela n?empêche aucunement Dylen de faire partie de plusieurs clubs qui s?engagent beaucoup dans le domaine social. Faire changer ce qui ne convient pas aux jeunes s?inscrit plus aujourd?hui dans la durée qu?à un positionnement ponctuel.

Premila DOSORUTH

Mobilisation des jeunes ailleurs dans le monde

Ailleurs à travers la planète, la mobilisation estudiantine n?est pas un fait nouveau. Les universitaires sont connus pour leur engagement dans diverses causes. L?un des exemples les plus récents et les plus flagrants de la solidarité des étudiants est la lutte, en France, contre le Contrat première embauche (CPE) qui avait été proposé par Dominique de Villepin, Premier ministre. L?épisode CPE a clairement démontré que, quand les jeunes se sentent impliqués, ils peuvent tenir toute une nation en haleine.

Manifestations se sont enchaînées à travers toute la France. Les universitaires ont même eu recours à un mouvement de grève malgré le fait que la période des examens approchait. La mobilisation dans les universités était si forte que 68 universités étaient en grève. D?autres jeunes se sont joints au mouvement si bien que certains jours, plus de 550 000 jeunes ont défilé dans les rues de France pour demander le retrait du CPE. Le Parlement avait adopté en mars le projet de loi qui instaurait le CPE. Le mois d?avril a vu le retrait du CPE.

Sharon SOOKNAH

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