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Manière de voir
Al Pacino, vieux requin des paris sportifs, voit en Matthew McConaughey un jeune prodige des pronostics et le prend sous son aile protectrice. S?il était d?usage de faire des paris sur le déroulement de la trame des films, le pronostic gagnant pour celui-ci aurait été : 1) une relation père ? fils s?établissant entre Al Pacino et Matthew McConaughey. 2) l?irrésistible ascension puis la chute inévitable de McConaughey entraînant la détérioration des rapports entre lui et son mentor et 3) une histoire de femme quelque part, avec la présence de Rene Russo interprétant l?épouse dévouée de Pacino, mais inquiète devant ses excès.
Autrement dit, un pronostic invitant au pari sans risque, Two For the Money, de D J Caruso étant le genre de film où les choses se déroulent comme prévu. Il ne faudra pas non plus compter sur ce film pour vous révéler les rouages du monde des paris sportifs. On voit bien Al Pacino, son protégé et les autres employés de la boîte encourageant les parieurs à miser le plus possible en raflant une commission sur les gains, mais le film reste assez flou quant à certains aspects des opérations. Pour être plus spécifique, qu?est-ce qui empêcherait par exemple, un parieur de s?acheter un pronostic (à 25 dollars), puis d?aller miser ailleurs, évitant ainsi d?avoir à partager ses gains avec le pronostiqueur ? Autant oublier la vraisemblance ; les paris sportifs dans ce film ne sont que le ?McGuffin? ? ou le prétexte ? à une histoire de rapports humains.
Cela n?empêche pas le film d?être assez engageant dans sa première partie. D?abord parce que le scénario (inspiré de l?histoire apparemment vraie d?un certain Brandon Link, ancien joueur de basket) est assez bien écrit pour qu?on suive avec intérêt l?ascension du jeune Brandon Lang (Matthew McConaughey). Le parcours du personnage est habilement raconté, dans le sens où le récit nous met à la fois dans l?ambiance frénétique des jeux et en la présence d?un Al Pacino dominant le film à lui tout seul. Ce n?est pas que Matthew McCoanughey et Rene Russo soient inadéquats, les deux sont taillés pour leurs rôles respectifs. C?est juste que le premier a la partie assez facile et que l?autre ? scénario oblige ? ne reste jamais très longtemps à l?écran.
Dans son rôle de patron charismatique et manipulateur capable de tout, Al Pacino ne nous fait rien de nouveau, mais il le fait de manière magistrale. Il y a une douzaine d?années, cet acteur on ne peut plus américain manifestait un grand intérêt pour le théâtre de Shakespeare (Looking for Richard) et il est évident qu?il s?est depuis, passé quelque chose en lui. Il n?y a qu?à le voir immergé dans son personnage, cédant à ses mini explosions de rage ou se lançant dans ses diatribes. Il en fait un peu trop, parfois, pour les besoins du rôle, mais de temps à autre, il laisse apparaître le grand acteur shakespearien qu?il est devenu.
Ces quelques bons moments de la première partie ne suffisent malheureusement pas à faire oublier les faiblesses de la deuxième. On pourra parler de bouts de scénario mal raccordés, de dialogues retombant à plat ou encore de psychologie bon marché contenue dans des propos portant sur l?absence du père (pour les trois personnages principaux) ou sur la volonté supposée d?autodestruction chez tout parieur. Toutefois, aucune de ces faiblesses ne mine autant le film que cette absence de vrai parti pris que ce soit celui de la noirceur ou de la légèreté. Au début prometteur, Two For the Money finit par n?être qu?un film dont on ne retiendra que la prestation d?un grand acteur.
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