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Malcolm, conte-nous ta galerie?
Réincarnation de l?artiste lui-même. Émergeant de derrière les grands panneaux de baies vitrées, c?est Malcolm de Chazal qui se tient debout face à nous. On l?imagine déjà harcelant du regard le paysage, martelant de l?esprit, les mots qui coulent d?emblée dans ses veines. Cette fois, il a son coin à lui. Un lieu ouvert à tout artiste, qui ne devra pas débourser un sou pour y exposer ses créations. Une galerie où tournoie un puits d?émotion.
Peut-être que dans ce complexe commercial, la patinoire de Curepipe, il ressent une pincée de malaise. Mais c?est dans ce silence artistiquement aveuglant, dans les ?uvres poétiquement désopilantes, que l?on s?élance, l?imagination sur le c?ur, à la rencontre de Malcolm de Chazal.
Pour cette première rencontre avec le public, la mairie de Curepipe de concert avec la National Art Gallery, ont tenu à ce que ce soit essentiellement des artistes résidant à Curepipe qui exposent. Quelle belle dentelle d?artistes ! On ose à peine violer cette intimité. C?est en douceur que l?on s?approche de ce coin si lourd. Cette galerie sera-t-elle à la hauteur de nos espérances ? Malcolm l?aurait-il aimée ? Vaut mieux voir pour comprendre.
?Nous trouvions à la mairie qu?il manquait une aile culturelle au Lakepoint. Et par cette initiative, nous voulions promouvoir l?art et rendre hommage à Malcolm de Chazal?, explique Mary Coopan, chief welfare officer de la mairie. Ils auraient pourtant pu trouver un autre lieu pour installer cette galerie. ?La mairie de Curepipe a déjà reçu plusieurs peintres confirmés, il y bien un espace vide à l?arrière mais nous trouvions que le Lakepoint attirerait beaucoup plus de gens ! Cet endroit est plus adapté pour organiser une expo-vente d?un artiste !?, confie-t-elle encore.
Comme une cueillette, l?on enlève le pétale de fleur de chaque artiste. Ceux qui nous frappent d?abord. Hossanee Said Aniff, caché derrière un buisson à notre gauche, sous forme de panneau. Vanesses, qui se rapproche du style enfantin et spontané de Malcolm. Sous un éclat vivifiant de couleurs et de teintes qui s?épousent, se frôlent et se juxtaposent.
Des fleurs ; un hibiscus peut-être, jaune canari sur fond d?orange coucher de soleil. L?homme au chapeau noir aurait peut-être eu des centaines de mots pour la décrire, cette ?uvre. En tout cas, elle nous plaît, cette sublime palette de couleurs qui égaie le Curepipe trop pluvieux.
Mais le périple ne se limite pas là. Cette exposition permet aussi à des ?artistes de l?ombre? de se mettre à l?avant. Comme ce regard savamment Afrique. Simplement saisissant. Poignant. ?Je l?ai faite d?un seul trait, souffle-t-il. Je me suis dit en feuilletant tous ces bouquins sur l?histoire de l?art; pourquoi s?étaient seules les blanches qui étaient représentées ? Il fallait changer cela ?. Joe Arlapen, artiste de longue date, 52 ans, s?est consacré principalement aux expositions dans les hôtels. Jusqu?au jour où Thivy Naiken, directeur de la National Art Gallery lui demande d?exposer pour Malcolm. Impossible de résister à cet hommage.
?Observer, c?est déshabiller son propre regard? </B>
C?est donc en contournant l??uvre d?Anna Lan, Rivière des Créoles, que nous découvrons la féminité africaine. Tamponnant minutieusement sur la poitrine nue de cette femme africaine, Joe Arlapen cède libre cours à son envie. L?envie de faire renaître les cendres du passé. Assis sur les genoux, courbé, l?on tente de cerner ce regard si franc. Les lèvres joufflues, offrant sa poitrine en profil, sa peau intensément rouille. D?où vient-elle ?
Femme des tropiques. Tant de sensualité. Tant de points d?interrogation. Comme disait Malcolm de Chazal ; ?Observer, c?est déshabiller son propre regard?. L?on s?applique alors, à mettre cette formule en pratique. Sourcils froncés, les lèvres pincées, la réflexion s?enfile. Les muscles saillants de l?Africaine révèlent le dur labeur de chaque jour. Et que dira-t-on de ce pigment de luminosité extrême qu?il jette subtilement sur son canvas. Une parcelle de la splendeur de l?univers parfois indescriptible de l?art.
Tandis que des passants, des jeunes des collèges alentours, se croisent derrière les panneaux de vitres, l?on reste là, mué par l?émotion. En dehors, ils semblent murmurer quelque commentaire. Il aurait aimé pouvoir leur souffler; de venir ?brûler en passion, arrêtée pour mieux goûter la vie?, mais Malcolm a décidé de se taire et d?écouter les autres. Nathalie Perichon porte loin son image. Avec son Solitaire de Rodrigues qu?elle immortalise, habille de nuances explosivement radieuses. Une ?ourite? qui s?assèche sur une corde, des poissons volant sur les flots de l?air ensoleillé.
Derrière ce panneau de mur, Nathalie Louise séduit avec son portrait d?une fillette tout de rose cerise vêtue. Candeur. De la tendresse qui fait sourire. Du pastel pour cette âme puérile, qui porte haut ses deux couettes. Formidable technique. L?on continue la marche. Là-bas, au fond. Fondu dans le décor. Malcolm nous guide. Pamela Vencatasamy ne méritait pas d?être si loin. Son thème : La logique n?est jamais raisonnée ? Malcolm de Chazal.
Amoureusement plaqués contre le mur, trois canvas forment l??uvre. Pamela Vencatasamy s?offre une petite gâterie que l?on croustille. Elle essaie de détourner la logique. Défier la raison. Une énorme libellule sur un nénuphar au centre de son ?uvre attire le regard. Le lac des elfes. Le cru dans tout cela, c?est qu?elle semble s?évader dans le monde vaste et imaginaire de Malcolm de Chazal. On le voit bien à travers cette ?uvre, s?évertuant sur cette phrase : ?Je suis devenu une mélasse spirituelle?. Son univers ne tourne pas rond, Malcolm. Sans jeu de mots voulu. Il a toujours déformé le cercle vicieux du ?cliché?. Cette artiste en fait de même.
Jeanne Gerval Arouff et son I Love You, peuplé de fleurs peace?n?love, peuplé de symbolisme. Ou encore la technique si particulière et si fine de Laval Ng, le bédéiste qui se raconte en formes et en chevauchement de lignes. Plus loin, des petits encadrés de Brigitte Langlois. Passiflore, son ?uvre respire et aspire nos rêves. Sa particularité berce nos illusions.
Tandis que Sylvio De Lapeyre nous entraîne sur un océan de mouvements, Rishi Seeruttun, lui, nous laisse bouche bée. Avec ses deux tableaux, d?où l?on sent une profonde réflexion. Deux tableaux calcinés qui nous glacent. Why ?. C?est le thème choisi. Serait-ce une remise en question de l?individu ? Pourquoi ces coutures ont-elles été rapiécées puis brûlées ?
Ce voyage curepipien tient en suspens. C?est tout simplement qu?il s?offre gratuitement à ceux désirant se faire connaître. L?exposition des artistes se termine peut-être, mais l?ombre de Malcolm nous y fera toujours revenir.
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