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Madonna cherche à réinventer Madonna
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Madonna cherche à réinventer Madonna
La chanteuse, qui a fait étape à Paris pour sa tournée mondiale The Re-Invention Tour, dénonce dans un grand spectacle parfois ambigu la guerre et l’American way of life."J’ai vécu tellement de vies" chante Madonna dans Nobody Knows Me. Avec David Bowie, elle est la star pop qui a incarné le plus grand nombre de personnages, dans sa discographie comme à la scène. Le credo du renouvellement a tellement caractérisé la carrière de l’Italo-Américaine que l’on ne s’étonne guère qu’elle ait baptisé sa nouvelle tournée le Re-Invention Tour.
Dans les disques, ce besoin de se réinventer génère la variété des refrains. Sur scène, il est à l’origine d’événements dont les chorégraphies, costumes, décors et mises en scène tendent toujours vers le spectaculaire. Même quand un album connaît un fléchissement dans les ventes, les concerts continuent de susciter l’excitation. Aux Etats-Unis comme en Europe, le Re-Invention Tour se joue à guichets fermés. Les places des quatre concerts parisiens de Madonna, se sont vendues en quelques heures, malgré leurs prix élevés.
Certains chiffres peuvent expliquer les tarifs d’une telle superproduction : 18 semi-remorques transportent le matériel, 110 personnes voyagent avec la tournée, 400 autres sont à chaque fois engagées sur place, sans compter les 25 caisses quotidiennes d’eau minérale protectrice fournies par le Kabbalah Centre de Londres où officie le rabbin Philip Berg, un des maîtres à penser de la chanteuse...
Aux Etats-Unis, les critiques ont parfois reproché au spectacle de manquer de sex-appeal. A Paris, le début du concert semble démentir cette tendance. Sur deux écrans vidéo géants qui masquent d’abord la scène, l’image de la chanteuse se partage entre le mystère oriental d’une femme en robe rouge et voile de diamants, et la langueur torturée de la blonde sur un lit de fortune. Entre ces deux représentations, l’image d’un loup évoquant “la bête en moi”.
Ces rideaux de pixels s’ouvrent enfin pour voir, surélevée au-dessus de la foule, une Madonna en bottes de cuir se lançant dans une version de Vogue, accompagnée de danseurs et de projections évoquant des ambiances de boudoirs sadiens. Pendant Frozen, des corps nus apparaissent, mais la violence de leurs ébats a plutôt un effet glaçant.
On constate rapidement que les références coquines, qui constituaient le fonds de commerce de la tournée des années 1990, ne sont plus de mise. Il ne s’agit pas pour autant d’une “réinvention” brutale. En1996 à la naissance de sa fille, Lourdes, Madonna s’est engagée dans une voie plus spirituelle, confirmée par son interprétation au cinéma d’Evita Peron, puis par des albums comme Ray of Light et Music. Depuis le Drowned World Tour, en 2001, des connotations ésotériques apparaissent aussi sur scène, en référence à la passion que la chanteuse a développée pour les enseignements de la kabbale. Lettrages hébraïques en cercles d’or et mystérieux symboles (plus un tee-shirt, "Kabbalists do it better") parsèment nombre d’interprétations des chansons jouées sur scène.
Mais la dimension provocatrice d’American Life, le dernier album de Madonna, tenait surtout de ses partis pris politiques. On entendait, un peu circonspect, l’ex-Material Girl fustiger la superficialité du mode de vie hollywoodien et de l’American way of life dans une chanson-titre dont le clip était une attaque frontale contre la politique de George W. Bush en Irak. Très vite autocensurée sous la pression, cette vidéo trouve aujourd’hui un grandiose équivalent scénique. Utilisant tout le potentiel d’un plateau tournant rempli de trappes et d’éléments modulables, la scène se transforme à la fois en champ de bataille et en défilé de mode.
Sur fond d’images d’hélicoptères, de bruit de mitraille, des commandos débarquent, mais aussi une nonne en minijupe, une femme en tchador, un juif orthodoxe, avant que ne soient projetés les sosies complices de George Bush et de Saddam Hussein.
Madonna et ses danseuses surgissent en treillis, tandis qu’une impressionnante passerelle s’installe au-dessus du public, permettant à la star de déambuler au milieu de la salle.
Si elle se veut une virulente dénonciation de la guerre, des intolérances religieuses, des manipulations médiatiques, cette mise en scène ne manque pas d’ambiguïtés, et les images d’enfants atrocement blessés utilisées dans l’euphorie d’un spectacle sont indécentes.
Un peu plus tard, pour clore une série de titres où, armée d’une guitare sèche, elle semble se muer en protest-singer (superbe version gospel de Like a Prayer), Madonna larmoie Imagine de John Lennon. Les images montrent un enfant israélien fraternisant avec un jeune Palestinien. Si, à 46 ans, Madonna tient une forme impeccable dans la danse comme dans le chant, le Re-Invention Tour propose plus de gravité et moins de spectacle que les précédentes tournées.
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