Publicité

Madagascar, la fusion des regards

26 novembre 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

DIANE HENRY, TEMOIN PRIVILEGIEE

Madagascar, c?est ne plus savoir où regarder. Tant sont infinies les possibilités. Pourtant, il aura bien fallu se fixer un objectif. Celui de la photographe Diane Henry a zoomé sur l?affectif.

De Tana sur les plateaux, au port de Tuléar, en passant par Antsirabé et Fianarantsoa, partout elle s?est laissée entraînée par les enfants. Tendresse des années. Misère devinée. Une trentaine de photos aux allures de témoignage. Le tout exposé du jeudi 30 novembre au mardi 5 décembre aux côtés des huiles de Léon Fulgence, peintre malgache. L?exposition Regards croisés sur laGrande île se tiendra à la galerie du Moulin Cassé à Péreybère.

?Salut vaza !? répètent-ils à loisir. Un bonjour à l?étranger qui vient d?aussi loin que porte la voix. ?A Madagascar, la majorité des gens que vous rencontrez sont des enfants. Ils viennent vers vous en troupes ?, raconte Diane Henry, les yeux tout brillants des cinq semaines passées à Madagascar fin 2005.

C?est vrai. Au départ, les tout-petits ont l?air d?avoir peur des ?vaza? (étrangers). Méfiance somme toute naturelle. Mais dès qu?ils sont un peu plus grands, à la pioche ou en pirogue, seul ou en groupe, c?est tout naturellement que les regards croisent ceux de la Mauricienne. ?Et quand je leur montre la photo sur la caméra, ils deviennent fou.? Criant bruyamment leur joie.

Une fois, une seule, une mère de famille a un peu montré les dents. C?était sur une plage. S?exprimant dans un malgache coléreux, elle a signifié son refus de laisser photographier ses enfants. ?J?ai respecté sa décision. Je me suis excusée et je suis partie.? Regards pleins d?égards. C?est avec pudeur que les clichés de Diane Henry braquent les projecteurs sur la pauvreté. Comme cette petite, toute mignonne, immortalisée sur le carton d?invitation. Ses joues toutes rondes ne demandent qu?à être pincées, sa bonne bouille, ses yeux espiègles invitent au jeu, aux cris et aux rires.

Mais la photo raconte aussi une autre histoire. Celle d?un affreux t-shirt informe, visiblement trop grand pour elle. Sa couleur ? Impossible à dire tant il est sale et usé. De la crasse qui s?étale jusque sur le cou et les joues de la gamine, comme peuvent l?être les enfants qui ont joué avec de la terre rouge.

Des personnages qui parlent surtout avec les yeux. Toujours grands, souvent souriants. Passablement profonds. Une galerie de portraits à visiter en sépia et en couleur. Le sépia pour sa capacité à rendre le sujet plus poignant. La couleur pour son pouvoir de faire exploser les nuances. De réveiller au fond du visiteur l?irrépressible envie de visiter la Grande île. D?aller lui aussi à la rencontre de l?humain.

LEON FULGENCE, PEINTRE DU QUOTIDIEN

On s?y croirait presque. Arpentant les rues d?Antsirabé. S?arrêtant dans les marchés. Humant les parfums des corps évoluant toujours en groupe. Odeur de l?effort. Celle d?hommes poussant une pirogue. Rassurante odeur maternelle. Celle des mamans portant leur enfant emmailloté sur le dos. Celle d?une aînée, remplaçant une maman, qui porte déjà son cadet sur le dos.

Léon Fulgence, peintre malgache dont les ?uvres seront exposées aux côtés de celles de Diane Henry est un peintre du quotidien. Pinceau sensible aux femmes qui se font des tresses dans les cheveux. Des huiles qui illustrent son sens du détail. Sa volonté de capturer sur la toile les expressions de ses sujets. La lumière qui est dans leurs yeux, le demi-sourire qui tire le coin des lèvres. Et surtout les vêtements bariolés, goûts vestimentaires qui s?expriment sans complexes.

Le peintre restitue sans fioritures le naturel de ses compatriotes. Evite que leurs attitudes ne deviennent des pauses. Folklorique Léon Fulgence ? Sans doute un peu. Mais ne parle-t-on pas du connu pour inciter à découvrir l?inconnu.

Publicité