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M. Today, H. Ramnarain et la fusillade de B.-Vue Harel

25 septembre 2008, 00:00

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Anjalay devient le symbole de la participation des Mauriciennes à l?amélioration de nos conditions de vie et de travail. Il y a un quart de siècle, on songe à élever une stèle en son honneur. Des statues ont été, depuis, érigées, toujours en son honneur, aux Vacoas, à l?Aapravasi Ghat et puis au Port-Louis. Elles sont parfois itinérantes, bougeant, par exemple, du rond-point du Pont Fer, à Phoenix, jusqu?à la cour de l?Hôtel de ville de Vacoas ou encore pour atterrir dans la cour de l?ancienne magistrature de Port Louis. Mais pourquoi ce silence tonitruant sur l?homme et l?enfant, partageant le triste sort d?Anjalay Coopen, le 27 septembre 1943 ? Mauritius Today ne prend pas même la peine de rappeler leurs noms.

Des ministres oseront-ils déposer une gerbe, samedi, au pied d?une statue ou d?une stèle en l?honneur d?Anjalay ? Ils fourniraient alors l?occasion à nos syndicats les plus puissants de les conspuer, après le licenciement d?employés de Mauritius Telecom, d?Air Mauritius, de la Banque de Maurice, compagnies d?Etat les ayant limogés, entre autres, pour leurs activités syndicales. On ne peut plus accuser le colonialiste anglais ni le capitaliste blanc oligarque mais cet anti-syndicalisme demeure aussi contestable que celui de 1937-38 et de 1943. Quand un syndicaliste empêche de danser en rond, il suffit de lui inventer une tache avant de le remercier comme un galeux. C?est fou ce que la bourgeoisie d?Etat adopte des attitudes oligarchiques quand elle n?a de comptes à rendre à personne, pas même au PM. Chassez le naturel...

A la fin de septembre 1983, le nouvel hebdomadaire de Kher Jagatsing, Mauritius Today, interviewe Hurryparsad Ramnarain au sujet des « émeutes sanglantes » du 27 septembre 1943, à Belle-Vue-Harel. Il ne nous est pas possible d?accepter comme paroles d?évangile le récit de ce dernier. Nous sommes obligés de faire référence à d?autres sources, à d?autres témoins oculaires, officiers de police de surcroît, pour ne pas nous éloigner de la vérité historique. Cet hebdomadaire parle gratuitement, à propos de 1943, de sang versé par des travailleurs, de coups de fouets, d?atroces conditions de vie, de coups de massue, sans apporter la moindre preuve, pouvant établir la véracité de leurs insinuations calomnieuses.

Des historiens démagogues insistent souvent sur la fusillade de Belle-Vue-Harel où des policiers, en légitime défense, doivent tirer sur la foule, après les sommations d?usage, pour pouvoir se mettre à l?abri, et pour empêcher que les quelques armes à feu, en leur possession, ne tombent pas entre les mains d?insurgés. Ils sont moins enclins à parler de l?autre fusillade, celle de 1937, à Union-Flacq, où des patrons originaires de l?Inde donnent l?ordre à des employés de tirer sur la foule de travailleurs agricoles, voulant forcer l?entrée de leur sucrerie. Des appels à la violence sont lancés dans un baïtka, ôtant de ce fait tout caractère sacré à ce lieu de prières mais aussi de rassemblements. L?on connaît la vieille tactique syndicale de mettre femmes et enfants aux premiers rangs pour embarrasser les forces et protéger les meneurs, restant prudemment à l?arrière.

Si la fusillade d?Union-Flacq a lieu dans un contexte social syndicaliste et civil, celle de Belle-Vue-Harel a lieu, en septembre 1943, en pleine Seconde Guerre mondiale, quand des sous-marins japonais et allemands rôdent autour de Maurice pour la bombarder ou pour préparer un débarquement japonais ou allemand, et utiliser Maurice comme tête de pont pour conquérir Madagascar et même l?Afrique du Sud aux ressources minières alléchantes. Nul ne peut nier non plus la haine anti-anglaise de quelques nationalistes indiens, comme, entre autres, Subhas Chandra Bose, se réfugiant au Japon pour appeler leurs compatriotes à s?allier aux Allemands et Japonais pour débarrasser l?Inde des colonialistes anglais. Cela a pu exacerber la méfiance de l?autorité militaire anglaise à Maurice, à l?égard de meneurs mauriciens, correspondant avec ces nationalistes indiens.

La Seconde Guerre mondiale marque, à Maurice, une inévitable interruption du cours normal du développement de plusieurs secteurs d?activités et pas seulement économiques. Le Sucre doit mettre de grandes superficies cannières à la disposition des cultures vivrières et assurer ainsi la sécurité alimentaire. Les relations commerciales avec l?extérieur cessent. Un sévère système de rationnement s?impose aux Mauriciens. Les élections législatives de janvier 1941 sont renvoyées à... août 1948. Les débats en faveur d?une Constitution plus libérale et plus démocrate, pour remplacer celle oligarchique de 1885, tout comme l?établissement d?un syndicalisme mauricien, digne de ce nom, sont bloqués. Le gouvernement civil doit opérer sous le contrôle des autorités militaires qui n?ont de compte à rendre à personne à Maurice. Ne pas prendre cela en considération, c?est passer à côté de la vérité historique.

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