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L?épine « Pierrot » dans le pied du pouvoir
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L?épine « Pierrot » dans le pied du pouvoir
Il est toujours à Maurice mais il provoque des remous à Madagascar. À quatorze heures hier, alors que Pierrot Rajaonarivelo essayait en vain de convaincre le personnel d?Air Mauritius de l?embarquer sur le vol à destination de la Grande île, quelques centaines de ses partisans étaient massés aux abords de l?aéroport de Tana, attendant le retour tant annoncé de l?ancien vice-Premier ministre, condamné par la justice malgache et en exil en France depuis plus de quatre ans.
À Madagascar, le comité d?accueil n?était pas composé uniquement de supporters de Rajaonarivelo, il y avait un impressionnant déploiement de militaires, armés de mitraillettes et véhiculés dans des blindés. Mais tout ce beau monde attendait en vain.
En fait, dès la nuit de mercredi, un fax, en provenance de l?aviation civile malgache, est tombé à Maurice. Et avec lui, les chances de Pierrot de trouver une place sur un avion pour Madagascar. Signé du directeur général de l?aviation civile malgache, le message prévient : « Au vu des incidents survenus à l?aéroport de Toamasina (Tamatave), j?ai l?honneur de vous demander de bien vouloir ne pas faire embarquer dans vos aéronefs M. Pierrot Rajaonarivelo [?] Il présente un niveau de risques élevé du point de vue de la sécurité des passagers et de l?aéronef le transportant. »
Dès le lendemain, Air Mauritius a décidé de ne pas embarquer l?encombrant passager. Mais vendredi, Pierrot Rajaona-rivelo, débarquant de la Réunion ? d?où il n?a pu rallier Tamatave en raison de la fermeture de l?aéroport, « pour des raisons de sécurité » ? annonce à la presse mauricienne qu?il « a eu la garantie d?une haute personnalité de l?État mauricien qu?Air Mauritius accepterait de l?embarquer puisque Maurice est un modèle de démocratie dans la région. » Il refuse toutefois de nommer le nom de ladite personnalité.
Aussitôt cette nouvelle véhiculée, Air Mauritius apporte un démenti. « Pour des raisons de sécurité, nous avons décidé de ne pas embarquer M. Rajaonarivelo. La sécurité de nos passagers et de notre personnel navigant n?a pas de prix et n?est pas négociable », déclare, sans ambages, le porte-parole de la compagnie d?aviation nationale, Donald Payen.
« On ne va pas rester les bras croisés »
À l?aéroport, Pierrot Rajaonarivelo, bagages en main, proteste et exige une note écrite d?Air Mauritius pour attester ce refus. Mais cette dernière s campe sur sa position. En effet, selon les règlements internationaux de l?aviation civile, une compagnie « se réserve le droit de refuser l?embarquement d?un passager pour des raisons de sécurité ».
L?entourage de Rajaonarivelo n?en démord pas. Un autre billet est acheté pour le vol du lendemain (aujourd?hui à 16 h 30). Mais Air Mauritius, malgré des pressions externes, n?entend pas changer de position. « Il peut toujours essayer auprès d?autres transporteurs, quant à nous, nous ne comptons encourir aucun risque en l?état actuel des choses », avance Donald Payen.
« Air Mauritius cède au chantage du régime Ravalomanana. Mais on ne va pas rester les bras croisés contre cette injustice. On va déposer une plainte en urgence. En attendant, un émissaire de Pierrot Rajaonarivelo a tenté de déposer son dossier de candidature à la Haute Cour de Tana. Mais il faut désormais attendre le délai de dix jours pour savoir si sa candidature a été acceptée », fait ressortir Vianney Mallein, conseiller de Rajaonarivelo.
La liste officielle des candidats sera connue le 19 octobre. À ce jour, pas moins de quinze candidats ont fait acte de candidature (voir plus loin).
À hier soir, face au déploiement militaire, les partisans de Pierrot Rajaonarivelo, visiblement déçus, se sont montrés relativement calmes. Mais une colère gronde toutefois. Dans une lettre alarmiste au président Jacques Chirac, avant de quitter la France, Pierrot Rajaonarivelo avait fait état de sa possible arrestation : « Cela va donner lieu à un bain de sang. Les Côtiers ne vont pas pardonner aux Merina cette fois-ci. »
Ces propos sont pris très au sérieux par le pouvoir en place. Même s?il n?est pas à Madagascar, Pierrot Rajaonarivelo demeure une épine dans le pied de Ravalomanana. Les jours risquent d?être déterminants quant à la situation sociale à Madagascar.
QUESTIONS À PIERROT RAJAONARIVELO
« Je risque ma vie pour mon peuple »
Pensez-vous que vous pourrez vous présenter à la présidentielle du 3 décembre ?
La loi dit qu?on peut être candidat si on se trouve sur le territoire malgache, d?où ma décision de rentrer. Mais comme je n?ai pu monter à bord d?un avion, j?ai fait déposer mon dossier à la Haute Cour constitutionnelle par l?un de mes émissaires, en espérant qu?il sera accepté. Sinon Air Mauritius sera responsable. Et elle aura à répondre devant la justice.
L?Arema, votre parti, s?est scindé en trois. Quel sera votre force de frappe ?
C?est un linge sale qu?on va laver en famille. Je pense qu?il faut qu?on soit tous unis contre l?actuel régime.
Comment pouvez-vous devenir président alors que vous évoquez un conflit entre côtiers et Merina ?
Je dis seulement qu?on veut accentuer ce conflit en fermant l?aéroport de Tama-tave. Je ne partage pas du tout cette politique d?exacerber les différences. Il y a eu beaucoup de métissage, de brassage à Madagascar. Et on ne peut plus raisonner ainsi.
Comment financerez-vous votre campagne ?
Je n?ai que ma foi. Quand on aime, dit-on, on peut vivre d?amour et d?eau fraîche (sourires). On dit que j?ai des millions, mais si c?était vrai, je serais loin, aux Bahamas, en train de me payer du bon temps, au lieu de risquer ma vie en rentrant au pays. Je le fais pour mon peuple.
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