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L?élégance pour carte de visite

10 juin 2007, 20:00

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Évoluant dans une ambiance familiale, pour qui la clé du succès a été la solidarité et le courage, elle a su créer sa propre marque, qui lui va comme un gant, la collection Claudia Elegancia. A 27 ans, Claudia Roy, à la tête d?une entreprise qui comprend un atelier de confection et un magasin qu?elle rénove régulièrement, est d?une sûreté impressionnante dès qu?on aborde avec elle l?art du bien vêtir.

Mais avant d?aller plus loin dans ce monde de la juste mesure, il n?est pas inutile d?opérer un flash-back. Sur Trou-d?Eau-Douce d?abord, dernière avancée de l?Est dans cet intense bleu vert de la mer, annonciatrice du paradis rodriguais.

Il y a huit ans, cette localité de pêcheurs aurait pu s?appeler ?Solitude?, entre Ile-aux-Cerfs et Hôtel Touessrok. Sur le rivage, son sort était scellé : le four à chaux paraissait avoir définitivement jeté l?ancre dans un passé sans retour. Les gens, si simples et accueillants, semblaient en être la seule vraie richesse.

Claudia est une véritable enfant du pays, elle a baigné dans sa saine lumière. Tout comme son conjoint, Moïse Dardenne, et par la même occasion l?enseigne Vicky, emblématique de la réussite du père, Jean-Claude Dardenne, et de ses bateaux ?Vicky?.

?Ici les choses ont beaucoup évolué. On parle de village touristique, mais Trou-d?Eau-Douce aujourd?hui c?est déjà cela, car nous vivons à 90 % du tourisme?, explique Claudia. Grâce aux Dardenne d?abord. Cette famille d?origine modeste a su se réinventer en un réseau solidaire de petits entrepreneurs, le père, mais aussi les fils. L?enseigne Vicky, c?est depuis quatre ans un restaurant, le Four à Chaux, que dirige Moïse, succédant au florissant commerce de bateaux de plaisance, avec le père et l?autre fils, Josué, et la boutique Vicky. Qui, elle, l?intègre un showroom artisanat et le fameux magasin de vêtements, auquel se dévoue Claudia.?Je ne compte pas les heures. Il m?arrive, partagée entre la boutique et mon atelier, de travailler de neuf heures du matin jusqu?à dix heures du soir.? Si au village, on connaît l?exemple de la famille Dardenne, celui de la famille Roy n?en est pas moins éloquent : à leur propre compte, un père contracteur et un frère qui est aussi plaisancier.

Sans oublier celui qui a peut-être inspiré la passion chez la toute jeune Claudia : l?oncle Guito, un couturier à Beau-Champ, dont les robes de mariée l?ont fascinée dans son enfance. Il n?y a que la s?ur, enseignante, et la mère, femme au foyer, à ne pas complètement ?mener son propre bateau?. Dans le cas de Claudia, c?est un commerce bien ciblé : ?Je m?investis d?abord dans le classique, je n?essaie pas par exemple de refaire du IV play, qui est une gamme admirable pour le casual, avec ses jeans qui ?tombent? si bien. Mais mon atout c?est aussi le sur mesure, le dialogue, l?adéquation aux désirs du client, sa satisfaction.?

Le parent pauvre, c?est finalement l?artisanat : ?C?est devenu difficile et onéreux si on veut produire localement. Pour ces objets, j?en suis réduite à recourir aux imports.? Pour diversifier l?offre, cela reste pourtant essentiel, tout comme la production de vêtements de plage, qu?assure aussi Claudia.

Les vêtements homme et dame, eux, ont la cote, et ne souffrent pas trop de la concurrence industrielle. ?Avec le prêt-à-porter et la facilité que cela représente, il arrive que les gens ne s?habillent pas très bien. Les vêtements fabriqués à grande échelle sont souvent faits à partir de patrons européens. Pas en fonction des Mauriciens. L??il attentif repère, au niveau des coupes et des coutures, des détails qui auraient pu être corrigés avec un soigneux sur mesure.?

?Sans ambitions démesurées, en businesswoman éclairée, Claudia voit grand. On sent, dans la vivacité et le ton enjoué, la flamme de l?enthousiasme. ?Il faut rester attentif à tout.??

Déclinée en rose et blanc, la collection Claudia Elegancia ne craint pas l?originalité. Le design de Claudia a déjà séduit des personnalités de la région, qui en ont fait leur couturière attitrée. A Belle-Mare, à Flacq, dans certains hôtels, où ses expo ventes ont été remarquées.

?Le rose et le blanc sont mes dominantes car ce sont des couleurs douces qui sont de plus en plus recherchées. Mais c?est aussi un choix personnel.? Pour celle qui embrasse la carrière de styliste formée ?sur le tas?, l?assurance et le finish sont essentiels, mais c?est le client qui a le dernier mot. ?On n?est pas obligé de refaire la même chose. Ceux qui me connaissent et qui m?apportent des modèles sont souvent très satisfaits de mes suggestions. Mais la règle c?est si la demande paraît trop fantaisiste de ne jamais dire ?non? d?emblée.?

Sans ambitions démesurées, en businesswoman éclairée, Claudia voit grand. On sent, dans la vivacité et le ton enjoué, la flamme de l?enthousiasme. ?Il faut rester attentif à tout. J?aimerais accroître ma gamme, davantage développer les tenues de soirée. Même si ce segment souffre encore de la timidité du marché.? Pas timide pour autant, notre interlocutrice, qui jongle avec le satin (qu?elle porte lors de notre entrevue), la soie (qu?elle privilégie pour des happenings en soirée), ou le lin (?qui habille idéalement les chemises pour homme, notamment?). On perçoit chez elle la volonté de faire connaître son talent au-delà de ce côté bienheureux de la mer.

Sortir de l?isolement, c?est le défi qui a été posé à un moment ou à un autre à chaque habitant de Trou-d?Eau-Douce. ?Ici, on aurait aimé pouvoir développer une vraie vie nocturne, attirer davantage. Mais, avec le peu d?infrastructures que nous avons en termes de routes et d?éclairage le soir, nous vivons parfois avec le sentiment d?avoir été quelque peu oubliés.?

Ainsi, l?idée de s?exporter la séduit. Pouvoir trouver des débouchés, par exemple, au niveau des producteurs malgaches de soie sauvage, l?enthousiasme. Avec l?élégance naturelle de sa ligne de vêtements, gageons qu?elle aurait bien des chances de trouver des avenues de réussite chez nos voisins de la Grande Île.

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