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Lutchmeenaraidoo, l?homme de la situation pour le MMM

6 mars 2007, 00:00

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Ils forment un duo de choc. On les croyait adversaires farouches, ils se disent ?frères de lutte?. Malgré les divergences qu?il y a pu y avoir entre eux, Paul Bérenger et Vishnu Lutchmeenaraidoo sont capables de se réconcilier et de s?associer. Surtout lorsque le pays est ?en danger?. C?est ce qu?ils affirment en tout cas.

Le retour de Vishnu Lutchmeenaraidoo au Mouvement militant mauricien (MMM) a été officialisé hier, lors d?une conférence de presse à l?hôtel Le Labourdonnais Waterfront. Le ton était amical. Le décor sobre : une banderole en noir et blanc, sans c?ur ni couleur, pour accueillir l?événement.

?On se parlait depuis de longs mois?, déclare l?ancien ministre des Finances. Il est présenté, aujourd?hui, par Paul Bérenger, comme ?l?homme de la situation?. ?Maurice a besoin d?une politique économique alternative et d?un ministre des Finances qui inspire confiance?, affirme le leader du MMM. Pour lui, le pays a besoin d?une ?réforme à visage humain?. Expérience, compétence, crédibilité sont les qualités de Vishnu Lutchmeenaraidoo. Il inspire surtout la confiance, selon le leader du MMM.

Dès son retour, Vishnu Lutchmeenaraidoo prend la direction d?une commission économie, finances et budget au MMM. Elle comprendra aussi Jayen Cuttaree et Vijay Makhan. A en croire Paul Bérenger, il aidera ?massivement? à ?consolider l?image du parti? comme force politique nationale.

Vishnu Lutchmeenraraidoo souhaite que son retour ?batte le rappel? des anciens militants. Il plaide pour le retour des idéaux, des idées? Paul Bérenger vise plus haut. Et dans le court terme. ?Que le MMM et Vishnu soient dans le gouvernement, pour une réforme à visage humain.? Mais cela se fera dans le respect de la Constitution, souligne Paul Bérenger.

?Volcan social?

Entre-temps, Vishnu Lutchmeenaraidoo devra dégager une stratégie cohérente et globale. Il souhaite d?emblée ?remettre les pendules à l?heure?. ?Il n?y a aucune comparaison entre la crise économique des années 1982 et la crise sectorielle de ces dernières années.? Chômage, déficit budgétaire, réserves de devises : la situation de 1982 était de loin pire que celle de 2005, lorsque le gouvernement MSM-MMM a quitté le pouvoir.

En revanche, le pays est aujourd?hui assis sur ?un volcan social?, selon l?ancien ministre des Finances. ?Le gouvernement a déclaré la guerre aux subsides. Un ministre des Finances a rayé trois générations de politique sociale?, schématise-t-il. Autrement dit, la réforme du ministre des Finances, Rama Sithanen, n?en serait pas une. ?Je ne confondrai jamais une opération comptable destinée à balancer des comptes, avec une réforme économique et sociale plus ambitieuse.?

Vishnu Lutchmeenaraidoo estime que le gouvernement a provoqué la ?dévaluation? de la roupie, ce qui freine l?élan des investissements étrangers, entre autres. ?La Banque de Maurice aurait pu stopper le processus mais ne l?a pas fait. Il y a une volonté derrière.?

Il regrette que dans sa volonté de revoir l?Etat providence, le gouvernement ait pêché par manque de préparation et de dialogue. Idem pour la National residential property tax pour laquelle il aurait fallu ?un an de recherches?. Il demande ainsi au gouvernement de réfléchir avant d?abandonner les négociations tripartites. ?Le gouvernement joue avec le feu.?

Mais pour Vishnu Lutchmeenaraidoo, il n?est pas trop tard. Le gouvernement doit accepter de faire son ?autocritique? et peut encore ?reculer?. Au sein de l?opposition, Paul Bérenger annonce que le MMM allait continuer de faire ses ?commentaires?. Mais, avec le renfort de Vishnu Lutchmeenaraidoo, il se verrait bien dans le gouvernement. ?Le plus tôt serait le mieux??

Thierry CHATEAU

Un artisan clé du ?miracle économique? des années 80

Dans la mémoire de la population, Vishnu Lutchmeenaraidoo incarne la détente économique. Pourtant, il a bâti son succès sur les bases jetées par son prédécesseur, Paul Bérenger, ministre des Finances en 1982-83

Vishnu Lutchmeenaraidoo devient ministre des Finances vers le début de 1983 à la faveur d?une grave crise politique. Son prédécesseur, Paul Bérenger, claque la porte du gouvernement qui neuf mois auparavant était élu par un score de 60-0. La population est rappelée aux urnes.

Une prise en main des finances et de l?économie du pays dans un contexte peu enviable. La situation politique compliquée s?ajoute à la tension sociale caractérisée, entre autres, par un fort taux de chômage de 20 % (100 000 sans emploi) et la misère qui gagne plusieurs régions.

L?équipe du Premier ministre d?alors, sir Anerood Jugnauth (SAJ), promet de renverser la situation au lendemain des élections de 1983. Là aussi, Vishnu Lutchmeenaraidoo est présenté comme l?homme de la situation.

Face aux attentes, il réussira son pari. Ses actions rapportent des dividendes rapides. L?ex-grand argentier préfère ne pas trop bousculer la politique économique de son prédécesseur qui reprend l?essentiel du plan de réajustement structurel préconisé par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Les finances publiques s?améliorent sensiblement avec la Sales Tax, introduite par Paul Bérenger en 1982, tandis que les secteurs productifs montrent des signes de relance. La zone franche mauricienne connaîtra son envol grâce aux nombreuses mesures d?encouragement du ministre des Finances d?alors en faveur de l?investissement étranger.

Le régime MSM-PTr-PMSD d?alors bénéficiera d?un coup de pouce inespéré. Les discussions autour de la rétrocession de Hongkong à la Chine au début des années 80 rendent les industriels hongkongais très nerveux. Le gouvernement parvient à vendre Maurice comme un endroit de délocalisation sûr avec, en prime, un accès préférentiel aux marchés européens.

Les fabricants de textile de Hongkong s?implantent massivement dans la zone franche et des usines s?ouvrent un peu partout à travers l?île. De 1983 à 1984 seulement, le nombre de jobs créés dans ce secteur passe de 20 000 à 90 000. L?épineux problème du chômage est vite résolu.

Mais il n?y a pas que la zone franche. Vishnu Lutchmeenaraidoo voulait faire profiter de la relance l?ensemble des activités économiques. D?où sa décision de défiscaliser de manière agressive les entreprises (le taux d?imposition passe de 66 % à 35 %). La détente fiscale donnera un essor considérable à tous les secteurs, dont le tourisme et la distribution, qui profitent également des mesures monétaires souples et pro-investissement.

Le plan de relance de Vishnu Lutchmeenaraidoo fait aussi la part belle aux petites et moyennes entreprises. Le global payer qu?est aujourd?hui la Compagnie mauricienne de textile trouve ses origines dans la mouvance de l?entrepreneuriat de cette époque.

La population goûte aux fruits du décollage économique et son pouvoir d?achat s?améliore sensiblement. Vishnu Lutchmeenaraidoo préconise la détaxe de plusieurs produits de consommation courante et des équipements électroménagers dans ses différents budgets. Le plein-emploi encourage les foyers à faibles et moyens revenus à améliorer leur confort et à envisager leur avenir avec plus de sérénité.

Vishnu Lutchmeenaraidoo est aussi à l?origine de la réduction des droits de douane sur les voitures. Des milliers de Mauriciens, dont beaucoup de fonctionnaires, ont pu ainsi s?acheter des voitures neuves débouchant sur une amélioration (quantitative et qualitative) du parc automobile.

L?ancien grand argentier démissionne en 1990 à la suite d?un différend avec son parti, le MSM, au sujet d?une alliance avec le MMM. Ce dernier a été le plus virulent des opposants à la politique économique de Vishnu Lutchmeenaraidoo durant son passage aux Finances.

Avant de quitter les affaires, il jette les bases d?un secteur des services financiers axé sur l?étranger. L?offshore démarre en 1989 avec les premières banques qui s?installent dans ce secteur. La Bourse de Maurice est lancée la même année. Le secteur financier débute une nouvelle phase de modernisation.

Akilesh ROOPUN

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