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L?Université à l?âge ingrat
Le défunt Cernéen consacre un dossier aux 15 ans de l?université de Maurice, d?où sa référence, dans son titre, à l?âge ingrat. Il en profite pour tirer la sirène d?alarme, en faisant état d?une inquiétante réduction du nombre d?étudiants. Plus de la moitié en quatre ans. Se pose donc la question d?une nouvelle fonction pour notre université.
Elle voit le jour en 1965 mais ne sera fonctionnelle qu?en juillet 1968, grâce en partie à Raymond Rivet qui, par ses conseils judicieux, parvient à dénouer une situation ressemblant comme deux gouttes d?eau à un n?ud gordien. Elle fait depuis parler d?elle, tantôt avec enthousiasme, tantôt avec amertume et frustration mais le plus souvent avec méconnaissance.
Au départ, elle doit ?uvrer en deux directions pas forcément opposées : (i) la formation des diplômés surtout ceux faisant défaut à l?économie mauricienne et (ii) promouvoir la recherche à Maurice, par des Mauriciens et pour des Mauriciens. Très vite, l?Université bute sur le manque de débouchés sur le marché local du travail.
Commence alors une série de rapports et de contre-rapports. Il y a ainsi un Review Committee en 1978 pour revoir son organisation et son fonctionnement. Le rapport est à peine rendu public que la crise de 1979 remet tout en question. Le gouvernement nomme alors un Visiteur, en la personne de Me Marc David, pour faire la lumière sur les événements, culminant dans la séquestration du vice-chanciellier, R. Burrenchobay, et même son décès quelques mois plus tard, en Ecosse. En 1981, le conseil de l?Université examine ces deux rapports qui sont également soumis à l?étude de son Sénat.
Le Cernéen note pourtant l?impression de calme et de sérénité fonctionnelle qui se dégage du campus universitaire. Il note aussi l?air décontracté des étudiants. Certains d?entre eux déplorent toutefois le manque d?ambiance académique.
Faut-il y voir la constante diminution du nombre d?étudiants. Il faut savoir que pour l?année scolaire 1977-78, l?on ne compte que 1 035 étudiants à temps plein ou à temps partiel. En 1978-79, ce nombre régresse à 865 et même à 646 pour l?année 1979-80, pour tomber à 424 étudiants en 1981, dont 163 pour l?Ecole d?Administration, 198 pour la Technologie industrielle et 63 pour l?Agriculture.
Comment expliquer cette régression du nombre d?étudiants ? Certains font état du rétablissement des frais de scolarité après la grande euphorie de l?éducation gratuite de janvier 1977. Cela n?est pas tout à fait exact car elle n?explique pas la courbe déjà descendante du temps de la gratuité. Il y a aussi le fait que le nombre de demandes d?inscription est plus fort que celui des admis, ce qui n?aurait pas été le cas s?il faut retenir l?hypothèse de la non-gratuité de l?enseignement supérieur. En revanche, le rétrécissement de l?éventail des cours offerts, et par conséquent des diplômes accessibles, explique mieux la diminution du nombre d?étudiants.
L?on parle aussi de la suggestion, sans doute non retenu, du Pr Colin Leys en faveur d?un ?investment education? avec des recettes récoltées à court terme et non pas à moyen terme comme pour les universités traditionnelles. Il s?agit alors de former les cadres et les techniciens pour les secteurs économiques prioritaires. L?Université a alors un rôle régulateur à assumer. Ainsi la Faculté de Technologie industrielle forme nombre de cadres et techniciens pour la zone franche manufacturière naissante. L?Ecole d?Administration en fait de même pour un grand nombre de secrétaires et d?assistants managers.
Cet enseignement à la carte a, bien sûr, la faveur des employeurs, en quête de formation professionnelle pour leur personnel. Des cours sont ainsi ajustés aux besoins de certains organismes des secteurs, tant privé que public, comme le ministère de la Santé, les corps para-étatiques, la CWA, le CEB.
L?Université se garde pourtant d?oublier sa vocation de former des diplômés, des B.A. ou B.Sc au M.Phil/PhiL.D. On note cependant un recul dans l?enseignement au niveau des degrés.
Le Pr Donald Ah Chuen reconnaît que l?Université est dans une période de gestation. Elle doit se stabiliser entre des contraintes à court terme, des projets à moyen terme, tout en envisageant son avenir à long terme. L?Université doit devenir un foyer d?idées, le forum indiqué pour les grands débats nationaux.
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