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L?Union européenne : un rêve millénaire
Si l?idée de réunir les peuples du continent dans un vaste ensemble remonte à plus de deux mille ans, ce sont les conceptions structurelles de ce rassemblement qui ont beaucoup évolué au cours des siècles.
La Pax Romana aura d?abord imposé sur les régions asservies le joug d?une armée puissante assurant l?intégrité des frontières depuis l?Ecosse jusqu?au Moyen-Orient, l?Afrique du Nord et une bonne tranche de l?Europe centrale. Un réseau routier très étendu, une marine marchande nombreuse et une force navale omniprésente assuraient une communication rapide, une cohésion politique aussi, entre les pôles de ce vaste empire. Rome s?éprit de la vocation d?inclure dans son système administratif et stratégique ceux des peuples conquis et d?atteindre ainsi à une sorte ?d?universalité? limitée plus ou moins au pourtour de la Méditerranée et de l?Atlantique est.
L?idée européenne, par l?étendue de l?utilisation du latin, puis par l?expansion de la chrétienté, va se lier au souvenir de Rome. Bien plus tard, Dante (1386), l?Abbé de St Pierre (1707), les encyclopédistes (18e siècle), Napoléon Bonaparte, Victor Hugo, avaient, pour des raisons bien diverses, rêvé d?une unité européenne. Il est donc tout naturel que ce soit en Italie, un 25 mars 1957, que six pays (France, Allemagne de l?Ouest, Italie, Belgique, Pays Bas et Luxembourg) décident d?une coopération étroite dans divers secteurs économiques, politiques et sociaux en signant le Traité de Rome. Le but était d?aboutir à un ?Marché commun? permettant la libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux.
Il y eut par la suite bien d?autres traités dont un des plus importants, celui de Maastricht (7 février 1992) a créé, entre autres, la citoyenneté européenne et l?Euro.
L?UE compte aujourd?hui 25 Etats membres, une population de près d?un demi-milliard et un potentiel de développement économique susceptible de rivaliser avec celui des Etats-Unis d?Amérique.
Séquelles de conflits séculaires
De tout temps, en tout lieu, les hommes ont fait la guerre. C?est sur le continent européen que les conflits les plus sanglants ont été livrés. Déjà lassés de s?entretuer entre Cités ? Etats, contre les barbares des steppes et puis contre les Perses, les philosophes grecs, il y a 2 500 ans, soutenaient ?qu?il faut apprivoiser la sauvagerie des hommes pour que la vie devienne supportable?.
?L?Europe ne s?est pas faite en un jour, ou un an. C?est une idée qui a mis des années à se concrétiser?.
En un peu moins d?un siècle, l?Europe fut déchirée par trois guerres dont deux prirent des dimensions planétaires. Il est estimé que le ?socialisme brun? des Nazis et les conséquences de sa folie hégémonique auront causé la mort de 25 millions d?hommes. Environ 35 millions avaient déjà péri sur les champs de bataille, dans les tranchées et par suite de blessures entre 1870 et 1939. Par ailleurs, le très sérieux Livre noir du Communisme (Stéphane Courtois et autres historiens chez Robert Laffont 1997) chiffre à 100 millions le nombre des hommes, femmes et enfants assassinés, déportés puis massacrés par les dictatures communistes, dont 20 millions en Russie soviétique (URSS) et 80 millions ailleurs (Chine de Mao: 65 millions).
Le poids de tant de morts, de destruction et de misère pour raisons stratégiques, économiques ou idéologiques aura fortement influencé ceux qui furent les premiers artisans de la création de la Communauté économique européenne (CEE). L?accord initial imaginé par Robert Schuman portait sur le charbon et l?acier. Il permettrait aux Etats partenaires de se doter d?une capacité de production autonome afin qu?à terme l?Europe puisse prendre son destin en main, indépendamment des influences extérieures qui, vers la fin des années 50, étaient considérables ? notamment celle des Etats-Unis avec le plan Marshall et subséquemment avec la création de l?Organisation du traité de l?Atlantique Nord (Otan) toujours sous forte poussée américaine pour assurer un contrepoids à l?URSS.
En somme, l?Europe naissante des six Etats membres recherchait avec le Traité de Rome un modèle d?intégration qui la mettrait à l?abri d?une nouvelle guerre.
Ce souci n?est pas explicitement mentionné dans le préambule au traité dont les clauses soulignent plutôt ?la nécessité d?éliminer les barrières qui divisent l?Europe?, ?l?amélioration constante des conditions de vie et d?emploi?, etc. Les Robert Schuman et autres Jean Monnet qui ont pensé l?Europe et guidé ses premiers pas, se sont adressés prioritairement aux conditions économiques et sociales qui créent les divisions. Ils estimaient que dans un deuxième temps les échanges, la prospérité retrouvée, le dialogue favoriseraient un climat propice à l?élimination des tensions et à l?établissement d?une paix durable. ?Nous ne coalisons pas des Etats, nous unissons des hommes?, disait Jean Monnet, ajoutant: ?L?Europe ne s?est pas faite en un jour, ou un an. C?est une idée qui a mis des années à se concrétiser?.
Le coût humain qu?il fallut payer pour en arriver là est quand même considérable.
Il convient de noter, en passant, que les communistes, en particulier les communistes français, critiquent vivement l?analyse des historiens du Livre Noir. Ils proclament en substance que génocide et massacres en Russie soviétique, en Chine, au Vietnam (1 million), au Cambodge (plus de 2 millions) et ailleurs ?ont été commis pour le bonheur des peuples dans une optique de lutte des classes?.
Le cynisme de certains n?a donc aucune limite !
Les structures et les pouvoirs
Le Parlement européen, dont les membres sont directement élus par les citoyens des Etats-membres, co-légifère avec le Conseil de l?Union européenne composé de ministres par spécialité et représentant les gouvernements des Etats-membres.
L?exécutif est assuré par la Commission européenne.
Analyser les rapports complexes de ces structures entre elles, et avec les autres piliers de l?UE (Cours de justice, Banque européenne d?investissement, Comité des régions etc.) serait fastidieux et hors de propos dans un texte journalistique forcément succinct.
C?est, en revanche, l?énorme pouvoir des commissaires qui suscite parfois des interrogations, de même que la distanciation croissante entre les organes de décision et les citoyens de l?Union subissant, sans les comprendre, les effets des législations passées à Strasbourg et exécutées par Bruxelles.
Un exemple entre mille autres, subi cette fois par les pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) producteurs de sucre, illustre ce pouvoir qui souvent frise l?arrogance. Un très haut cadre, lors d?une interview, a pu se permettre de dire récemment à Bruxelles, sans impunité, au sujet de la baisse du prix garanti du sucre: ?Ils peuvent dire ce qu?ils veulent, ce sera 36 % et pas un centime de moins.? Ils n?étaient pas, comme on pourrait le croire, les chefs d?Etat ou de gouvernement des pays ACP, mais le président Chirac et Tony Blair, qui avaient manifesté une certaine sympathie pour les producteurs de sucre ACP. Une baisse de 25 % avait même été suggérée. Qui, in fine, détient le vrai pouvoir: le Parlement (élu) ou la Commission (nommée)? Distinguer entre la façade et la réalité ne fait souvent pas pencher la balance du côté qu?on pense?
Il est de plus en plus difficile pour un citoyen normal dans l?Europe des 25 de remonter aux causes des événements qui touchent directement son portefeuille, son travail, son style de vie, ses traditions, son patrimoine. Un pouvoir distant édicte des lois. Parlement et Commission subissent des courants idéologiques divergents. Le concept de subsidiarité, la conscientisation des périphéries distantes qui a été engagée, sont encore très loin d?avoir estompé le sentiment d?éloignement et d?étrangeté. Le citoyen de Thessalonique ou de Malte se perd alors dans le dédale des influences lointaines, étrangères, anonymes, impersonnelles.
Les délégués de pays ACP, non suffisamment avertis ou peu expérimentés, en sortent encore plus perdus. Le pouvoir distant de Bruxelles devient alors un pouvoir pesant.
La faiblesse de certains gouvernements actuels, l?inexpérience des nouveaux membres, les mauvaises surprises du référendum sur la Constitution, auraient tendance à favoriser l?indépendance de la Commission des pouvoirs politiques. Deux pays fondateurs du Traité de Rome, la France et les Pays Bas, ont rejeté le projet de constitution. L?Italie se relève péniblement du libéralisme effréné de Berlusconi. Les travaillistes anglais sont à bout de souffle. Cette ?quintessence de la déliquescence? (Pierre Lance dans Les 4 Vérités ? 21 avril) suscite une dose de mépris de la part des technocrates de Bruxelles. Il est bien révolu le temps des fortes têtes qu?étaient de Gaulle ou Adenauer. Quand les locomotives ne tirent plus, les petits contrôleurs du train font les matamores dans les compartiments?
Coopération UE-ACP
Rimbaud disait regretter ?l?Europe aux anciens parapets?. En Afrique beaucoup le regrettent encore.
Plusieurs décennies après la décolonisation des années 60 les chefs d?Etat ou de gouvernement des pays en développement ont privilégié les relations intimes et confiantes avec les dirigeants des anciennes puissances coloniales. Avoir directement recours, d?homme à homme, avec les ministres à Rome, Paris ou Londres dans des situations de crise ? et elles étaient fréquentes! ? était une démarche courante. ?Papa de Gaulle pourvoiera?, confiaient sereinement certains Présidents africains. Et papa de Gaulle pourvoyait, soit directement à travers Foccard, infatigable baroudeur de l?Afrique noire, ou indirectement par le truchement d?un secrétariat d?Etat à la Coopération nouvellement constitué. C?est souvent ainsi que les fonctionnaires africains furent payés, les armées impatientes amadouées, certaines dettes épongées.
Cette Europe des anciens parapets n?est plus. Les mentalités ne sont plus les mêmes. Les relations bilatérales sont plus formelles, plus structurées, plus contraignantes aussi.
Il est prévisible qu?à l?avenir l?aide au développement dépende de moins en moins des commissions mixtes bilatérales et de plus en plus des accords multilatéraux entre blocs régionaux. ?Trade? alors sera bien plus significatif que ?aid?.
L?accession des pays de l?Europe centrale, dont beaucoup sont pauvres ou moyennement développés, au statut d?Etats membres de l?Union a posé, et posera, le problème du partage du budget de coopération. Il a été affirmé par certains technocrates de Bruxelles, dépourvus de par leur cheminement économique et social de sensibilité particulière pour le Tiers-Monde, que ?l?Europe aide des paresseux, des gaspilleurs, des incapables? Elle a mieux à faire de son argent dans les zones déprimées de ses pays membres?.
Toutefois, tant bien que mal depuis Lomé I, et aujourd?hui Cotonou, l?Europe a pu élaborer une politique de support au développement qui est négociée, contractuelle, prévisible, neutre politiquement. Elle est probablement la seule organisation multinationale à le faire avec autant de méthode, d?impartialité, de transparence, sans arrière-pensée politique et stratégique. Plutôt que de se substituer aux efforts de développement autonomes, elle a choisi de les accompagner dans leur mise en ?uvre. Socrate avait qualifié ce type d?accompagnement de ?maïeutique?. Ce concept philosophique privilégie le respect de celui qui sait pour celui qui ne sait pas encore. Le Tiers-Monde ?accouche? ainsi lui-même du type de développement qui lui semble approprié.
Plutôt que de céder à une manifestation de puissance, c?est en somme, rechercher plutôt une balance salvatrice, un juste équilibre dans les relations entre peuples.
L?Union européenne pour quoi?
Victor Hugo (1849), dans une intervention magistrale au Parlement, le résume ainsi :
?Un jour viendra où les armes vous tomberont des mains, où la guerre vous paraîtra absurde. Un jour viendra où vous France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, vous vous fondrez étroitement dans une fraternité européenne. Un jour viendra où il n?y aura plus d?autres champs de bataille que les marchés s?ouvrant au commerce et les esprits s?ouvrant aux idées.?
Pour qui ?
Evidemment, et en priorité, pour les peuples d?Europe. Mais aussi pour ceux qui, de par le monde, se sont associés au ?vieux? continent. Par intérêt et parce que la colonisation a malgré tout tissé des liens indissolubles.
Michel Rocard disait que la France ne peut porter sur ses épaules toute la misère du monde. L?Europe, elle, ne peut toutefois rester indifférente aux problèmes des peuples d?Afrique ou d?Asie, à leur faim, leurs maladies, leur peur des guerres, à la fuite des cerveaux, au manque d?eau, de routes, d?écoles, d?hôpitaux. A la difficulté de vivre ou tout bonnement de survivre.
Armand MAUDAVE
EXPOSITION
La Journée de l?Europe célébrée à Eureka
Une exposition retraçant les différents aspects de l?aide européenne à des îles de cette partie de l?océan Indien? A Eureka, Moka, hier, le président de la République, sir Anerood Jugnauth, le Premier ministre, Navin Ramgoolam, les ministres, les membres du corps diplomatique et le secteur privé ont célébré la Journée de l?Europe. Claudia Wiedey (photo, en compagnie du président et du PM), chef de la délégation de l?Union Européenne, a de son côté fait ressortir que l?exposition se tiendra dans d?autres coins du pays de même qu?à Rodrigues, aux Comores et aux Seychelles.
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