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L?Union européenne et le casse tête linguistique

28 avril 2004, 20:00

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Après l?adhésion de 10 pays le 1er mai 2004, l?Union européenne méritera plus que jamais son surnom de ?Tour de Babel?. Plus d?un milliard d?euros par an, quelque 4 000 traducteurs et interprètes, 20 langues officielles... C?est sans nul doute dans le domaine linguistique que l?élargissement fera sentir ses effets de la manière la plus mécanique sur le fonctionnement de la machine communautaire.

?L?Union européenne est la plus vaste conférence politique et technique permanente jamais vue au monde?, souligne l?institution dans un rapport sur les conséquences du passage de 11 à 20 langues officielles dans l?UE des Vingt-Cinq. Cet élargissement renforcera encore une situation qui ferait pâlir d?envie l?Onu, où six langues à peine sont utilisées.

Pour les institutions européennes, il est normal de traduire dans la langue des 453 millions de citoyens de l?UE, des législations qui sont contraignantes pour eux si l?on veut respecter l?adage selon lequel ?nul n?est censé ignorer la loi?. Les services de traduction doubleront donc le nombre de pages ?produites? annuellement à 2,4 millions en 2005. Le coût de la traduction pour toutes les institutions européennes confondues, dont le Parlement européen, le Conseil des ministres ou le Comité des régions, passera ainsi de 550 millions d?euros par an à 808 millions.

Pour réduire quelque peu la facture, l?exécutif européen limite les traductions des documents de travail à trois langues - français, anglais et allemand, en plus de la langue de la personne directement concernée par le texte -, mais tous les documents définitifs sont traduits dans les 20 langues.

Le véritable défi pour les institutions européennes sera toutefois à relever dans le domaine de l?interprétation. La Commission - le Parlement européen et la Cour de justice ont leurs propres services d?interprétation - fournit chaque jour de 700 à 800 interprètes pour la soixantaine de réunions quotidiennes qui se déroulent à Bruxelles entre délégations. Or, si l?interprétation simultanée requiert 33 interprètes lorsque les propos d?un orateur sont traduits directement vers les 10 autres langues, il faut au moins disposer de 60 interprètes pour réaliser ce travail avec 20 langues.

Les institutions européennes s?essayent donc à l?emploi d?une ou de plusieurs langues-relais, le français ou l?anglais étant le ?pivot? à partir duquel l?interprétation se fait. Mais cette méthode a des inconvénients énormes.

Cependant les participants aux réunions ont de plus en plus le réflexe de s?exprimer dans la langue de Shakespeare. Certains responsables français tentent de faire de la résistance et mettent pour la plupart un point d?honneur à s?exprimer dans leur langue. La bataille semble toutefois perdue d?avance. Désormais, les conférences de presse quotidiennes de l?exécutif, qui donnent souvent le ton de la presse du lendemain, se déroulent en anglais, même si tous les porte-parole doivent être capables de répondre en français.

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