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L?ordinateur au secours d?un paraplégique

23 juillet 2006, 00:00

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Commander un ordinateur par la pensée, voilà qui paraît fou. C?est pourtant ce que fait Matthew Naggle, un Américain de 26 ans, rendu paraplégique par un coup de couteau dans le cou, reçu lors d?une rixe.

Il lui suffit d?imaginer un mouvement de son bras inerte pour que se déplace, suivant le même mouvement, un curseur sur un écran.

Cette prouesse, dont les détails sont présentés par l?équipe de John Dono-ghue (Brown University, Rhode Island) dans la revue Nature du 13 juillet, ne tient pas de la télépathie. Elle est rendue possible par une chaîne technique qui vise à traduire l?influx nerveux en pixels animés. À passer du neurone à l?électron.

Le premier élément de cette « prothèse neuromotrice » est un composant électronique de quatre millimètres de côté, hérissé de 100 électrodes, implanté dans la région du cerveau qui commande les mouvements volontaires. Captant l?activité électrique des neurones, elle la transmet, via un plot câblé sur le crâne de M. Naggle, à des ordinateurs qui filtrent cet influx pour commander le curseur.

Cette dernière étape nécessite un calibrage, au cours duquel il est demandé au patient d?imaginer les mouvements du bras qui lui permettraient de suivre ceux de la « flèche », laquelle est déplacée par un assistant. De plus, le système fonctionne sans que Matthew Naggle ait à se concentrer uniquement sur la tâche à réaliser. Il peut même parler en déplaçant le curseur.

Plusieurs obstacles demeurent

Pour John Donoghue, cette « porte du cerveau » (brain gate) développée par Cybernetics Neurotechnology Systems, une start-up émanant de son équipe, n?en est qu?à sa première étape. Il souligne que Matthew Naggle est aussi parvenu à commander quelques mouvements d?une main et d?un bras artificiels.

« Ces résultats laissent espérer qu?un jour nous serons capables d?activer directement les muscles de ses membres avec ces signaux cérébraux », avance le chercheur.

Mais plusieurs obstacles demeurent. Une « puce » similaire greffée sur un autre patient a rendu l?âme sans prévenir. Et nul ne sait comment neurones et implant cohabiteront sur le long terme. Il sera nécessaire d?utiliser les technologies « sans fil », afin de réduire les risques d?infection liés au passage des câbles à travers la calotte crânienne. Il faudra enfin affiner le traitement du signal.

■ @ 2 006 Le Monde ? Hervé Morin ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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