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L?ombre du Prix Nobel Gao Xinjian

1 février 2004, 20:00

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COMMENT tourner autour de Gao Xinjian ? Pendant une heure, mercredi 28 janvier, lors de la conférence de presse de présentation, en France, du Salon du livre où les ?lettres chinoises? seront à l?honneur, il ne fut pas une seule fois question du Prix Nobel de littérature 2000. Il fallut attendre les questions pour que le nom du seul écrivain de langue chinoise couronné par l?académie suédoise soit évoqué.Bien qu?il vive en France ? né en 1940, il est de nationalité française depuis 1998 ?, l?auteur de La Montagne de l?âme (Editions de l?Aube) est le grand absent de l?année de la Chine. Il ne fait pas non plus partie des écrivains invités pour le prochain Salon du livre, du 19 au 24 mars, ce qui suscite une polémique avec ses éditeurs (les Editions de l?Aube et Le Seuil) et ses traducteurs (Le Monde du 24 janvier).

Pendant une heure, il fut question de la situation de l?édition française, de la chaîne commerciale du livre, du village théâtre, du bar des sciences, des prochaines expositions sur la bande dessinée. On parla des ?bulles d?émotion?, d??histoires de bulles? ou de la ?bande à Tchô?. Mais pas de Gao.

Il fut bien sûr question de la Chine, qui est depuis longtemps ?une cible de choix pour le Salon du livre?, selon Jean Sarzana, délégué général du Syndicat national de l?édition (SNE). ?On a posé comme préalable qu?il y ait les candidatures multiples de la Chine, de Taïwan, de Hongkong et de la diaspora?, a-t-il indiqué. Vingt-huit auteurs chinois ? dont certains ont dû faire l?objet d?âpres négociations avec Pékin ? ont été invités aux côtés de six écrivains de Taïwan, trois de Hongkong et trois de la diaspora, qui ont fui le régime chinois (Bei Dao, Duo Duo, Yang Lian), par le Centre national du livre (CNL).

Son directeur, Michel Marian, a expliqué qu?il s?agissait, ?d?où qu?ils viennent, des écrivains les plus représentatifs?, qui reflètent ?la variété de la langue chinoise contemporaine?. Il n?est pas davantage question du premier Prix Nobel chinois dans le texte du dossier de presse qui présente la littérature chinoise du XXe siècle, et précise : ?Les écrivains de la diaspora présents au Salon du livre sont des poètes de Chine qui ont pris la voie de l?exil à la fin des années 1980.?

Pour les organisateurs du Salon, comme pour le ministre de la Culture, il n?y a pas de ?problème Gao?. ?Ce n?est pas le rôle du CNL d?inviter un écrivain qui est chez lui. Gao est français?, a expliqué le directeur du livre, Eric Gross, tandis que Michel Marian a rappelé que Gao Xinjian avait bénéficié à plusieurs reprises des aides du CNL. Jean Sarzana a démenti que le SNE ait reçu des pressions du gouvernement français, en concluant : ?Gao est le bienvenu comme auteur au Salon du livre.? Deux autres Prix Nobel, le Portugais José Saramago et l?Allemand Günter Grass, avaient donné des conférences au Salon du livre quand leur pays avait été l?invité d?honneur. Rien de tel n?est pour l?instant prévu pour organiser la venue de l?auteur de La Montagne de l?âme.

Un autre problème diplomatique risque de rendre encore plus épineuse l?organisation du Salon. Les écrivains taïwanais sont également invités, mais une incertitude demeure sur la date de leur venue. La manifestation commence la veille du référendum sur la défense de Taïwan. La position de la France, qui a condamné l?organisation du scrutin, ?qui peut apparaître comme agressif?selon le président de la République française, s?ajoute à un climat de tension entre les organisateurs chinois et taïwanais.

Alain Salles

© Le Monde News Service

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