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LIVERPOOL-CHELSEA Jouez maintenant !
Nous ne commettrons pas l?imprudence de prétendre que c?était couru d?avance. D?ailleurs, ce ne l?était pas. Mais, franchement, qui oserait encore avancer que le 0-0 très prévisible qui a sanctionné le choc Liverpool-Chelsea, sorte de « petit nul entre amis », mercredi, en Ligue des champions, n?arrange pas aujourd?hui les deux clubs ?
Personne, pas même Jose Mourinho et Rafael Benitez, qui auraient sans doute signé des deux mains si on leur avait proposé, avant la première bataille d?Anfield, un pareil scénario. Car, qu?on se le dise, en se neutralisant au sens le plus large du terme, Chelsea et Liverpool, en monstres sacrés du groupe G, entrevoient déjà, après deux journées, la porte des huitièmes de finale.
Bien sûr, ce n?est pas mathématique, loin de là. Le très crédible Betis Séville, vainqueur à Anderlecht, n?a pas encore dit son dernier mot. Mais, franchement, dans le présent contexte, on voit mal comment les Espagnols s?y prendront pour s?intercaler entre deux représentants anglais qui, à bien voir, ont tout intérêt à s?entraider discrètement sur ce coup-là, quitte à régler leur compte après, pourquoi pas ce soir pour le remake version championnat.
Ce derby d?Angleterre a tellement alimenté les conversations, déchaîné les passions qu?on peut évidemment regretter qu?il n?ait pas été plus spectaculaire. Le match a certes été intense et physique, mais il était surtout ennuyeux, prévisible, tactique.
Il n?a, surtout, jamais produit l?effet dramatique que promettaient l?ensemble des previews d?avant-match. Chelsea, pouvait-on lire ici et là, était supposément assoiffé de revanche, n?ayant toujours pas digéré son élimination en demi-finale de la précédente édition quand un but controversé de Luis Garcia avait mené Liverpool au royaume d?Ataturk. Il n?en fut rien.
Ode au beau jeu ? Non quand même pas !
Au lieu de ça, on a eu droit à une véritable partie d?échecs, comme l?a rappelé fort justement Lékip dans son édition de vendredi. Patiemment, les maîtres tacticiens Benitez et Mourinho ont avancé leurs pions sur l?échiquier. Mais avant de chercher à mater l?autre, ils ont surtout pris le soin de ne pas s?exposer inutilement.
Zéro partout, un point c?est tout. Circulez, il n?y a rien à voir. Et repassez ce soir?
Eh oui, c?est déjà l?heure des retrouvailles. Après le rendez-vous européen de mercredi, place ce soir à la confrontation nationale. L?acte II de la bataille d?Anfield sera, on l?espère, moins engagé, moins physique, moins tactique. De là à penser qu?il sera une ode au beau jeu, il y a toutefois un pas qu?on ne franchira pas.
Benitez, comme Mourinho, n?ont, en effet, jamais privilégié le spectacle, préférant le résultat. D?ailleurs, leur expérience respective à Valence et à Porto, deux clubs réputés pour leur rigueur défensive, l?atteste forcément. Ibériques, ils le sont, mais c?est apparemment de l?Italie qu?ils s?inspirent.
Si, mercredi, Benitez a opté pour un 4-3-3 inédit, c?était pour mieux confondre les plans de Mourinho. Mais ce n?était que théorique. Jamais, en effet, n?a-t-on eu l?impression que Liverpool évoluait véritablement avec trois attaquants. Au contraire, le longiligne Peter Crouch a souvent paru trop esseulé en pointe. L?électron libre Luis Garcia était partout et nulle part à la fois, tandis que Djibril Cissé noyait son talent dans un milieu de terrain copieusement garni, n?étant ce jour-là attaquant que de nom.
Quant à Mourinho, dont l?équipe avait jusque-là remporté tous ses matches ? neuf au total, toutes compétitions confondues ? il n?a pas choisi la voie de l?intox, contrairement à Benitez, n?ayant, lui, pas peur de préciser, bien à l?avance, que la bataille du milieu de terrain déterminerait l?issue du choc.
Mais le Portugais a préféré ne pas être gourmand. S?il nourrissait l?ambition d?aller chercher la victoire à Anfield, il n?aurait très certainement pas attendu le dernier quart d?heure pour associer Hernan Crespo à Didier Drogba. L?Argentin, auteur d?un doublé avec Milan contre Liverpool lors de la dramatique finale européenne de mai, n?est jamais aussi dangereux que quand il est chaud.
Ce soir, les données du match seront sensiblement différentes. D?abord parce que Liverpool n?a franchement pas intérêt, sur ce coup-là, à privilégier un nul qui ne ferait pas ses affaires. Les Reds, qui voguent de désillusion en désillusion en Premier League, ont en effet l?obligation de gagner s?ils ne veulent pas, dès septembre, abandonner leur bien mince prétention nationale. Est-il bien nécessaire de rappeler qu?ils sont déjà à quatorze points du leader ?
Pour gagner, Benitez peut se permettre de reproduire le scénario de mercredi, qui a vu son équipe dominer l?essentiel de la deuxième période, et espérer que la chance sera enfin de son côté. Espérer aussi que son quatuor défensif, regroupé autour de Jamie Carragher et Sami Hyypia, sera une nouvelle fois généreux, ce qui compliquera drôlement la tâche des deux ailiers de Chelsea, Damien Duff et Arjen Robben, principales sources de danger. Tout le monde sait que quand Duff et Robben éternuent, c?est tout Chelsea qui s?enrhume.
Au contraire de Benitez, José Mourinho, lui, a une belle marge de manoeuvre, l?avance de Chelsea étant presque indécente à pareil moment de l?année. Il pourrait, lui, se contenter du match nul.
Mais le Portugais a promis que son échiquier ne serait cette fois pas du voyage dans le nord de l?Angleterre. Autrement dit, que Chelsea jouera, et sans calcul. On le sait : les Blues ne sont jamais aussi dangereux que quand ils laissent libre cours à leur talent.
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