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L?Indépendance, fille de la Révolution
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L?Indépendance, fille de la Révolution
Nos réminiscences reprennent, aujourd?hui, le titre d?un livre particulièrement audacieux de Jean Georges Prosper, livre prophétique ne retenant pas suffisamment notre attention. Interrogé justement au sujet de l?audace du précieux auteur de l?incomparable Histoire de la littérature mauricienne, le spécialiste de la période révolutionnaire à Maurice, qu?est Raymond Marrier d?Unienville confirme la justesse de ce point de vue. Il va même plus loin en soulignant que tout le débat ultérieur pour une démocratie toujours plus grande et plus authentique, à Maurice, prend naissance dans cette décennie, témoin du grand souffle d?autonomie, s?emparant des habitants de l?ancienne Isle de France, coupés comme jamais auparavant de leurs décisionnaires parisiens habituels et devant littéralement, et pour la première fois de leur histoire, prendre en main leur destinée et solutionner, avec les moyens du bord, entre eux et d?un commun accord, les problèmes, souvent vitaux, qui les assaillaient de toutes parts. Même Labourdonnais dut se référer aux ?boutiquiers parisiens? dirigeant la Compagnie des Indes et par conséquent ce Port-Louis de l?océan Indien, cette clef et étoile de la Mer des Indes, qu?il est pourtant en train de créer de toutes pièces.
A la parution du 2e tome de l?Histoire politique de l?Isle de France ou plus exactement de sa période révolutionnaire de Raymond d?Unienville, Marcelle Lagesse en rend compte à l?intention des lecteurs de l?express, et en dit le plus grand bien. Elle souligne que l?auteur, dans la préface de son ?uvre, met en exergue le fait que cette période déchaînée, sinon démente, secoue notre île et menace même son existence.
Marcelle Lagesse, notre spécialiste, entre autres, de l?histoire de notre Isle de France, s?émerveille du jour nouveau que son confrère D?Unienville projette sur des anecdotes mal connues de notre période révolutionnaire, tels les contraintes laïques et irréligieuses imposées au clergé, une tentative d?abolition de l?esclavage, les interventions de députés mauriciens à l?Assemblée nationale en France, l?impôt sur le revenu, l?inflation, les barèmes salariaux, le contrôle des prix, le marché noir, appelé alors l?accaparement.
Pour en revenir au clergé, ses biens sont confisqués. L?Assemblée coloniale n?hésite pas à convoquer le Préfet apostolique, Darthé, et de l?interroger sur la situation des prêtres et le motif de sa démission comme chef hiérarchique de la communauté catholique. Le port des habits religieux est interdit aux prêtres tout comme l?abolition des actes extérieurs du culte. Cela n?empêchera pas, en tout cas, la messe solennelle célébrée en la mémoire de Marat, proprement nettoyé par Charlotte, la première de Corday, écuyer du Ronceray, commune de Champeaux (Orne).
Raymond d?Unienville parvient à mettre la main sur une lettre rédigée par un prêtre italien expulsé de Maurice, le père Cicala, lettre conservée aux Archives de la Congrégation de la Foi à Rome. Il révèle en détails au Saint-Siège les relations tendues entre l?assemblée coloniale et le clergé à Maurice, pendant la tourmente révolutionnaire.
A propos de l?esclavage, D?Unienville met en exergue le rôle joué par le député mauricien à Paris, Antoine Monneron. Le 13 juillet 1791, à l?Assemblée nationale, il fait un plaidoyer émouvant en faveur des esclaves et des libres de couleurs. La France libre ne peut continuer à imposer une servitude aux citoyens de couleur, qui jouissent d?une totale liberté et citoyenneté dans les empires coloniaux anglais, espagnols, portugais. Il réclame, à la requête de notre assemblée coloniale, l?émancipation totale de tous les libres de couleur. Il se heurte malheureusement à l?opposition des députés antillais. Marcelle Lagesse ajoute que si Monneron avait alors eu gain de cause, ?la triste situation, qui prévalait alors aux Antilles, n?aurait sans doute pas eu lieu?. A l?Isle de France, les libres de couleur obtiennent, en tous cas, la jouissance totale de leurs biens naturels et imprescriptibles.
Raymond d?Unienville corrige également une autre erreur de perception. Notre assemblée coloniale ne siège pas en permanence dans l?église paroissiale Saint-Louis. Elle tient ses assises, dès août 1791, au Palais de Justice (Cours No 2). Il reproduit également le plan de Thoreau de La Martinière de ce Palais de Justice.
Marcelle Lagesse conclut avec sagacité : Cette ?uvre de Raymond d?Unienville est une contribution sans précédent à l?Histoire de l?Ile de France pendant la Révolution, au moment où s?amorce le changement dans les esprits et dans les m?urs. La population sait alors prendre en main sa destinée et des responsabilités, dont des épidémies, qu?elles n?avaient jamais eues auparavant.
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