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L?industrie sucrière s?inquiète pour ses centrales thermiques

31 mai 2006, 00:00

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Des investissements de Rs 10 milliards risquent de capoter. La centralisation au sein de l?industrie sucrière sera alors en péril. Ce sont les séquelles que craint le secteur sucre au cas où l?État donnait le feu vert au projet de CT Power. La firme de Malaisie, qui compte opérer une centrale thermique brûlant du charbon, a déjà obtenu sa letter of intent du Board of Investment (BOI). Il incombera au comité présidé par le Premier ministre de statuer à ce sujet.

L?inquiétude est telle que la Plantation House a jugé nécessaire de soulever la question de la politique énergétique dans son mémorandum pré-budgétaire soumis au gouvernement. Elle fait ressortir que le plan de restructuration adopté pour assurer la survie de ce secteur repose lourdement sur le volet énergétique.

?Les stratégies qui soutiennent le plan d?action et qui rendront possible la survie de l?industrie sucrière ne seront réalisables qu?à la condition expresse que de nouvelles centrales thermiques soient construites à côté des sucreries?, rappelle la Plantation House. Aussi, le secteur ne comprend pas qu?une letter of intent ait été accordée pour une centrale électrique qui brûlera du charbon.

?La Chambre d?Agriculture, le Syndicat des sucres et la Mauritius Sugar Producers? Association (MSPA) proposent donc que le gouvernement communique activement et clarifie sa politique nationale en matière d?énergie à la lumière de ces développements?, affirment-ils. Présenté ainsi, le ton n?est pas à la confrontation, mais dans les coulisses, la question mobilise l?industrie sucrière tant les enjeux économiques sont importants.

Avec le prix du sucre qui chute de 36 % en Europe, l?industrie locale se réforme pour s?adapter à cette conjoncture qui intervient en 2009-10. La centralisation ramènera le nombre d?usines à quatre. ?Le lien entre la centralisation et l?énergie est organique. Sans énergie, pas de flexi-factories, ni de production de sucre blanc ou de distillerie d?éthanol?, explique Jean Li Yuen Fong, directeur de la MSPA.

Avec cette nouvelle phase de centralisation, les quatre flexi-factories, à savoir Belle-Vue, Savannah, Fuel et Médine broieront la récolte du pays. Déjà, ces usines consomment une quantité conséquente d?énergie. Avec le surplus de cannes, les unités devront trouver davantage de ressources énergétiques pour desservir toutes les activités, dont la production de sucre blanc et spécial et la distillerie d?éthanol.

La solution est de mettre en place des centrales thermiques à proximité des usines. Elles généreront l?électricité de la bagasse au cours de la récolte. Le charbon sera utilisé pendant l?intersaison. L?investissement est massif. Rien que pour la centrale de Savannah, les promoteurs ont injecté Rs 5 milliards.

Afin de rentabiliser ces investissements, des contrats sont signés entre les Independent Power Producers (IPP) et le Central Electricity Board (CEB) pour la fourniture d?une quantité d?électricité, à un prix fixe. Les IPP, à ce jour, vendent à hauteur de 45 % de la consommation annuelle du pays.

Le plan stratégique 2006-15 préconise une hausse dans la production de ces IPP pour s?établir à 600 GWh à partir de la bagasse et 1 100 GWh du charbon. Vu l?urgence de la réforme, ces centrales devront être installées avant 2010. Le bât blesse à ce niveau. Ces projets en matière énergétique sont prioritaires.

L?incohérence est flagrante. L?État entretient déjà le projet soumis par CT Power. Le BOI fin avril, a déjà envoyé une lettre d?intention aux promoteurs. Il incomberait alors au High-Powered Committee présidé par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, de statuer sur la suite à donner à ce projet. En cas de feu vert, CT Power produirait en 2009 la même quantité d?électricité, soit 150 MW, que les IPP se proposent de vendre au CEB.

La situation est inconfortable sur papier pour l?industrie sucrière. A ce rythme, les promoteurs de flexi-factories seront contraints de repousser pour 2010 sa centralisation, quand le CEB aura besoin davantage d?électricité. ?Démarrer la réforme en 2010 équivaut à mettre la charrue devant le b?uf. Ce sera trop tard. L?industrie sera déjà morte?, affirme Jean Li Yuen Fong.

Qui plus est, l?incohérence risque d?être relayée auprès de l?Union européenne. En effet, l?État a soumis fin avril son plan d?adaptation pluriannuel à la Commission contenant les axes détaillés de sa réforme, faisant la part belle à la production d?énergie.

Or, en voyant un autre projet, utilisant le charbon, les technocrates européens risquent fort bien de nous sevrer de ces mesures d?accompagnement requises pour réaliser notre plan d?action. Que faire au cas où CT Power s?implanterait effectivement à Pointe-aux-Caves ? Est-ce qu?un autre plan pluriannuel serait soumis à la Commission européenne?

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