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?L?industrie du tabac est là pour rester, alors dialoguons?

14 juillet 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.
  • La BAT publie mercredi son ?social report? pour 2002-2003. De quoi s?agit-il au juste ?

Il s?agit d?un nouveau concept pour Maurice, même si, dans les pays développés, le Social Reporting est répandu depuis de nombreuses années déjà. Près de 80 % des entreprises figurant sur le FTSE 100 (les cent premières sociétés à la bourse de Londres) font un Social Report. Le rapport social est, en quelque sorte, une extension du gouvernement d?entreprise ?Corporate Governance?. D?ailleurs, le comité national sur le gouvernement d?entreprise, présidé par Tim Taylor, recommande que les entreprises fassent un rapport social.

Toutes les entreprises font un rapport sur leur performance financière. Le rapport social parle, lui, de la performance sur le plan social et éthique. Certaines compagnies abordent le volet social dans le rapport financier lui-même et d?autres, comme la BAT, font un rapport séparé.

L?exercice implique un dialogue avec tous les Stakeholders de l?entreprise. Il s?agit de savoir ce qu?ils attendent sur le plan social et de voir dans quelle mesure nous pouvons les satisfaire. Le rapport social explique donc ce que nous avons pu accomplir durant l?année. Il identifie le travail qui reste à faire et dit pourquoi certaines choses n?ont pas pu se faire ou ne seront pas faites.

La BAT est le premier producteur de cigarettes au monde à faire un rapport social. A Maurice, nous sommes aussi les premiers à produire un rapport de cette envergure et qui suit les normes internationales.

  • Pourquoi le faites-vous ?

La BAT est une entreprise socialement responsable. Certains peuvent trouver paradoxal qu?un producteur de cigarettes, qui est un produit très controversable, fasse un rapport social. Notre argument est que la cigarette est un produit légal. Aucun gouvernement au monde n?a interdit le tabac. Des millions d?adultes ont fait le choix de fumer, et ce en mesurant les risques qui peuvent être associés à la cigarette.

La BAT est donc une entreprise comme les autres. L?industrie du tabac est là pour rester. Il est vrai qu?il y a des risques associés à notre produit. Notre objectif est justement d?ouvrir le dialogue et d?écouter ce que la société a à nous dire et de tenter de prendre en considération leurs préoccupations. C?est ce que le rapport social nous permet de faire. Certaines choses ont déjà été faites, d?autres que nous sommes en train de réaliser et d?autres encore que nous ne ferons jamais. Mais nous sommes ouverts au dialogue.

En tant que producteur de cigarettes, nous sommes davantage sujet à la controverse, d?où une plus grande nécessité encore d?engager ce type de dialogue et de faire un rapport sur notre performance sociale. Si une entreprise fabrique un produit qui n?est pas controversable, le Social Reporting est assez aisé. Pour un producteur de cigarettes, cela demande du courage et de la conviction de demander à la société ce qu?elle pense de lui et ce qu?elle en attend. Mais nous avons l?habitude de traiter de questions difficiles.

  • Justement, quelles sont les principales préoccupations des ?Stakeholders? de la BAT ?

Elles sont nombreuses et variées. La première préoccupation de nos interlocuteurs concerne la cigarette elle-même, les risques qui y sont associés et la manière dont nous avertissons les gens de ces risques. La plupart des inquiétudes à ce sujet ont déjà été prise en compte par la BAT ou sont en voie d?être réglées. Nous avons informé le ministère de la Santé de notre intention d?améliorer les avertissements concernant les risques pour la santé. La taille de cet avertissement sur les paquets sera agrandie. Nous avons aussi publié des dépliants sur les risques associés au tabagisme. Nous sommes une entreprise responsable et redevable envers la société. Nous jouons la transparence.

Nous avons compris, au cours de ce dialogue avec les représentants de la société civile, qu?il y avait un manque d?informations sur les initiatives que nous prenons pour, par exemple, prévenir le tabagisme chez les jeunes. La contrebande de cigarettes est une autre grande préoccupation et notre soutien aux autorités pour combattre ce problème est méconnu. S?il n?est pas maîtrisé, cela affectera les bénéfices fiscaux du gouvernement, des planteurs de tabac et de la BAT. Les planteurs ont aussi leurs propres préoccupations quant à leur avenir et celui de toute l?industrie.

  • Vous disiez qu?il y a certaines attentes que vous ne pourriez jamais satisfaire. Peut-on savoir lesquelles ?

Un des participants au dialogue a demandé pourquoi nous ne fermions pas boutique ? Il n?en est évidemment pas question. Nous avons expliqué que l?industrie du tabac est légale et que nous sommes là pour satisfaire les adultes qui ont choisi de fumer. Ce n?est pas en fermant la BAT qu?on règlera le problème. En fait, il est préférable d?avoir à Maurice un fabricant responsable qui respecte les normes internationales que d?ouvrir la porte à la contrebande ou à un autre ?fly by night operator?. Les implications sont importantes. La BAT est le plus grand contribuable du pays. Nous payons entre Rs 4 et Rs 5 millions par jour au gouvernement en termes de taxes, soit Rs 1,7 milliard par an.

  • Quels sont les bénéfices d?un rapport social pour la BAT ?

Cet exercice nous donne une meilleure compréhension de la société dans laquelle nous évoluons, de sa perception et de ses attentes par rapport à une entreprise comme la nôtre. Ainsi, les participants à l?exercice ont mieux compris notre position, notre politique et nos initiatives sociales. Le dialogue nous permet également de mieux planifier nos interventions afin de répondre aux véritables attentes de la société.

Au départ, les participants pensaient que nous ne faisions rien pour prévenir l?usage de la cigarette chez les jeunes. Nous leur avons fait comprendre que la loi interdit la vente des cigarettes aux mineurs, chose qui est assez peu connue.

Nous avons aussi expliqué que, dans l?environnement mauricien, la BAT n?a pas le droit de promouvoir la cigarette et de faire de la publicité. Nous ne pouvons pas inciter les gens à fumer. Nous nous contentons simplement de produire des cigarettes pour des adultes consentants. Nous ne ferons jamais quoi que ce soit qui n?est pas éthique.

  • La publication de ce rapport n?est-elle pas qu?un exercice de relations publiques destiné à améliorer l?image de la BAT ?

Effectivement, il y a cette perception que l?on ne peut s?attendre à rien de bon d?un fabricant de cigarettes. Pourtant nous sommes sincères. Non, il ne s?agit pas d?un exercice de relations publiques. Comme je l?ai dit, l?industrie du tabac est légale. Nous sommes là pour rester. Il est vrai qu?il y a des risques associés à la cigarette et que la société puisse nourrir des inquiétudes. Parlons-en. Nous sommes ouverts au dialogue. C?est tout le sens de notre démarche.

Nous sommes déjà leader sur le marché. Pourquoi devrions-nous faire un exercice de relations publiques qui nous coûte de l?argent ? Je vous répète que nous n?avons rien inventé. Le Social Reporting existe déjà dans les pays développés. Toutes les multinationales le font. De même, il a aussi été recommandé par le comité national sur le gouvernement d?entreprise.

Ce rapport représente un engagement formel que nous prenons envers la société. Nous y rapportons ce que nous avons accompli, ce qui est en voie d?être réalisé et les initiatives à venir. C?est écrit noir sur blanc et on aura des comptes à rendre si nous ne tenons pas nos engagements. Vraiment, ce rapport social est tout sauf un exercice de relations publiques car dans ce dernier cas, on peut dire quelque chose un jour et l?oublier le lendemain.

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