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L?incompris et l?onctueux
<B>Par Raj MEETARBHAN</B>
C'est un peu le principe des vases communicants. Quand le taux de confiance de l?un baisse, celui de l?autre monte. Ainsi, le moment était opportun pour Vishnu Lutchmeenaraidoo d?annoncer son retour en politique. Après le psychodrame de la démission manquée de Rama Sithanen et le déficit de confiance dont celui-ci souffre depuis, son rival de toujours ne pouvait trouver un meilleur timing pour monter au front.
Ils ne se font aucun cadeau, et versent parfois dans l?animosité mutuelle mais, en vérité, pas grand-chose ne les sépare sur les questions de fond. Il y a même beaucoup de points de convergences dans leurs convictions. Les deux considèrent la classe des entrepreneurs comme le moteur de la croissance et pensent qu?il faut encourager les détenteurs de capitaux à investir. Aucun des deux n?a les pulsions de ces socialisants qui veulent à tout prix voir s?appauvrir les possédants.
Les points communs ne s?arrêtent pas là. Ils ont, tous deux, affiché des allégeances multiples, ayant chacun fait un passage dans les trois grandes formations politiques, le MMM, le PTr et le MSM.
Les deux ont un tempérament de réformiste et croient au capitalisme libéral. Si Vishnu Lutchmeenaraidoo qualifie son modèle de ?capitalisme à visage humain? mais affuble celui de son adversaire politique de l?épithète ?ultra-libéral?, cela ne tient qu?à la rhétorique politique. Quand ils sont au pouvoir, ils appliquent le même modèle économique. La différence entre eux réside dans leurs approches. Celles-ci sont diamétralement opposées.
Rama Sithanen sert les vérités crues. Vishnu Lutchmeenaraidoo les enrobe de miel. L?actuel ministre des Finances manie bien les chiffres mais est maladroit dans les jeux politiques. L?ancien ministre, lui, a toujours recours à des stratégies finement menées. Le premier n?a pas de charisme propre et il est un technocrate incompris. Le second a un discours onctueux et laisse peu de citoyens insensibles à son boniment. L?un tente de convaincre, l?autre d?envoûter.
Il est utile toutefois, au moment de la réhabilitation de Vishnu Lutchmeenaraidoo, de détruire certains mythes qui se sont bâtis depuis son retrait de la scène politique. Cet ancien grand argentier ne possède pas de potion magique pour redresser l?économie même s?il possède de grandes qualités. Il est vrai qu?il a su redonner confiance aux Mauriciens durant les années 80 et a su les pousser à travailler davantage. Ce n?est pas rien mais il faut également se rappeler que les fondations du miracle économique étaient posées par son prédécesseur.
Le tournant dans lequel Paul Bérenger, alors ministre des Finances, avait engagé le pays en 1982 avait non seulement corrigé les dérives des indicateurs économiques mais avait également généré les ?Sales Tax? qui ont permis à Vishnu Lutchmeenaraidoo de se montrer généreux. ?The scale of the adjustment effort proposed by the IMF is enormous?, avait admis Paul Bérenger dans son discours du Budget mais il ne savait alors que c?est un autre ministre des Finances qui allait récolter le fruit de ses mesures impopulaires. Ce dernier continue à en récolter les fruits, du reste.
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