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Lier le collège au travail
Assis sur les bancs de leur collège ils s?imaginent plombier, restaurateur, comptable, enseignant, médecin, graphiste, avocat, diplomate? Mais combien de ces jeunes, en choisissant leur carrière, savent réellement en quoi consistent ces métiers ? Et de quoi sera fait leur quotidien professionnel pendant les 40 prochaines années ? Pis? combien d?entre eux achève leur cycle secondaire sans avoir jamais mis les pieds dans une entreprise ?
Vinod Seegolam, directeur du Human Resource Development Council (HRDC), révèle que les collégiens sont ?complètement coupés du monde du travail?. Il déplore qu??à l?issue de leur scolarité, ils débarquent dans les entreprises sans avoir aucune notion de ce qu?on attend d?eux.?
Afin de combler l?écart entre scolarité et vie professionnelle, le HRDC, en partenariat avec le ministère de l?Education, a lancé, en juillet, un programme de ?placement? dans les entreprises. Destinée aux collégiens de Lower et à ceux du pré-professionnel, cette initiative suit une tendance mondiale qui encourage les stages de courte durée pendant le cycle secondaire.
En raison du ?succès rencontré?, l?expérience sera renouvelée lors des prochaines vacances de fin d?année. S?ils ont été 250 à en bénéficier lors des vacances d?hiver, cette fois, ils devraient être plus de 1 000. Lors du premier exercice, 45 entreprises ont joué le jeu. Secteur public et privé confondus. Cette fois, elles devraient être entre 300 et 400.
Vinod Seegolam déclare ?beaucoup compter sur le secteur privé. (?) En juillet-août, de petites et moyennes entreprises avaient participé, mais également de grosses boîtes, à l?instar de la British American Investment, de la Compagnie nationale de transport (CNT) et des centres d?appels. Nous espérons qu?ils seront nombreux, cette fois encore, à répondre favorablement à notre appel, vu le nombre de collégiens que nous souhaitons placer?.
Pour Raj Daliah, directeur général de la CNT, il est normal d?encourager ce nouveau programme. ?A la CNT, nous avons toujours plébiscité les stages. Nous avons d?ailleurs été parmi les premiers à avoir institué un graduate trainee scheme et nous accueillons régulièrement des étudiants de l?université de Maurice et des centres IVTB. Le HRDC nous a approchés car il savait que nous avions cette politique.?
<B>Changement d?attitude </B>
Vinod Seegolam rappelle que ces stages donnent l?occasion à ces jeunes de voir, dans la pratique, à quoi servent les matières dont ils étudient la théorie en classe. ?En faisant un stage dans une banque, ils peuvent voir à quoi servent les notions de comptabilité et d?économie qui leur sont enseignées?, explique le directeur du HRDC.
Le but du stage est également de susciter un changement d?attitude chez ces jeunes par rapport au travail. ?Ils ont l?habitude de rentrer à la maison de bonne heure. Là, ils doivent se plier à certaines règles, dont des horaires plus contraignants. Ils prennent conscience de l?importance de l?esprit d?équipe, de la nécessité d?être ponctuel et de l?engagement envers l?entreprise.?
Pour Christian Onno, ce n?est pas gagné. Il a accueilli trois stagiaires dans sa pâtisserie à Curepipe en juillet dernier et n?en garde pas que de bons souvenirs. ?Ils venaient quand ils voulaient. Partaient à l?heure qu?ils souhaitaient?, se souvient le pâtissier. Pas amer pour autant, il compte renouveler l?expérience en novembre.
Les horaires, Vinod Seegolam le reconnaît, ont quelque peu découragé les jeunes lors du précédent exercice. Une trentaine avait d?ailleurs abandonné en cours de route. ?Ils ont prétexté des leçons particulières?, déplore le directeur du HRDC. Afin de ne pas se retrouver dans la même situation que leurs prédécesseurs, les jeunes ont demandé que les horaires soient revus. ?Ils voudraient terminer à 14 h 30, ou à 15 heures au plus tard. Nous n?avons pas encore agréé à leur demande. Bien que nous comprenions qu?ils aient des leçons particulières, ce n?est pas l?attitude que nous voulons encourager?, soutient Vinod Seegolam.
Christian Onno est d?avis que ?les jeunes n?étaient pas motivés. Quelque part, c?était un jeu pour eux. Ils n?ont pas compris l?importance du stage.? Pour Eddy Jolicoeur, directeur des Ressources humaines chez Rogers, c?est une question de maturité. ?A 16 ou 17 ans, les jeunes ne sont pas forcément prêts à tenter l?aventure du monde du travail et ce, même s?il ne s?agit que d?un stage?, dit-il. Avis que ne partage pas le pâtissier. ?J?ai commencé à travailler à l?âge de 13 ans. Alors, quand je vois des jeunes de 17 ans qui s?amusent au lieu d?essayer d?apprendre quelque chose, ça m?agace? C?est clair qu?ils ont un problème d?attitude.? Une chose est sûre : certains jeunes ont envisagé ce stage comme une ?obligation?. ?Lekol ine dir mwa vini, mone vini?, nous confie une jeune fille du pré-professionnel. Pas de réelle envie de s?instruire.
<B>Demande du marché</B>
Malgré cela, Christian Onno a quand même essayé de leur apprendre les rudiments de base de son beau métier. ?Il n?est pas évident d?enseigner des choses en deux semaines à des jeunes qui ne connaissent rien à la pâtisserie?, avoue toutefois le pâtissier.
Vinod Seegolam en convient: ?deux semaines, c?est court.? Mais deux semaines, c?est déjà mieux que rien. ?Avant, il n?y avait aucun pont entre le collège et les entreprises. Aujourd?hui, les collégiens ont l?occasion de se familiariser avec le monde du travail et ont également la possibilité d?établir certains contacts.?
Si la plupart des collégiens sont ?emballés? de leurs expériences, quel intérêt pour les entreprises de participer à cette initiative du HRDC ? Pas d?avantage en tant que tel, si ce n?est la satisfaction d?avoir ?aidé? et la possibilité de repérer un jeune qui ?sort du lot?. Vinod Seegolam précise d?ailleurs que certains élèves du pré-professionnel se sont vus offrir des emplois à l?issue de leur stage. Quant aux autres, ils ont pu, après avoir discuté avec le personnel des départements des ressources humaines, se faire une idée de ce que sera la demande du marché du travail dans les années à venir.
Pas de mismatch possible alors?
TÉMOIGNAGE
<B>?Une expérience enrichissante?</B>
■ Komal Dip, élève en ?Lower? à la France Boyer de la Giroday SSS
Anglais, français, hindi? Les langues, Komal aime cela. Elève en ?Lower 6? à la France Boyer de la Giroday SSS, la jeune fille souhaite enseigner le français. Pour y arriver, elle envisage des études universitaires mais pour mettre toutes les chances de son côté, elle saisit toutes les opportunités qui se présentent à elle pour enrichir son C.V. Participation au ?Model United Nations? et stage d?observation de deux semaines pendant les dernières vacances scolaires, Komal n?a pas vraiment eu le temps de souffler?
Pendant ces deux semaines, cette habitante de Rose-Belle a arpenté les couloirs du bureau du ministère de l?Education à Rose-Belle. ?Je ne savais pas qu?il y avait autant de département au ministère de l?Education. Après deux semaines de stage au sein du bureau de Rose-Belle, je peux dire que j?en connais un peu plus sur le fonctionnement du ministère. C?était très enrichissant??, explique la jeune fille.
Un ?avant-goût? du monde du travail pour celle qui se rêve enseignante. Elle est fière également d?avoir pu, contrairement à d?autres, se plier à certaines règles. ?Je n?ai pas voulu négliger le stage pour mes leçons particulières. Je savais que je pourrai récupérer ce que j?avais raté pendant les leçons mais ce stage, alors que je ne suis qu?en Lower, c?est une opportunité qui ne se représentera pas?, soutient Komal. Une expérience qu?elle est prête à renouveler...
QUESTIONS À ...
<B>Eddy Jolicoeur, directeur des Ressources humaines chez Rogers</B>
● <B>Que pensez-vous du principe d?effectuer un stage en entreprise au niveau du secondaire ? </B>
Ce n?est pas courant mais je ne suis pas contre. Je me pose toutefois des questions par rapport à la préparation nécessaire pour les entreprises afin d?accueillir des jeunes de cet âge, mais également quant à la capacité d?intégration du jeune. Il faut qu?il en ressorte enrichi et non pas traumatisé. Lorsqu?on envisage pour les élèves de Lower un stage en entreprise, il est important de faire attention à la maturité de l?élève. Il doit avoir un minimum de maturité pour que son intégration dans le monde du travail aboutisse.
● <B>Rogers accueille-t-il des jeunes du secondaire ? </B>
Des collégiens de Lower, je n?en ai pas le souvenir? Quelque-uns de Upper, cela a dû arriver, mais c?est très rare. Nous accueillons surtout des étudiants. En général, l?élève du secondaire qui désire faire un stage en entreprise a déjà une idée de ce qu?il veut faire comme carrière. Il vient alors pour observer. Pour comprendre comment fonctionne l?entreprise. C?est, normalement, pour une courte période. Un mois au maximum.
● <B>Le HRDC, en collaboration avec le ministère de l?Education, a lancé un programme en ce sens en juillet dernier. Essentiellement d?observation?</B>
C?est une bonne initiative. Mais même si ce n?est que de l?observation, il faut que ce soit bien structuré. Que les entreprises qui accueillent les jeunes comprennent ce qu?on attend d?elles. On n?accueille pas un jeune en entreprise pour lui faire faire des photocopies ou du filling. Certaines entreprises attendent les vacances pour prendre des jeunes en stage. Et là, ils leur confient toutes les corvées. Le stagiaire n?est pas là pour faire le dirty job ! Il est important de responsabiliser l?étudiant en stage. Qu?il contribue d?une façon ou d?une autre à l?activité de l?entreprise. Chez Rogers, nous accueillons systématiquement des stagiaires du niveau tertiaire. Cela amène une certaine dynamique à l?entreprise. Ayant une certaine distance par rapport à l?entreprise, il apporte avec lui une certaine fraîcheur et des idées nouvelles.
● <B> Idéalement, quelle est la durée d?un stage ? </B>
Normalement, les grandes vacances durent trois mois, donc deux mois de stage, c?est déjà bien. Il est important que le stagiaire puisse souffler un peu. De plus, c?est une durée suffisante pour qu?il puisse mener à bien une mission.
● <B>Justement, quand vous recevez un stagiaire chez Rogers, quel est son emploi du temps ? </B>
Nous lui confierons une mission pour une période donnée. Normalement, sur toute la durée de son stage. Nous avons reçu récemment des étudiants en communication. L?un d?eux a travaillé sur un sondage sur notre magazine d?entreprise, Network. Il a ainsi pu mettre en pratique les théories qui lui ont été enseignées à l?université.
● <B>Les entreprises constatent souvent un décalage entre le C.V. du postulant et ses performances sur le terrain?</B>
Il est bon d?avoir une base théorique. Mais quand on entre dans une réalité donnée, ce qu?on a appris n?est qu?un ?framework?. Les études ne sont pas une finalité. Tout commence dans l?entreprise. C?est dans la pratique qu?on sait si on peut devenir un professionnel dans un domaine donné. La pratique est différente de la théorie et des concepts?
● <B> L?encadrement du stagiaire ou du jeune professionnel a son importance dans ces cas?là ? </B>
Certainement. L?encadrement est très important. Un étudiant qui débarque dans le monde du travail n?a pas de mé-thode, pas d?outils. Il vient avec la théorie, et nous lui fournissons les outils. S?il est bien encadré, l?étudiant apprendra à fonctionner en entreprise.
● <B> Un stage peut-il compenser le manque d?expérience professionnelle ? </B>
Définitivement. Un stage peut également servir à conforter ou infirmer un choix de carrière.
Propos recueillis par <B>V.O. </B>
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