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L?icac Désavouée
L?Icac accumule les désaveux. Le dernier en date est une claque magistrale infligée par le conseil des avocats cette semaine. Approché par le chef juge, le Bar Council a formellement objecté à ce que Joe Duffy, un ancien juge écossais, ait un droit d?audience à Maurice.
Pourtant la commission anti-corruption mise beaucoup sur ce juriste pour diriger son département légal, orphelin depuis des mois, quand Me Gaytree Manna a préféré reprendre son poste au parquet. D?autant que l?Icac continue à attirer maintes et maintes critiques à la suite des fréquents revers juridiques.
Rien que cette semaine, l?Icac a été désavouée en trois occasions : les charges respectives qu?elle avait logées provisoirement contre Sudhir Maudhoo dans l?affaire des patentes de taxi et contre Philippe A. Forget et Moussa Mohammad dans l?affaire MCB-NPF ont été tout bonnement rayées. Depuis, les critiques fusent de divers milieux : judiciaire, politique, bancaire et autres...
« Nous ne voyons aucune objection à ce que l?Icac emploie un étranger. Mais nous avons un devoir de sauvegarder les intérêts des membres de notre barreau », ont fait ressortir des dirigeants du Bar Council à Ariranga Pillay.
À l?hôtel du gouvernement, les faux pas sont suivis de très près, surtout après l?interrogatoire de six heures du ministre des Services financiers, Sushil Khushiram. Désormais tout le monde attend le verdict de la cour dans l?affaire Choonee, qui sera rendu le 21 août. L?avocat de l?ex-ministre des Terres est catégorique : l?Icac a outrepassé ses droits et les charges contre Mookhesswur Choonee doivent être rayées.
Procédures pénales non respectées
Me Yousuf Mohamed fonde ses arguments sur le fait que les délits imputés à son client remontent à décembre, soit avant la promulgation du Prevention of Corruption Act qui régit l?Icac.
C?est suivant cette même logique que les charges contre Sudhir Maudhoo, l?ex-attaché de presse d?Anil Bachoo (accusé d?avoir touché un pot-de-vin en 1995), ont été rayées. « Si Choonee est blanchi comme l?a été Sudhir Maudhoo, que se passera-t-il ? L?Icac pourra-t-elle réparer le tort causé ? N?aurait-il pas été plus judicieux pour elle de considérer tous les aspects juridiques avant ?» se demande un membre du gouvernement.
Des avocats, eux, attribuent les faux pas à un manque de connaissance des procédures pénales.
« Depuis les jugements sévères émis par les juges Eddy Balancy et Bushan Domah qui soulignent les manquements de la commission, le tir n?a pas été rectifié. Il faut se demander : pourquoi l?Icac a autant de peine à recruter un juriste pour son département légal ?» souligne un avocat de carrière. Cela tient, selon lui, « aux faux pas de l?Icac. Bien des professionnels du barreau ne veulent plus être associés à la commission ».
Du côté des politiques, s?il y a eu unanimité sur la création de l?Icac et la lutte contre la fraude et la corruption, en revanche, les méthodes de la commission sont contestées avec vigueur.
Madun Dulloo, député de l?opposition et membre de la commission parlementaire chargée de veiller au bon fonctionnement de l?Icac, affirme en avoir marre de tirer la sonnette d?alarme.
« Semaine après semaine, nous remarquons qu?il y a un cafouillage total. J?ai écrit au président de la République, au Premier ministre, au speaker pour dénoncer les dérives de l?Icac, mais rien n?a été fait pour rectifier le tir. Maintenant, je laisse le soin au public de juger de par lui-même. »
Comme lui, d?autres politiques, tant de la majorité que de l?opposition, trouvent « dommage » que la commission fonctionne de la sorte. A la longue, disent-ils, c?est la corruption qui risque d?en sortir gagnante...
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